Imposer deux arrêts au stand, une bonne idée ou un risque d’aggraver la situation ?
Les directeurs d’équipe et Pirelli en débattent avant la Commission F1
La Formule 1 étudie la possibilité d’obliger les équipes à effectuer au moins deux arrêts au stand lors des Grands Prix, mais plusieurs voix influentes du paddock préviennent déjà que cette mesure pourrait nuire au spectacle au lieu de l’améliorer.
L’idée sera discutée lors de la prochaine réunion de la Commission F1, où figurera notamment une réflexion sur la manière de limiter la multiplication des stratégies à un seul arrêt, jugées trop prévisibles et peu attrayantes pour le public.
Plusieurs pistes pourraient être envisagées : rendre obligatoire l’utilisation des trois types de pneus, imposer une durée maximale d’utilisation pour chaque train, ou encore fixer un minimum de deux arrêts par course.
Pirelli met en garde : Plus de règles = moins de stratégies
Si beaucoup s’accordent sur le fait qu’un seul arrêt offre en général moins d’action en piste, forcer les écuries à en faire deux n’est pas forcément synonyme de progrès. D’ailleurs, aussi bien les équipes que Pirelli s’opposent à une interdiction pure et simple du "one-stop".
Pour Simone Berra, ingénieur en chef de Pirelli, le risque est clair : "Le risque, c’est que plus on impose de règles, plus les stratégies deviennent similaires. En gros, toutes les équipes feraient la même chose. Et je ne pense pas qu’on obtienne un meilleur spectacle ou de meilleures courses."
"Personnellement, j’attendrais de voir l’effet des règles de 2026. Et il ne faut pas seulement se concentrer sur la dégradation, mais aussi sur l’écart entre les composés. Si les composés sont trop proches comme ici, avec les C3 et C4 au Brésil alors ils seront similaires en course, et cela n’améliore pas le spectacle."
Selon lui, la clé est claire : "Le mieux est d’augmenter l’écart en performance entre les gommes, afin de créer différentes stratégies. Dans ce cas, on peut obtenir un mélange d’approches, contrairement à ce que l’on voit actuellement."
Permane : Une fausse bonne idée
Le directeur de Racing Bulls, Alan Permane, partage l’avis de Berra, estimant que l’obligation de faire deux arrêts pourrait même produire l’effet inverse de celui recherché.
"Je pense que tout le monde aime les courses à deux arrêts ou plus, mais il faut faire attention.
Nos stratèges et nos ingénieurs pneus regardent cela de près. L’une des difficultés avec les deux arrêts, c’est quand les pneus ne s’y prêtent pas vraiment."
"Il faut des pneus qui exigent naturellement deux arrêts. Si vous imposez deux arrêts, tout le monde adoptera la même stratégie et on aura l’effet opposé."
Il rappelle que la variété des approches fait partie du spectacle.
"On a déjà vu des courses où un pilote fait un arrêt et un autre en fait deux, et celui sur deux arrêts revient sur l’autre à la fin. Si on impose deux arrêts, on perdra ce scénario. Il faut réfléchir très attentivement et c’est ce que nous faisons. La Commission F1 en débattra et je suis sûr qu’on trouvera la bonne solution."
La variété stratégique menacée
La bataille entre les McLaren à Budapest cette année illustre bien la richesse que peut offrir cette diversité : Lando Norris avait choisi un arrêt, tandis qu’Oscar Piastri en réalisait deux. À Mexico, Max Verstappen avait évité un second arrêt grâce à une stratégie medium/tendre qui lui a permis d’échapper au schéma le plus répandu.
En rendant les deux arrêts obligatoires, ce type de différences disparaîtrait.
Le patron de Williams, James Vowles, estime d’ailleurs que cette idée pourrait uniformiser toutes les stratégies :
"Ma plus grande inquiétude, c’est qu’on finisse tous par faire la même stratégie à un tour près, parce qu’on y est obligés. La priorité, c’est d’abord la dégradation des pneus et l’écart entre les composés. Je n’aurais rien contre une règle forcée si ces bases sont solides, mais pour l’instant, je pense qu’on aurait moins de variété dans les courses, et ça m’inquiète."
Si les courses à un arrêt sont devenues plus courantes, ce n’est pas uniquement dû aux pneus. La difficulté à dépasser y joue un rôle majeur. Quand les dépassements sont possibles, les équipes sont plus enclines à opter pour deux arrêts, sachant qu’elles peuvent regagner les positions perdues.
Mais avec les difficultés actuelles pour dépasser, la priorité devient la position en piste, ce qui encourage naturellement la stratégie à un seul arrêt. Ce cercle vicieux limite les options stratégiques, et donc le spectacle.
Stella prône la prudence : attendre 2026
Le directeur de McLaren F1, Andrea Stella, estime qu’il est urgent... d’attendre, rejoignant la position de Pirelli de voir ce que donneront d’abord les monoplaces de la prochaine saison en piste.
"Les pneus restent le facteur fondamental pour créer de la variabilité en course. Quand il y a de la dégradation, on voit des arrêts et des dépassements. Mais avec les grands changements prévus pour 2026, je pense qu’il faut d’abord observer quel type de courses nous aurons avant de changer le règlement technique et sportif."
"J’appelle donc à un peu de prudence. Observons ce qu’il se passera en 2026 et adaptons-nous ensuite pour garantir le bon niveau de spectacle."
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