Alonso : La F1 ne peut pas attendre 2031 pour se corriger
"Mon attaché de presse ne peut pas être plus rapide que Verstappen"
Fernando Alonso n’a pas mâché ses mots avant la course du Grand Prix d’Espagne à Madrid. Déjà très critique envers la réglementation technique introduite cette saison, le pilote Aston Martin F1 estime désormais que la Formule 1 ne peut pas se permettre d’attendre plusieurs années avant de corriger une direction qu’il juge profondément problématique. Pour l’Espagnol, les nouvelles voitures et leurs unités de puissance hybrides presque à parts égales ont notamment réduit l’importance du pilotage dans certaines des portions les plus spectaculaires du nouveau circuit de Madring.
Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation 2026, la Formule 1 évolue avec des monoplaces profondément remaniées et des unités de puissance hybrides V6 reposant sur un équilibre proche de 50/50 entre moteur thermique et énergie électrique. La nécessité de gérer le déploiement et la récupération de l’énergie de la batterie a toutefois suscité de nombreuses critiques concernant le style de course produit par cette nouvelle génération.
Fernando Alonso a été l’un des premiers pilotes à dénoncer publiquement cette orientation dès les essais de présaison. Ses critiques répétées ont également alimenté les interrogations sur son avenir en Formule 1, certains estimant que son mécontentement face à la direction prise par la discipline pourrait accélérer une éventuelle deuxième retraite.
Après avoir quitté les qualifications dès la Q1 à Madrid, Alonso a toutefois élargi son propos. Selon lui, le nouveau circuit de Madring, pourtant particulièrement exigeant pour les pilotes, arrive au pire moment avec cette génération de monoplaces. Une autre philosophie technique permettrait, à ses yeux, de mieux mettre en valeur les difficultés du tracé.
"C’est triste, vous savez, d’une certaine manière, avec cette génération de voitures, de venir sur un très beau circuit comme celui-ci, avec des défis ici et là, comme le virage de La Monumental, les virages 10-12, alors que l’implication du pilote est tout simplement inexistante," a-t-il expliqué aux médias.
Alonso a ensuite utilisé son attaché de presse, Michael, pour illustrer concrètement son raisonnement.
"Michael peut piloter dans les virages 10-12," a-t-il plaisanté. "Vous passez à fond sans déploiement du MGU-K, puis, à un moment donné, le MGU-K arrive mais c’est après la courbe et vous allez vite à la sortie."
Pour le double champion du monde, ce fonctionnement va à l’encontre de ce que devrait représenter la Formule 1, particulièrement dans un enchaînement aussi exigeant que celui-ci.
"Mais la Formule 1, ou le sport automobile en général, devrait se jouer dans les virages 10-12. Si Michael est plus courageux que moi, il va plus vite. Si j’ai, vous savez, davantage de qualités, je vais plus vite que lui."
La comparaison permet à Alonso de mettre en évidence ce qu’il considère comme l’un des principaux problèmes de la réglementation actuelle : la performance dans certaines portions du circuit dépendrait trop de la gestion de l’énergie disponible que de la capacité du pilote à repousser les limites de la monoplace.
"C’est comme ça qu’il faudrait se qualifier. Et maintenant, cela dépend simplement de la quantité de charge de batterie dont je dispose, je vais aller plus ou moins vite."
Les critiques d’Alonso ne se limitent toutefois pas au seul tracé madrilène. Durant le week-end du Grand Prix d’Espagne, il a été rapporté que Mohammed Ben Sulayem, le président de la FIA, envisageait certaines concessions spécifiques au sein de la réglementation afin d’inciter l’Espagnol à poursuivre sa carrière en Formule 1.
Interrogé sur cette possibilité, Alonso a élargi son propos. Il a révélé échanger régulièrement avec Ben Sulayem, mais également avec Stefano Domenicali, le directeur général de la Formule 1, afin de faire part de son analyse sur l’état actuel de la discipline. Il considère même avoir une responsabilité particulière dans cette réflexion en raison de son expérience.
"Je ne sais pas ce qu’il a voulu dire. Je veux dire, j’ai déjà beaucoup de choses à prendre en compte, vous savez, pour essayer de me faire une idée concernant l’année prochaine," a-t-il répondu lorsqu’il lui a été demandé si son avenir pouvait être déterminé par ces éventuelles évolutions réglementaires.
"Et j’ai parlé avec lui [Ben Sulayem], mais je parle régulièrement avec Stefano, chaque semaine, parce que la Formule 1 ne peut pas continuer comme ça."
Pour Alonso, l’échéance évoquée dans le cadre des prochaines évolutions réglementaires est beaucoup trop lointaine. Il estime que la discipline doit agir bien avant la prochaine grande étape prévue par le règlement.
"Nous ne pouvons pas attendre 2031 pour avoir à nouveau un vrai sport. Je pense donc que c’est aussi ma responsabilité de les aider avec mon expérience afin de faire, vous savez, tout ce que nous pouvons faire pour régler ce genre de choses."
L’Espagnol est ensuite revenu précisément sur les virages 10-12 de Madring, qu’il considère comme l’un des meilleurs exemples du problème actuel. Pour lui, la performance dans une telle portion devrait avant tout permettre au meilleur pilote de faire la différence.
"Dans les virages 10-12, vous savez, celui qui est le plus rapide là-bas, c’est très bien mais ça ne peut pas être comme ça. Je ne veux pas citer de nom, mais Michael mon attaché de presse ne peut pas être plus rapide que Max Verstappen simplement parce qu’il a davantage de batterie, car les virages 10-12 sont un enchaînement tellement incroyable que ce doit être Max Verstappen qui fait la différence par rapport à Michael."
"Les caractéristiques techniques actuelles empêchent justement le talent du pilote de s’exprimer dans les endroits où il devrait être déterminant. Pour le moment, nous ne le pouvons pas."
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