Verstappen se compare à Senna : ’mon travail, c’est de gagner, pas d’être populaire’

Pourquoi il ne cherche pas à être aimé comme Ayrton

Verstappen se compare à Senna : ’mon travail, c’est de gagner, pas d’être populaire’
Auteur : Franck Drui
6 novembre 2026 - 18:47

Pourquoi Ayrton Senna occupe-t-il une place aussi particulière dans le cœur des Brésiliens, alors que le pays a également vu émerger deux autres triples ou doubles champions du monde de Formule 1, Nelson Piquet et Emerson Fittipaldi ? Interrogés sur cette différence à l’occasion du Grand Prix du Brésil, Fernando Alonso et Max Verstappen ont livré deux visions complémentaires de l’héritage des grandes figures du sport automobile. Pour l’Espagnol, Senna possédait un charisme et une capacité naturelle à toucher le public qui le distinguaient de ses compatriotes. Le Néerlandais, lui, reconnaît cette dimension exceptionnelle, mais rappelle que sa propre priorité reste de gagner des courses, plutôt que de chercher à créer un lien avec les supporters.

La popularité d’Ayrton Senna demeure immense au Brésil, plus de trois décennies après sa disparition. À Interlagos, où le triple champion du monde a remporté deux Grands Prix, son nom reste omniprésent, notamment auprès des nouvelles générations de pilotes.

Mais le Brésil ne se résume pas à Senna. Le pays a également produit deux autres champions du monde majeurs, Emerson Fittipaldi, sacré en 1972 et 1974, et Nelson Piquet, titré en 1981, 1983 et 1987.

Pourquoi Senna semble-t-il pourtant bénéficier d’une affection particulière, au point d’éclipser régulièrement ses deux illustres prédécesseurs dans les hommages qui lui sont rendus ?

Fernando Alonso et Max Verstappen ont été invités à donner leur point de vue extérieur sur cette différence.

Alonso reconnaît ne pas avoir de réponse définitive à cette question.

"Je ne sais pas, évidemment. Je ne sais pas. Je pense que nous respectons le Brésil pour ses grands champions, pas seulement pour Senna."

"Je pense qu’au moins à mon époque, lorsque j’étais sur le point de devenir pilote de Formule 1, je savais que le Brésil était un très grand pays de champions, comme vous l’avez dit."

Alonso a notamment évoqué la popularité d’Emerson Fittipaldi en Espagne, où le nom du double champion du monde est entré dans le langage courant.

"Avec Emerson, en Espagne, Emerson est assez populaire parce que nous avions l’habitude de dire, lorsque quelqu’un allait très vite quelque part : ’Où vas-tu, Fittipaldi ?’ C’est une façon de dire : ’Pourquoi vas-tu aussi vite ?’"

"Si vous courez pour attraper un train ou quelque chose comme ça : ’Pourquoi vas-tu si vite, Fittipaldi ?’ Donc Fittipaldi a toujours été très connu en Espagne."

Pour Alonso, la différence entre Senna et les autres champions du monde brésiliens tient avant tout à leur personnalité.

"Donc je pense que Nelson, évidemment, et Ayrton... Ayrton avait davantage de charisme, de personnalité. Peut-être qu’il avait quelque chose de différent des autres champions."

"Ce n’était pas seulement une question de victoires, parce qu’ils en avaient peut-être tous, vous savez, Nelson était triple champion du monde et tout cela, mais Ayrton créait davantage de liens avec les gens."

Selon Alonso, cette proximité avec les supporters ne peut pas véritablement se fabriquer. Certains pilotes parviennent naturellement à toucher le public, tandis que d’autres peuvent multiplier les efforts sans jamais susciter le même attachement.

"C’est quelque chose que vous avez ou que vous n’avez pas. Vous pouvez essayer autant que vous voulez de créer un lien avec les gens, et parfois vous n’y parvenez pas parce que vous n’êtes pas naturel, vous n’êtes pas vous-même."

"Vous essayez trop d’établir ce lien, et je pense qu’Ayrton n’avait pas besoin de cela. Donc c’est probablement la différence."

Verstappen : "Mon travail, c’est de gagner"

Max Verstappen partage en partie cette analyse, tout en soulignant que les trois champions brésiliens possédaient des personnalités très différentes.

Le pilote Red Bull rappelle également que Senna était originaire de São Paulo, ce qui peut contribuer à expliquer l’importance des hommages qui lui sont rendus à Interlagos.

"Oui, les trois avaient, je pense, des personnalités très différentes. Tous les trois ont accompli énormément de choses dans ce sport."

"Naturellement, Ayrton était aussi originaire de São Paulo, donc je pense qu’il est normal que le soutien soit probablement déjà un peu plus important ici."

"Comme Fernando l’a dit, il créait probablement davantage de liens avec les gens, mais en même temps, les personnalités sont parfois différentes, n’est-ce pas ? Certaines personnes veulent vraiment créer ce lien, ou cela se produit simplement naturellement. D’autres ne se préoccupent pas vraiment de créer ce lien."

"Je vais être honnête avec vous, moi non plus, je ne m’en préoccupe pas vraiment, parce que j’aime gagner. Je suis ici pour gagner. C’est mon rêve depuis que je suis tout petit."

"Si je regarde ma carrière, qu’est-ce qui compte pour moi ? C’est de gagner autant de courses que possible, pas d’avoir créé un lien avec tout le monde."

"Je veux dire, c’est agréable. C’est un bonus appréciable, mais mon travail, c’est de gagner. C’est pour cela que je m’entraîne depuis mon plus jeune âge."

Le Néerlandais estime également que les circonstances tragiques de la disparition de Senna ont contribué à façonner la place particulière qu’il occupe aujourd’hui dans l’histoire de la Formule 1.

Le triple champion du monde est décédé lors du Grand Prix de Saint-Marin 1994, un événement qui a profondément marqué le sport et ses supporters.

"Maintenant, bien sûr, il y a aussi cette histoire triste, le fait qu’il soit décédé, et cela signifie probablement que l’affection et l’héritage commencent à se construire plus tôt."

"Malheureusement, c’est très triste, mais c’est comme ça. Était-il l’un des meilleurs pilotes de tous les temps ? À 100 %, oui."

"Et je pense que c’est très beau et très particulier de voir comment les gens se souviennent de lui et à quel point il comptait pour le peuple brésilien."

Si Senna occupe une place à part, Verstappen estime néanmoins qu’il serait dommage de réduire l’histoire du sport automobile brésilien à un seul pilote.

"Le Brésil a eu tellement de grands pilotes, n’est-ce pas ? Donc c’est simplement agréable de rendre hommage à tout le monde, de respecter tout le monde et de regarder leur parcours avec fierté, parce qu’ils ont accompli énormément de choses pour ce sport."

"Parce que je pense aussi qu’ils ont inspiré énormément de futurs pilotes, de jeunes pilotes, et qu’ils continuent encore à le faire aujourd’hui, n’est-ce pas ?"

"Donc oui, c’est tout simplement formidable de voir que vous avez eu, et qu’il y en aura certainement encore d’autres à venir, vous savez, des légendes de ce sport."


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