Le malaise côté moteur Mercedes : McLaren est ’sur la défensive’ face à son motoriste

Williams et Alpine F1 se posent aussi des questions

Auteur : Franck Drui
9 mars 2026 - 10:31
Le malaise côté moteur Mercedes : McLaren est ’sur la défensive’ face à son motoriste

Le début de saison 2026 de Formule 1 met en lumière un constat inattendu : certaines équipes clientes de Mercedes peinent à exploiter pleinement le potentiel du nouveau groupe propulseur allemand. Chez McLaren, Andrea Stella reconnaît ouvertement que l’écurie doit progresser dans ce domaine pour rivaliser avec l’équipe d’usine... et le directeur se plaint même du manque d’informations fournies par son motoriste !

Le directeur de l’écurie de Woking admet que son équipe a été surprise par la performance affichée par Mercedes à Melbourne, où la marque à l’étoile a dominé les qualifications avant de transformer sa première ligne en doublé en course.

George Russell a signé la pole position devant son équipier Kimi Antonelli, tandis qu’Isack Hadjar, chez Red Bull, s’est qualifié troisième à huit dixièmes. Le dimanche, Russell s’est imposé devant Antonelli, alors que Lando Norris, seul pilote McLaren à voir l’arrivée après l’accident d’Oscar Piastri lors de son tour vers la grille, a terminé à 51 secondes du vainqueur. Ferrari complétait le top 4 avec Charles Leclerc devant Lewis Hamilton.

Le constat dressé dans le paddock est clair : Mercedes semble avoir trouvé une manière d’exploiter son moteur que ses propres clients n’ont pas encore comprise.

"Ce que fait Mercedes avec son groupe propulseur nous a pris par surprise," a reconnu James Vowles, directeur de l’écurie Williams, également motorisée par Mercedes, tout comme McLaren et Alpine.

"Je suis convaincu que Mercedes nous a fourni la capacité de faire ce qu’ils font. Mais aujourd’hui, alors que je vous parle, je ne sais pas comment y parvenir, et c’est précisément ce sur quoi nous travaillons en coulisses. Qu’avons-nous manqué et comment pouvons-nous y arriver rapidement ?"

Vowles insiste toutefois sur la transparence du constructeur allemand avec ses équipes clientes.

"Mercedes est extrêmement équitable avec les équipes clientes. Je le répète. Nous avons accès à tout ce à quoi ils ont accès. Ils ont simplement été plus intelligents que nous, et c’est à nous de rattraper cela."

Le Britannique avoue malgré tout être "un peu choqué" par l’ampleur du gain de performance trouvé par Mercedes.

Interrogé sur la possibilité que l’équipe d’usine partage ses secrets, Vowles reste réaliste.

"Ce n’est pas une porte ouverte, comme vous pouvez l’imaginer parce que c’est là que se trouve la performance. Donc c’est à nous d’essayer de contourner cela. Je dirais que nous devons reconnaître que nous, chez Williams, n’avons pas le niveau de sophistication qu’ils ont, en termes de propriétés technologiques. Et clairement, cela relève de notre responsabilité, pas de la leur."

"À l’inverse, ils disposent probablement d’un certain savoir intrinsèque que nous n’avons pas."

Interrogé sur le fait qu’il s’attendait à ce que certaines informations circulent plus librement, Vowles a reconnu : "Je m’y attendais dans une certaine mesure, oui. C’est pour cela que j’ai dit que j’avais été surpris en qualifications."

McLaren reconnaît son retard... et critique Mercedes !

Andrea Stella a été interrogé sur ces déclarations de Vowles après la course de Melbourne. Selon lui, les performances observées confirment que McLaren doit progresser sur deux axes principaux.

"Pour être honnête, l’écart en course était, si quoi que ce soit, similaire à ce que nous avons vu en qualifications. Il y a de la performance à trouver dans deux domaines principaux : l’exploitation du groupe propulseur et l’adhérence dans les virages. Et d’une certaine manière, en course c’était exactement la même chose."

Le patron de McLaren admet que certaines données restent difficiles à comprendre.

