La F1 admet avoir faussé les qualifications, Sainz accuse la FIA d’avoir ’balayé l’injustice sous le tapis’
La FIA reconnaît une erreur humaine et une décision injuste
La FIA a reconnu avoir commis une erreur humaine ayant directement perturbé le déroulement des qualifications du Sprint du Grand Prix de Singapour, au point de fausser les résultats de certains pilotes. Nikolas Tombazis, directeur des monoplaces de la fédération, a détaillé l’enchaînement des dysfonctionnements ayant affecté l’activation du mode dépassement après une interruption de séance. Si le responsable grec a présenté ses excuses et admis que l’équité sportive avait été compromise, Carlos Sainz ne comprend toujours pas pourquoi les commissaires ont laissé la compétition se poursuivre. Le pilote Williams dénonce une décision qu’il juge injustifiable, d’autant qu’un incident similaire avait été traité différemment en Malaisie.
La controverse est née lors de la première partie des qualifications du Sprint, après l’accident de Sergio Pérez qui a provoqué la présentation du drapeau rouge. À la reprise de la séance, plusieurs pilotes ont rapidement constaté un comportement inhabituel de leur groupe propulseur, avec une puissance disponible inférieure à celle attendue.
En cause : le mode dépassement, qui n’avait pas été réactivé par la direction de course après l’interruption. La situation s’est ensuite compliquée lorsque ce mode a finalement été rétabli pendant seulement 27 secondes, avant d’être désactivé une nouvelle fois.
Cette succession de décisions a créé des conditions différentes selon le moment où les pilotes ont effectué leurs tours chronométrés. Ceux éliminés dès la SQ1 ont particulièrement mal vécu cet épisode, estimant avoir été désavantagés par un problème indépendant de leur volonté.
Tombazis explique comment une fenêtre informatique a provoqué l’erreur
Interrogé par Sky Deutschland, Nikolas Tombazis a reconnu la responsabilité de la FIA et expliqué les circonstances précises de l’incident.
Le directeur des monoplaces rappelle que la direction de course doit gérer simultanément de nombreux paramètres, particulièrement lorsqu’une séance est interrompue puis relancée.
"Il se passe énormément de choses en même temps à la direction de course."
La réactivation du mode dépassement après un drapeau rouge ne se fait pas automatiquement. Elle nécessite une intervention manuelle afin de vérifier que les conditions permettent de rétablir son utilisation sans compromettre la sécurité.
"Normalement, sa réactivation est une procédure manuelle, parce que, bien évidemment, lorsque nous le réactivons, nous voulons nous assurer que cela ne pose aucun problème du point de vue de la sécurité."
C’est précisément à cette étape qu’une erreur humaine est intervenue. Selon Tombazis, une fenêtre de notification est apparue sur l’ordinateur d’un membre de la direction de course, mais elle n’a pas été traitée suffisamment rapidement.
"Malheureusement, une fenêtre de notification est apparue sur l’ordinateur de quelqu’un et personne n’a réagi assez rapidement, ou au moment où il aurait fallu le faire."
"Ensuite, avec la pression du temps et toutes les autres contraintes, cela a malheureusement été oublié."
Les pilotes ont alors commencé à signaler leurs difficultés à la radio, notamment leur incapacité à disposer de toute la puissance normalement accessible. La direction de course a entrepris des vérifications pour comprendre l’origine du problème, sans identifier immédiatement l’oubli de réactivation.
"Nous avons alors lancé une analyse assez approfondie pour déterminer s’il y avait un autre problème, parce que nous entendions évidemment les pilotes se plaindre et demander ce qui se passait. Nous avons compris d’où venait le problème."
Mais la réaction de la FIA a provoqué une nouvelle complication. Le mode dépassement a été brièvement réactivé avant d’être coupé à nouveau, une décision que Tombazis reconnaît aujourd’hui comme incorrecte sur le plan de l’équité sportive.
"À ce moment-là, une décision erronée a été prise de le réactiver brièvement, mais ce n’était pas vraiment la bonne décision du point de vue de l’équité. Il a donc été désactivé une nouvelle fois."
