Les départs des F1 2026 jugés dangereux, Ferrari bloque toute modification

Complexité extrême et risques d’erreurs à cause du turbo lag

Auteur : Franck Drui
13 février 2026 - 10:52
Les départs des F1 2026 jugés dangereux, Ferrari bloque toute modification

La Formule 1 est au centre d’une nouvelle polémique. Après les taux de compression des moteurs Mercedes, voilà celle sur les départs !

Le sport pourrait rouvrir prochainement le dossier de la procédure de départ en Grand Prix. En cause : des préoccupations croissantes en matière de sécurité liées à la complexité extrême des départs avec les monoplaces de 2026, malgré une tentative précédente de modification des règles qui avait été bloquée par Ferrari.

Comme cela avait déjà été rapporté, les premiers essais des nouvelles voitures ont mis en évidence les difficultés majeures rencontrées par les pilotes au moment des départs. Réussir un envol parfait nécessite désormais de gérer simultanément plusieurs paramètres contradictoires : maintenir le turbo en pression pendant environ dix secondes afin de limiter le turbo lag, tout en évitant une surcharge de la batterie.

Parmi ceux qui ont reconnu l’ampleur du défi figure Gabriel Bortoleto, pilote Audi, visiblement surpris par la complexité actuelle de l’exercice.

Les difficultés rencontrées par de nombreuses équipes et pilotes lors des simulations de départ, ainsi que la facilité avec laquelle tout peut mal tourner, ont alimenté les discussions dans le paddock à Bahreïn. Le sujet est désormais considéré par certains comme un problème de sécurité potentiel.

Un pilote a ainsi avancé que les analyses internes suggèrent qu’un départ sur dix serait manqué, ce qui rendrait très probable qu’au moins une ou deux voitures rencontrent des difficultés à chaque course. En cas de raté, un pilote peut se retrouver extrêmement lent au lâcher d’embrayage, augmentant ainsi le risque d’accrochage.

Des interrogations ont également émergé sur le temps réellement disponible pour mettre le turbo en pression avant l’extinction des feux, en particulier pour les pilotes s’élançant depuis le fond de grille, qui disposent traditionnellement de très peu de temps entre la mise en place finale et le début de la séquence lumineuse.

Pilote Cadillac, Valtteri Bottas - qui devra purger une pénalité de cinq places sur la grille lors de sa prochaine course, et devrait donc s’élancer en fond de peloton à Melbourne - a reconnu ses doutes à ce sujet.

"Ma seule inquiétude, c’est par exemple à Melbourne, avec ma pénalité de cinq places : si je pars vers l’arrière de la grille, est-ce qu’il y aura vraiment assez de temps, quand les feux commencent à s’allumer, pour réussir à lancer le turbo ? Aujourd’hui, ça prend environ dix secondes, donc c’est clairement un point qu’il va falloir éclaircir."

Plusieurs pilotes et dirigeants d’écurie ont confié que la question méritait d’être portée devant la FIA, afin d’évaluer si des ajustements réglementaires pourraient réduire les risques au départ.

Une première occasion pourrait se présenter dès la réunion de la Commission F1, prévue mercredi prochain, où de nombreux sujets liés au règlement 2026 doivent être abordés, dont celui des moteurs Mercedes.

Les discussions pourraient porter sur une éventuelle modification de la séquence de départ, avec deux pistes principales à l’étude.

La première consisterait à imposer un délai minimum entre la mise en place de la dernière voiture sur la grille et l’allumage des feux. Un premier compromis avait déjà été trouvé l’an dernier, lorsque le règlement a imposé une durée minimale pour la séquence des cinq feux rouges.

Désormais, le texte précise que l’intervalle entre l’allumage de chacun des cinq feux rouges doit être d’une seconde, alors qu’aucune contrainte n’existait auparavant. Étendre ce principe à la phase précédant les feux pourrait offrir aux pilotes le temps nécessaire pour préparer leurs turbos.

La seconde option viserait à réviser les restrictions concernant l’utilisation de la batterie au départ. Actuellement, les pilotes ne peuvent bénéficier de la puissance du MGU-K qu’à partir de 50 km/h, les obligeant à s’appuyer uniquement sur le moteur thermique lors de l’envol. De plus, lorsque la voiture est à l’arrêt, le couple du MGU-K ne peut être que négatif, c’est-à-dire dédié à la recharge de la batterie, excluant toute assistance pour compenser le turbo lag.

Modifier ces règles pourrait permettre des départs plus homogènes et plus sûrs.

La résistance de Ferrari

Malgré l’urgence du sujet, toute évolution réglementaire pourrait toutefois se heurter à des résistances. Une tentative a déjà été bloquée l’an dernier, à l’initiative de Ferrari. La Scuderia a en effet pensé à ce souci !

Les difficultés actuelles avaient en effet été anticipées très tôt par les équipes lors du développement des monoplaces 2026. En conséquence, une proposition visant à modifier la séquence des feux avait été soumise l’été dernier à la Commission F1.

Cette initiative a cependant été rejetée par le directeur de la Scuderia, Fred Vasseur, qui estimait que les problèmes liés au turbo lag étaient connus de tous dès la conception des groupes propulseurs.

Selon cette logique, les équipes ayant fait des choix conceptuels incompatibles avec le règlement de départ devaient en assumer les conséquences, et il aurait été injuste d’obliger celles ayant consenti des compromis pour réussir leurs départs à s’adapter à celles qui ne l’avaient pas fait.

Cette position laisse entendre que Ferrari a conçu son moteur de manière à limiter le turbo lag, réduisant ainsi l’impact de ces contraintes sur ses propres départs.


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