"Nous restons encore un peu perplexes face à la différence que nous observons dans les données entre la vitesse de notre voiture et celle d’autres voitures utilisant le même groupe propulseur. Cela indique clairement que nous devrions faire un meilleur travail pour comprendre comment utiliser le groupe propulseur avec les complexités introduites par le règlement 2026. Donc oui, il y a du travail à faire."

L’analyse des données GPS montre également un autre point faible.

"Quand nous regardons les superpositions GPS, nous voyons que Mercedes est plus rapide dans certains virages. Nous avons donc des objectifs et des priorités clairs. Nous devons trouver un moyen d’extraire davantage du groupe propulseur et, de l’autre côté, continuer à développer la voiture."

Stella reconnaît toutefois que les progrès significatifs ne seront pas immédiats.

"Il faudra quelques courses avant de voir des évolutions importantes qui pourraient nous permettre de changer un peu la catégorie dans laquelle nous nous battons. Donc lors de ces premières courses, nous devons nous assurer de tirer le maximum de la voiture dans sa configuration actuelle."

À l’heure actuelle, l’écart avec Mercedes serait compris entre une demi-seconde et une seconde au tour. Le règlement impose qu’un motoriste fournisse la même version du moteur à toutes les équipes clientes.

Mais le patron de Mercedes High Performance Powertrains, Hywel Thomas, avait déjà expliqué avant Melbourne que l’équipe d’usine bénéficie naturellement d’un avantage : elle est celle dont les demandes sont le plus directement prises en compte.

Andrea Stella souhaite désormais renforcer la collaboration avec les ingénieurs de Mercedes HPP. Et admet un malaise envers la collaboration actuelle : HPP ne va pas livrer les secrets de fonctionnement déjà mis en œuvre chez Mercedes F1.

"Nous avons passé beaucoup de temps à analyser différentes superpositions de données, non seulement avec les équipes motorisées par HPP, en particulier Mercedes, mais aussi avec d’autres concurrents."

"Et le résultat de cette analyse semble clairement indiquer que nous avons du travail à faire en tant qu’équipe, mais aussi en collaboration avec nos ingénieurs HPP. Ce n’est pas optimal. Pourraient-ils en faire plus ? Oui certainement mais c’est aussi à nous d’aller les titiller là où il le faut."

"Nous devons mieux exploiter le potentiel du groupe propulseur. Quand je vois ce que HPP est capable d’en extraire, il semble évident qu’il y a davantage à aller chercher. C’est une collaboration nouvelle en quelque sorte."

Craint-il de la rétention d’informations sur les bons modes moteur à utiliser ?

"Ce n’est pas évident de savoir comment parvenir à l’optimal. Les traces GPS donnent déjà beaucoup d’informations. Pour nous, c’est un véritable parcours d’apprentissage. Et c’est un parcours qui est évidemment plus avancé pour l’équipe d’usine. L’équipe officielle et HPP travaillent ensemble depuis longtemps. Ils ont collaboré, discuté de la manière d’utiliser le groupe propulseur. C’est tout à fait normal."

"Mais nous allons clairement intensifier notre collaboration avec HPP, parce que nous pensons qu’il y a des gains relativement faciles à aller chercher."

Stella n’est toutefois pas certain que le problème se limite uniquement à des paramètres de réglage. Un 2e malaise ?

"Nous devons encore analyser si cela concerne seulement des paramètres que nous pouvons contrôler, des actions du pilote que nous pouvons contrôler, ou d’autres facteurs plus systémiques qu’une équipe cliente ne peut pas forcément contrôler."

McLaren est une équipe cliente depuis 2018 et utilise les moteurs Mercedes depuis 2021. Jusqu’à présent, ce statut n’avait jamais été perçu comme un handicap.

"Les discussions avec HPP pour obtenir davantage d’informations durent depuis des semaines," a révélé Stella.

"Même pendant les essais, nous allions en piste, nous faisions rouler la voiture, nous regardions les données et nous disions : ’Ah, voilà ce que nous avons. Très bien. Maintenant nous réagissons’. Ce n’est pas comme cela que l’on travaille en Formule 1. "

"Normalement, en Formule 1, ce qui se passe en piste est simulé. Vous savez ce qui va se produire. Vous savez ce que vous programmez. Vous savez comment la voiture va se comporter. Vous avez déjà vos plans pour la faire évoluer, parce que vous savez ce que vous attendez de la voiture."

