L’idée choc pour sortir ’du piège’ des budgets plafonnés en F1

Des budgets indexés en fonction des points marqués ?

L’idée choc pour sortir ’du piège’ des budgets plafonnés en F1
3 octobre 2026 - 07:59

215 millions de dollars : c’est le montant du budget plafonné, imposé aux équipes, pour cette année 2026. Si ce montant est environ 75 millions plus élevé que lors des années précédentes, il soumet néanmoins les équipes à une forte pression : l’inflation, la course aux recrutements (ce qui implique donc des salaires attractifs), et les crashs imprévisibles, ont des conséquences bien concrètes. Certaines équipes, comme Mercedes F1, ont ainsi sacrifié nombre d’évolutions aérodynamiques, faute de budget.

Ces budgets plafonnés ont été introduits pour resserrer les écarts entre les écuries de pointe et le milieu de grille. Pour autant, n’ont-ils pas aussi tendance à empêcher certaines équipes en difficulté de refaire plus rapidement le retard ?

Williams F1 par exemple : l’équipe est dans une situation très complexe en raison de son hiver totalement raté. Comment James Vowles, le directeur de Grove, arrive-t-il alors à gérer une situation paradoxale : il faut que l’équipe dépense plus, tout en restant dans les bornes budgétaires…

« C’est une très bonne question. Avant tout, j’assume les erreurs que nous avons commises cet hiver, et il faut dissocier cela de la question. Nous avons donc reculé. Nous avions une voiture trop lourde. Mais en réalité, quand nous avons instauré le plafond budgétaire, à l’époque de la crise sanitaire lors d’un appel téléphonique à ce sujet, nous visions trois objectifs clés. Nous voulions une viabilité financière à long terme, et non seulement cet objectif est atteint, mais nous l’avons dépassé. Cette industrie bénéficie désormais de bons investissements qui nous permettent d’avancer, et ce sont de véritables entreprises. Ce n’était absolument pas des entreprises avant 2021. »

« Les deux autres volets associés étaient l’équité sportive et, de fait, le resserrement du peloton, donc une compétitivité resserrée entre tous. Ce sont les trois objectifs du plafond budgétaire, et ces deux derniers ont échoué. J’examinais des statistiques il y a environ un mois : sur les 15 dernières années du sport, les cinq dernières sous plafond budgétaire montrent qu’actuellement, les quatre premières équipes marquent 83 % des points. Auparavant, c’était dans les 70 %, pour être précis. En d’autres termes, nous avons empiré la situation : les quatre premiers restent les quatre premiers et le reste du peloton se dispute environ 17 % des points. La présence sur le podium représentait autrefois 10 % du temps, contre 5 % désormais. Je pourrais citer une foule de statistiques, mais le plafond budgétaire a empiré les choses plutôt que de les améliorer. »

Après avoir sorti ces statistiques très fouillées et intéressantes, James Vowles poursuit et évoque son expérience personnelle : passer de l’équipe la plus dotée (Mercedes F1) à une des plus modestes financièrement.

« Mon cas est sans doute singulier car – sans que ce soit un compliment – je suis passé de la meilleure à la pire équipe. C’est assez évident. Ce que je n’avais pas mesuré ou réalisé en faisant ce saut, c’est à quel point peu de choses existent. Sous le plafond budgétaire, je ne dépense pas d’argent pour la voiture. Je dépense des millions, voire des dizaines de millions, simplement pour des systèmes de base, pour savoir où se trouve une pièce dans l’usine. Cet argent ne va donc pas dans la voiture, ni dans un aileron avant, ni dans une évolution. Il sert à des systèmes indispensables pour assurer le strict minimum. »

Il détaille ensuite la métaphore du « piège » que peuvent constituer les budgets plafonnés.

« Nous sommes pris au piège du plafond budgétaire, car si j’entreprends quoi que ce soit à court terme – et je parle constamment d’investir dans l’avenir, vous comprenez maintenant pourquoi – si je fais quoi que ce soit pour cette année, je me ralentirai pour l’avenir, et je ne peux pas me le permettre. Nous avons un championnat à deux vitesses. Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est simplement la réalité comptable au vu des points marqués. »

On sent alors la lassitude de James Vowles. Le Britannique semble proposer une piste intéressante : limiter ou niveler bien davantage les budgets aussi d’investissement, pour que les équipes puissent bénéficier d’infrastructures similaires, un autre facteur différenciateur très important.

