Häkkinen met en garde les équipes : ’les fans vont les crucifier’ s’il y a des consignes
Ferrari et McLaren vont-elles devoir choisir un pilote ?
Alors que la lutte pour le titre mondial entre dans une phase décisive, la question des consignes d’équipe pourrait rapidement devenir un sujet brûlant en Formule 1. Kimi Antonelli possède actuellement une avance confortable au championnat, mais les écarts entre ses poursuivants pourraient inciter Ferrari ou McLaren à privilégier leur pilote le mieux placé. Une stratégie que Mika Häkkinen juge particulièrement risquée à l’heure où les pilotes bénéficient d’une popularité mondiale sans précédent.
Le double champion du monde estime ainsi que les équipes devront mesurer avec une extrême prudence les conséquences d’une éventuelle décision visant à désigner un pilote numéro un. Interrogé par Sky Sports News dans le cadre de son rôle de membre de l’Académie Laureus, Häkkinen a insisté sur le risque d’une réaction très négative du public.
"Quelle équipe va faire ce genre de changement, et quels arguments va-t-elle avancer et présenter aux fans ? Ce sera un facteur important," a-t-il expliqué.
La situation actuelle pourrait en effet pousser certaines écuries à agir plus tôt que prévu. Après 12 des 22 à 23 Grands Prix de la saison, Kimi Antonelli mène le championnat avec 59 points d’avance sur son équipier George Russell et Lewis Hamilton, tandis que Lando Norris pointe à 83 unités du leader en quatrième position. Le pilote McLaren vient toutefois de relancer sa défense du titre en remportant les deux dernières courses.
Derrière Antonelli, Hamilton dispose de 28 points d’avance sur son équipier Charles Leclerc, tandis que Norris a creusé un écart de 55 points sur son propre équipier Oscar Piastri. Des différences qui pourraient donc alimenter les spéculations sur une éventuelle hiérarchisation au sein de Ferrari ou McLaren afin de favoriser le pilote encore le mieux placé dans la course au titre.
Mais pour Häkkinen, une telle décision pourrait se retourner contre l’écurie qui la prend.
"Tous ces pilotes ont aujourd’hui une énorme base de fans dans le monde et, si une équipe décide un jour que ce pilote sera numéro deux, les fans vont crucifier cette équipe," a-t-il averti.
L’ancien pilote McLaren appelle donc les équipes à faire preuve de discernement avant d’utiliser cet outil stratégique.
"Il faut donc être très prudent aujourd’hui dans la manière dont on met en place ce genre de consignes d’équipe," a-t-il ajouté.
Le sujet s’est justement retrouvé au centre des discussions lors du Grand Prix des Pays-Bas, où Lewis Hamilton s’est agacé de la stratégie de Ferrari. Le septuple champion du monde avait été retenu derrière Charles Leclerc, ce qui avait provoqué sa frustration pendant la course.
Après l’arrivée, Hamilton avait notamment souligné la différence d’approche entre Ferrari et Mercedes. L’écurie allemande avait en effet pris une décision très claire en demandant à George Russell de laisser passer Kimi Antonelli, après avoir modifié la stratégie de l’Italien afin de contrer la menace représentée par Hamilton.
Le Britannique avait ensuite regretté sur les réseaux sociaux le ton employé dans ses déclarations aux médias et à la radio pendant la course de Zandvoort. Pour Häkkinen, sa réaction n’avait toutefois rien d’anormal compte tenu des informations dont dispose un pilote depuis sa voiture.
"Je pense que ce que Lewis a vécu à Zandvoort, l’équipe lui a expliqué pourquoi cela s’était produit," a-t-il déclaré.
"Les émotions de Lewis face à cette expérience étaient absolument normales. Ce n’était peut-être pas seulement une émotion, mais aussi du bon sens : ’Nous pouvons marquer davantage de points si vous me laissez dépasser !’ Et il avait certainement raison sur ce qu’il fallait faire même si on ne sait pas si cela lui aurait suffi au final," a-t-il poursuivi.
Häkkinen estime néanmoins que la perception d’une course depuis l’intérieur d’une monoplace est radicalement différente de celle d’un observateur installé dans le paddock ou devant sa télévision. Les informations dont disposent les équipes leur permettent notamment de prendre des décisions que les pilotes ne peuvent pas toujours comprendre immédiatement.
"Aujourd’hui, lorsque je regarde les Grands Prix depuis l’extérieur, quand je suis dans le paddock, c’est différent. On voit beaucoup plus de choses, on reçoit beaucoup plus d’informations sur ce qui se passe," a expliqué le double champion du monde.
"Les pilotes ne reçoivent eux qu’un tout petit pourcentage des informations que nous-mêmes recevons, rien qu’à la télévision. Lorsqu’ils suivent une autre voiture et que celle-ci ne les laisse pas dépasser, ils n’ont pas les informations et les calculs dont dispose l’équipe."
"C’est pourquoi, très souvent, on obtient ce genre de réactions de la part des pilotes, ce qui est tout à fait normal."
Häkkinen possède une expérience personnelle importante de cette problématique. Durant sa carrière, le Finlandais a lui-même été confronté à la domination de Michael Schumacher et à la politique de Ferrari autour de son pilote allemand. Häkkinen avait remporté deux titres consécutifs en 1998 et 1999, avant de terminer deuxième derrière Schumacher en 2000, lorsque celui-ci avait décroché le premier de ses cinq championnats du monde consécutifs avec Ferrari.
Selon Häkkinen, la manière dont les consignes d’équipe sont perçues a cependant considérablement évolué depuis cette époque.
"La base de fans a changé en Formule 1, la génération est différente de celle de mon époque," a-t-il constaté.
"Lorsque je courais contre Michael chez Ferrari, ils ont commencé à appliquer des consignes d’équipe dès la première course de la saison," a-t-il rappelé.
"Il était très évident que si un pilote était très fort dans une équipe et commençait à gagner des courses et à marquer des points, l’équipe était parfaitement consciente que, si elle voulait remporter le championnat du monde, elle devait soutenir ce pilote à 100 %."
"C’est ce que Michael Schumacher a réussi à faire avec Ferrari lorsqu’il y courait."
L’approche de McLaren était toutefois différente durant la période où Häkkinen y évoluait. L’écurie britannique cherchait à préserver une certaine équité entre ses deux pilotes tant que la situation mathématique du championnat le permettait, avant de demander à l’équipier le moins bien placé de soutenir le leader lorsque son retard devenait impossible à combler.
"Nous avions une philosophie un peu différente chez McLaren. Nous voulions donner aux deux pilotes la même opportunité jusqu’à ce que l’écart de points soit tel que l’un ne puisse plus rattraper l’autre. Et à ce moment-là, l’équipier devait commencer à soutenir le pilote en tête."
"C’était une manière de faire basée sur le bon sens et qui a perduré comme on l’a vu en 2025."
La situation actuelle présente toutefois une autre particularité...
"Les équipes ne cherchent plus uniquement à maximiser leurs chances dans le championnat des pilotes : le titre constructeurs constitue également un objectif majeur, ce qui complique encore davantage la gestion des deux pilotes. Maintenant, les équipes veulent gagner les deux."
"Il est donc important que les deux pilotes obtiennent des performances maximales tout le temps, à chaque course."
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