Tombazis ne cherche pas à minimiser les conséquences de cet enchaînement d’erreurs. Le responsable de la FIA reconnaît que certains pilotes ont été davantage pénalisés que d’autres, ce qui a directement affecté le classement de la première phase des qualifications du Sprint.
"C’était un peu le bazar, franchement."
Pour lui, le problème est particulièrement grave parce qu’il touche à l’un des principes fondamentaux que la fédération est chargée de garantir : l’équité de la compétition.
"Nous ne sommes pas satisfaits de cette situation, parce qu’elle a davantage affecté certains pilotes que d’autres."
"Par conséquent, dès cette première séance de qualifications du Sprint, nous avons estimé que ce problème avait interféré avec les résultats. Pour nous, à la FIA, c’est probablement, d’une certaine manière, ce qu’il y a de pire, parce que nos principales priorités sont toujours la sécurité et l’équité."
"Bien sûr, nous retrouver dans une situation où un résultat n’est pas équitable ou est incorrect, ce n’est pas acceptable pour nous."
"Évidemment, c’est un travail compliqué, et les gens commettent des erreurs. Nous devons en être conscients. Mais lorsque nous faisons des erreurs, nous devons aussi les analyser et nous assurer qu’elles ne se reproduisent pas. C’est précisément ce que nous faisons."
Si la FIA affirme vouloir tirer les enseignements de cet incident, les explications de Tombazis ne suffisent pas à convaincre tous les pilotes concernés.
Carlos Sainz a notamment révélé que Nikolas Tombazis était venu personnellement lui présenter ses excuses après la controverse.
Le pilote Williams affirme que le responsable grec a reconnu non seulement l’erreur humaine ayant perturbé la séance, mais également le caractère incorrect de la décision prise entre la SQ1 et la SQ2.
Selon l’Espagnol, la FIA avait conscience de l’injustice sportive provoquée par le dysfonctionnement, mais a malgré tout choisi de poursuivre les qualifications.
Une décision qu’il peine à comprendre.
"Nikolas est venu me présenter ses excuses, en reconnaissant qu’il y avait eu une erreur humaine, mais aussi en reconnaissant que la décision prise entre la Q1 et la Q2 était mauvaise, parce qu’en admettant qu’il y avait eu une injustice sportive, cela n’aurait jamais dû se produire."
"Je reste très étonné par le fait que, tout en étant conscients de cette injustice sportive, ils aient décidé de la balayer sous le tapis, comme si rien ne s’était passé."
La frustration de Sainz ne concerne donc pas uniquement le problème informatique initial. Il reproche surtout à la FIA d’avoir laissé les qualifications se poursuivre alors qu’elle savait que plusieurs concurrents avaient été désavantagés sans avoir commis la moindre erreur.
Pour le pilote Williams, reconnaître une injustice sans prendre de mesure pour en corriger les conséquences pose un problème de cohérence dans la gestion sportive du championnat.
L’Espagnol a également établi un parallèle avec le précédent week-end de Grand Prix, disputé en Malaisie. Un autre dysfonctionnement logiciel avait alors perturbé le déroulement des opérations, mais la FIA avait adopté une approche différente pour gérer la situation.
Sainz estime que les deux incidents présentaient suffisamment de similitudes pour justifier une réponse cohérente de la part de l’instance dirigeante. Il ne comprend donc pas pourquoi les responsables ont choisi, cette fois, de maintenir les résultats de la première partie des qualifications du Sprint malgré la reconnaissance d’une injustice.
"Je suis surtout surpris de voir à quel point cela s’est déroulé différemment par rapport à la Malaisie, où quelque chose de très similaire s’était produit."
"Je ne comprends toujours pas. Je ne comprendrai jamais comment cette décision a été prise. Mais bon, nous ne nous battons pas pour un championnat. Nous ne nous battons même pas pour des points. Alors j’imagine que c’est aussi pour cela qu’ils ne s’en sont pas beaucoup préoccupés."
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