Trop de gestion, pas assez de pilotage : la polémique enfle autour des nouvelles F1

Les critiques fusent après les qualifications à Melbourne

Auteur : Franck Drui
7 mars 2026 - 15:18
Trop de gestion, pas assez de pilotage : la polémique enfle autour des nouvelles F1

La nouvelle génération de monoplaces de Formule 1 a commencé à susciter de nouveaux vifs débats dans le paddock après les qualifications du Grand Prix d’Australie.

On y voit enfin plus clair, tant pour les équipes que les pilotes, mais aussi les médias et les fans, sur cette F1 de 2026. Et ce qui est ressorti pour le moment est plutôt négatif ! De nombreux pilotes ont publiquement critiqué la philosophie des voitures 2026 qui sont trop axées sur la gestion de l’énergie par rapport au pilotage pur pour faire la différence sur un tour. Mais Carlos Sainz estime que ces prises de position répétées pourraient finalement nuire à la discipline elle-même.

Les nouvelles règles techniques, et en particulier la philosophie des groupes propulseurs hybrides introduite cette saison, ont été largement remises en cause ce samedi à Melbourne. Le champion du monde en titre Lando Norris a jugé que les F1 étaient passées du statut de "meilleures F1 au monde" à celui de "pires", tandis que Max Verstappen a estimé que la formule actuelle "n’est pas correcte".

Isack Hadjar s’est montré lui aussi critique, de manière concise et efficace, après sa 3e place obtenue en qualifications : "Je pense que le châssis est plutôt bon, mais pour le reste, je ne suis pas fan."

Des réserves qui ont rapidement éclipsé les appels à la patience formulés lors des essais hivernaux, lorsque plusieurs acteurs du paddock avaient estimé qu’il fallait attendre de découvrir un plus large éventail de circuits avant de juger les nouvelles voitures.

Même Lewis Hamilton, pourtant globalement satisfait du comportement des monoplaces, a pointé un problème majeur lié à la gestion de l’énergie lorsqu’il s’est entretenu, à froid, avec la presse écrite.

"Non, ce n’est pas déprimant," a expliqué le septuple champion du monde. "La voiture est vraiment agréable à piloter, c’est simplement la puissance."

"La puissance est bonne quand on l’a, mais elle ne dure pas. On commence le tour à moitié gaz en sortant du dernier virage et pendant un quart de la ligne droite, puis seulement ensuite on passe à fond."

"C’est complètement à l’opposé de ce qu’est la Formule 1 – normalement on est à fond, à l’attaque. Là, on lève le pied et on économise. Cet aspect n’est pas très bon et je ne pense pas que les pilotes apprécient particulièrement cela."

Une grande partie des critiques vise donc la nouvelle architecture moteur, qui repose sur une répartition 50/50 entre la puissance électrique et le moteur thermique. Sur un circuit exigeant en énergie comme celui d’Albert Park, cela provoque des chutes de vitesse notables dans certaines portions rapides. Les batteries ne sont pas assez grandes (350 kwh de contenance), les phases de recharges naturelles (les freinages) pas assez nombreuses.

Une réunion tendue avec la FIA

La question a d’ailleurs animé la réunion des pilotes avec la FIA vendredi à Melbourne, au cours de laquelle les discussions auraient été particulièrement animées.

Interrogé sur le contenu de cet échange, que Max Verstappen a regretté avoir vu fuité dans la presse, Carlos Sainz a appelé à davantage de retenue dans les critiques publiques.

"Comme je l’ai dit pendant les essais hivernaux, toutes les critiques que j’ai concernant le règlement, je vais essayer de les garder constructives vis-à-vis de la FIA et de la FOM, en évitant de trop dénigrer le sport."

"Au final, je pense que c’est simplement contre-productif de continuer à alimenter les fans et les journalistes avec des commentaires trop négatifs. Si les pilotes sont excessivement négatifs à propos de ce règlement, alors tout le monde s’y engouffre."

Selon l’Espagnol, les discussions devraient plutôt se tenir dans des cadres internes.

"Les meilleurs forums pour cela sont les briefings des pilotes ou les conversations directes avec Stefano [Domenicali] et la FIA."

Il reconnaît toutefois que le malaise est réel dans le paddock.

"Il est clair que pour l’instant personne n’est vraiment heureux et la seule chose que nous ressentons, c’est qu’il semble y avoir beaucoup de pansements ajoutés les uns sur les autres pour essayer de résoudre ce problème fondamental : ce système hybride 50/50 nous donne beaucoup de maux de tête."

Pour Andrea Stella, directeur de l’écurie McLaren, la F1 n’a pas été aidée par la nature du premier circuit du calendrier, celui de Melbourne, qui met particulièrement en lumière les faiblesses de la réglementation actuelle à un stade si précoce de son développement.

"L’Albert Park expose clairement certaines des faiblesses du nouveau règlement. Le problème, c’est que l’on déploie la puissance et que l’on vide la batterie à un rythme très élevé. On devient donc extrêmement sensible à la manière dont on recharge cette batterie."

Le tracé australien est en effet l’un des plus difficiles du calendrier en matière de récupération d’énergie, car il comporte relativement peu de gros freinages comparé à des circuits comme Bahreïn, où se sont déroulés les essais hivernaux.

Conséquence : les pilotes doivent multiplier les phases de « lift and coast » – lever le pied avant les virages pour économiser l’énergie – ainsi que le « super clipping », qui consiste à recharger la batterie tout en restant à plein régime, ce qui réduit fortement la vitesse de pointe. Oscar Piastri a ainsi expliqué devoir lever le pied trois fois par tour en qualifications.

Dans certaines portions rapides, notamment la longue accélération vers le virage 9, les monoplaces ralentissent de manière spectaculaire, neutralisant complètement la célèbre séquence rapide des virages 9 et 10.

Stella souligne que cette nouvelle gestion énergétique impose également un changement radical dans la manière de piloter.

"Ce n’est pas seulement un exercice d’ingénierie, cela concerne aussi la manière de piloter la voiture. Mais ces éléments ne font pas partie de ce que les pilotes ont appris pendant toute leur carrière."

"Je pense que cela laissera toujours le règlement exposé aux commentaires des pilotes qui demanderont des améliorations. Et je pense que certaines choses peuvent être faites pour améliorer ces règles."

Le patron de McLaren avait déjà proposé quelques ajustements techniques, mais la position dominante au sein de la Formule 1 reste pour l’instant d’attendre plusieurs courses avant de modifier la réglementation.

"Nous verrons demain ce que donne la course. Nous devons surtout nous assurer d’avoir une exécution solide du point de vue du groupe propulseur au départ. Nous avons parlé des dépassements, nous verrons cela aussi en course. En réalité, le scénario n’est pas complet après les qualifications. Nous apprendrons aussi un peu plus en Chine, qui est un autre circuit délicat."

Selon Stella, les six jours d’essais à Bahreïn n’ont pas totalement révélé les limites du concept.

"Nous avons passé six jours à Bahreïn, mais ce circuit n’expose pas autant que celui-ci certaines limitations structurelles, notamment en matière de récupération d’énergie. Après quelques Grands Prix, nous devrons regarder s’il faut faire quelque chose et quoi pour nous assurer que nous conservons le spectacle ainsi que l’ADN de pilotage des F1, essayer d’exploiter l’adhérence plutôt que d’avoir à exploiter la récupération et le déploiement d’énergie."

"Avoir l’Albert Park comme première course de la saison a clairement exposé ces limites de manière très spectaculaire."


Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?

Via notre nouvelle chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com !


Partage

xpb_1399242_hires.jpg