« Et c’est là que nous devons nous rassembler en tant qu’industrie : ce n’est pas acceptable par rapport à ce que nous voulons pour l’avenir. Si nous faisons du bon travail, nous devrions avoir la possibilité de nous battre aux avant-postes. Même l’année dernière, qui a été une excellente saison, l’écart de points entre la quatrième place et nous, entre Ferrari et nous, était de 238 points. Ce n’est pas négligeable. C’est un gouffre absolu, alors que nous sommes montés trois fois sur le podium. »

« Le plafond budgétaire – et je ne l’avais pas mesuré avant d’arriver chez Williams – pénalise lourdement ce que vous entreprenez. La solution n’est pas de supprimer le plafond budgétaire. Notre sport bénéficie désormais d’une remarquable stabilité financière grâce à lui, mais nous devons réfléchir aux mécanismes à intégrer pour garantir que nous disposons tous des mêmes outils et des mêmes leviers, car ce n’est pas le cas actuellement. C’est un peu long, mais c’est mon analyse. »

Exceptions supprimées, budgets modulés en fonction des points : les idées de réformes

Flavio Briatore dirige une équipe à peine mieux dotée financièrement, Alpine F1. L’Italien pointe un autre défaut des budgets plafonnés : la bureaucratie !

« C’est sensiblement la même chose. L’idée du plafond budgétaire est très bonne, mais la charge administrative qui l’accompagne est colossale. À un certain point, je ne sais pas si cela a du sens d’avoir un plafond budgétaire, quel qu’en soit le montant. »

Flavio Briatore avait aussi proposé d’inclure les salaires des pilotes dans les budgets plafonnés (aujourd’hui exclus, aux côtés des trois plus gros autres salaires ou des frais marketing). Une idée qu’il maintient !

« D’autres veulent inclure les pilotes. En ce moment, quel que soit le chiffre, les grandes équipes ont peut-être 300 ou 400 millions, les petites équipes 250 ou 300, mais il faut tout intégrer dans le plafond budgétaire. De cette façon, nous n’aurions plus ces débats permanents sur ce qui est inclus ou exclu. À un moment donné, il faut trancher sur ce que nous faisons de ce plafond budgétaire. Selon moi, le mieux est de tout y inclure, quel qu’en soit le montant. »

James Vowles approuve-t-il l’idée de Flavio Briatore de supprimer toutes les exceptions aux budgets plafonnés ?

« C’est un bon argument. C’est clairement une voie possible. L’autre point que j’ai oublié de mentionner, et qui est pertinent, c’est qu’avant le plafond budgétaire, Williams ne dépensait pratiquement rien. J’ai donc grosso modo triplé les dépenses. J’ignore les chiffres de Flavio, mais c’est approximativement la même chose. Force India n’avait pas d’argent. Aston Martin y consacrait chaque centime possible. L’environnement est donc différent, mais la situation reste pire. »

Le patron de Williams F1 propose alors une solution détonnante : moduler les budgets des équipes en fonction des points, un peu comme aujourd’hui avec le temps en CFD ou en soufflerie.

« La solution nécessaire doit être compréhensible par tout le monde dans cette pièce : soit un mécanisme indexé sur les points au championnat, car cela donne l’échelle réelle, soit indexé sur la position au championnat, avec un système simple qui nous permet, avec le temps – pas dès l’année prochaine –, de resserrer les écarts entre nous. »

« Nous l’avons pour la soufflerie » souffle alors Flavio Briatore.

« Il faut garder à l’esprit qu’avant le plafond budgétaire, en 2018, 2017, 2016, les affaires en général étaient bien pires, mais nous avions aussi cinq ou six équipes en faillite ou au bord de la faillite » précise l’Italien.

« Et ce n’est pas seulement le fait que les affaires marchent bien, c’est aussi que nous envoyons le message que tout le monde peut être compétitif, à tort ou à raison, mais c’est le message. Et cela attire également de nouveaux investisseurs et de nouveaux constructeurs dans la discipline. »

On demande alors à James Vowles de détailler sa proposition de moduler le plafond budgétaire en fonction des points marqués par l’équipe : n’est-ce pas une autre usine à gaz ?

« C’est faisable, mais cela devient très complexe. Pour donner quelques chiffres, le simple fait de construire une voiture avec quatre roues alignées et une carrosserie ressemblant à peu près à une Formule 1 coûte environ 30 % plus cher chez nous par rapport à ce que j’ai connu dans mon équipe précédente. L’inefficacité des outils, les contraintes de la chaîne d’approvisionnement externe... une centaine de facteurs s’accumulent. On pourrait procéder ainsi et dire : "Très bien, tout cet argent, réinjectez-le. Vous bénéficiez d’une rallonge sur le plafond budgétaire." Ce n’est ni transparent ni visible pour le monde extérieur, et ce genre de méthode m’inquiète. »

« Ce que l’on recherche plutôt, c’est un montant pour corriger ces problèmes, sans pour autant vous propulser soudainement aux avant-postes. Pour reprendre votre remarque, on peut avoir une mauvaise année. Une équipe comme Mercedes, si elle fait un meilleur travail, doit toujours pouvoir remporter un championnat. Ce n’est pas cela qu’on impacte. Ce que l’on essaie de rattraper, c’est vingt ans de sous-investissement dans notre cas, ce qu’il est impossible de faire sous le plafond budgétaire actuel. Remettons cela sur la table. »


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