Selon lui, c’est la première fois que McLaren se sent réellement désavantagée en tant qu’équipe cliente.

"Je dois dire que depuis que nous sommes une équipe cliente, c’est la première fois que nous avons le sentiment d’être sur la défensive. Même quand il s’agit de prédire le comportement de la voiture ou d’anticiper comment nous pouvons l’améliorer."

Le patron de McLaren souligne également combien les nouvelles F1 sont devenues sensibles aux réglages et à la gestion de l’énergie.

"Tout est extrêmement sensible," explique-t-il.

"Vous pouvez modifier la quantité de lift and coast avant le premier virage, et cela influence le déploiement d’énergie sur tout le tour. C’est aussi ce qui perturbe les pilotes quand ils doivent optimiser la conduite pour la batterie, parce que c’est désormais une manière fondamentale de piloter en Formule 1. Maintenant, vous pilotez la batterie."

Dans ce contexte, les outils de simulation sont devenus essentiels.

"Quand tout est aussi sensible, la dépendance aux outils devient encore plus importante. L’an dernier, tout était plus calme en termes de comportement du groupe propulseur et de déploiement de l’énergie électrique. Nous avions les outils, mais nous n’en dépendions pas autant. Aujourd’hui, tout repose presque sur ces outils, parce que changer un détail à un endroit peut avoir un effet bien plus important à un autre endroit du circuit, très loin, ce qui est difficile à prévoir."

McLaren reconnaît également ne pas avoir encore trouvé la bonne formule pour optimiser la gestion de l’énergie. Selon Stella, c’est seulement en qualifications que l’ampleur du potentiel de Mercedes est apparue.

"D’une certaine manière, il a fallu attendre les qualifications, avec toutes les voitures dans les mêmes conditions et le même moteur, pour avoir une référence suffisante afin de comprendre ce qui est possible. De ce point de vue, être une équipe cliente ne vous place certainement pas en position d’avantage."

"Cela ne concerne pas le matériel. Cela concerne davantage la compréhension du matériel et l’identification de la meilleure manière de l’exploiter. Nous entrons clairement dans une nouvelle ère de la Formule 1 où ces facteurs deviennent essentiels : la sensibilité aux actions du pilote, la manière dont vous utilisez votre énergie dans la ligne droite précédente pour avoir le maximum de déploiement dans la suivante, surtout si elle est longue."

"Tous ces facteurs deviennent essentiels. Et d’une certaine manière, c’est un nouveau langage et une nouvelle manière de penser."

Alpine confirme la courbe d’apprentissage

Chez Alpine, également cliente Mercedes pour la première fois depuis la reprise de l’équipe par Renault en 2016, le constat est similaire.

Steve Nielsen, directeur général de l’écurie, estime que Mercedes fait son maximum pour aider ses équipes clientes, tout en reconnaissant que l’apprentissage reste important.

"Ils nous apportent autant d’aide qu’ils le peuvent," a-t-il expliqué.

Interrogé sur le flux d’informations venant de Mercedes, Nielsen reste là-aussi prudent.

"Je ne suis même pas sûr de savoir ce que je devrais attendre de leur part ! C’est la première fois que nous faisons cela, donc sur un échantillon d’un seul cas... Oui, j’imagine que nous aimerions en avoir un peu plus, mais je peux vous dire qu’il y a beaucoup de choses dont j’aimerais avoir davantage."

"Tout ce que je sais, c’est que la relation de travail avec eux est très bonne. Ils apprennent eux aussi. Je suis sûr qu’ils nous transmettent les informations aussi vite qu’ils le peuvent, et nous les apprécions quand nous les recevons."

"Ils apprendront, nous progresserons."

Et pour Nielsen, la preuve que le moteur Mercedes n’est pas le problème se trouve dans les résultats.

"Je ne peux pas rejeter la faute sur le groupe propulseur. Je crois qu’il y avait quoi, quatre Mercedes dans le top 6 en qualifications ? Le moteur n’est pas notre problème."


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