Ferrari, sous pression en piste, passe en mode survie logistique à Bakou

La Scuderia présente ses défis du Grand Prix d’Azerbaïdjan

Ferrari, sous pression en piste, passe en mode survie logistique à Bakou
Auteur : Franck Drui
22 septembre 2026 - 14:57

La Formule 1 retrouve Bakou ce week-end pour la quinzième manche de la saison, sur un circuit urbain qui ne ressemble à aucun autre du calendrier. Entre les portions extrêmement rapides bordant les larges artères de la capitale azérie et les passages étroits de la vieille ville, Ferrari devra trouver le compromis idéal pour exploiter sa monoplace dans des conditions très particulières. Mais au-delà du défi sportif, le déplacement à Bakou marque également le début d’une séquence logistique particulièrement exigeante pour la Scuderia, avec un programme bouleversé et un enchaînement de courses inédit.

Le circuit de Bakou a fait son apparition au calendrier de la Formule 1 en 2016, à l’époque sous l’appellation de Grand Prix d’Europe, avant de devenir le Grand Prix d’Azerbaïdjan dès l’année suivante.

Cette édition présente toutefois une particularité majeure avec un calendrier exceptionnel. L’action en piste débutera dès le jeudi, soit un jour plus tôt que lors d’un week-end habituel, tandis que le Grand Prix sera disputé dès le samedi. Cette organisation inhabituelle vise à éviter un conflit avec la Journée du Souvenir en Azerbaïdjan, célébrée chaque année le 27 septembre.

Un circuit aux deux visages

Long de 6,003 kilomètres, le circuit urbain de Bakou présente une combinaison de caractéristiques rarement, voire jamais, réunies sur un même tracé. Dans la vieille ville, la piste devient extrêmement étroite et les monoplaces passent à quelques centimètres seulement des murs. Une portion est même si resserrée qu’une seule voiture peut y évoluer à la fois.

La situation est radicalement différente dans la dernière partie du tour. La séquence finale de virages débouche sur une ligne droite de plus de deux kilomètres, parcourue à fond jusqu’à la zone de freinage du virage 1. Dans cette partie du circuit, la vitesse de pointe et l’aspiration peuvent jouer un rôle déterminant aussi bien en qualifications qu’en course.

Pour Ferrari, l’enjeu sera donc de trouver un réglage permettant à la voiture de rester performante dans ces deux environnements radicalement opposés. Le défi est d’autant plus complexe que le revêtement d’un circuit urbain offre généralement moins d’adhérence que celui d’un tracé permanent, ce qui peut favoriser le grainage des pneumatiques.

Le vent constitue également une variable importante à Bakou. Son intensité comme sa direction peuvent changer en fonction des endroits du circuit, lorsqu’il s’engouffre entre les différents bâtiments qui bordent le tracé.

Fred Vasseur insiste ainsi sur l’importance de réunir tous les éléments lors de ce week-end particulier.

"Les dernières courses ont démontré que notre voiture peut offrir un bon niveau de compétitivité, mais elles ont également souligné à quel point il est important de réunir toutes les composantes du week-end."

"Bakou représente un défi très spécifique, où la confiance dans la voiture et l’exécution sont particulièrement importantes. C’est également un circuit où le week-end peut faire apparaître plusieurs variables, nous devons donc rester concentrés sur nous-mêmes, nous adapter à toutes les situations qui se présenteront et tirer le meilleur parti de chaque opportunité."

Ferrari encore en quête d’une première victoire à Bakou

Les statistiques de Ferrari témoignent de la difficulté rencontrée jusqu’ici par la Scuderia sur les rives de la mer Caspienne. En neuf éditions disputées, Ferrari n’a encore jamais remporté le Grand Prix d’Azerbaïdjan.

L’équipe italienne compte toutefois cinq pole positions, deux meilleurs tours et quatre podiums sur ce circuit. Ces chiffres montrent que la Scuderia a déjà disposé d’une vitesse suffisante pour jouer les premiers rôles à Bakou, sans parvenir à convertir ces performances en victoire.

Le tracé urbain a par ailleurs souvent produit des courses particulièrement animées. Lors des neuf Grands Prix de Formule 1 disputés jusqu’ici, la voiture de sécurité a été déployée à douze reprises. Cette statistique souligne l’importance de conserver une certaine flexibilité stratégique, puisqu’une neutralisation peut très rapidement modifier le scénario d’une course.

Pour cette édition, Pirelli a retenu les trois composés les plus tendres de sa gamme actuelle : le C3 sera le pneumatique dur, le C4 le médium et le C5 le tendre. Traditionnellement, Bakou se prête à une stratégie à un seul arrêt. Toutefois, la configuration du circuit et la possibilité de voir la voiture de sécurité entrer en piste ouvrent la porte à d’autres scénarios.

Une neutralisation dans les dernières phases du Grand Prix pourrait notamment rendre le pneumatique tendre particulièrement intéressant pour effectuer un relais court, permettant aux équipes de profiter de son potentiel sur quelques tours seulement.

Focus sur un triple enchaînement inédit à gérer pour la logistique

Le Grand Prix d’Azerbaïdjan marque également le début d’un enchaînement de trois courses inhabituel pour la Formule 1, puisque Sepang a été ajouté entre Bakou et Singapour afin d’accueillir le Grand Prix de Bahreïn disputé en Malaisie. Pour Ferrari, cette modification du calendrier représente un défi logistique inédit.

Giulia Alessandro, responsable des infrastructures logistiques et des entrepôts de Ferrari, explique que l’équipe a néanmoins pu anticiper cette situation.

"L’intégration de Sepang dans cet enchaînement de trois courses représente certainement un défi logistique sans précédent. Heureusement, nous avons été informés suffisamment à l’avance du déplacement du Grand Prix de Bahreïn en Malaisie pour pouvoir planifier les expéditions et nous organiser à temps, notamment en ce qui concerne les équipements envoyés par voie maritime. Nous avons ainsi préparé différents kits pour chacune des trois destinations et nous avons géré les changements sans avoir recours à des mesures d’urgence."

Mais la véritable difficulté se situera précisément en Malaisie, où la Formule 1 n’a plus couru depuis plusieurs années.

"Le véritable défi sera toutefois Sepang lui-même. La Formule 1 n’y a plus couru depuis de nombreuses années, nous devrons donc gérer un certain nombre d’inconnues une fois sur place. À cela s’ajoutent des conditions particulièrement chaudes et humides, qui nécessiteront une planification très rigoureuse de la mise en place et des activités opérationnelles. Notre objectif est de garantir à l’équipe les meilleures conditions de travail possibles, afin que tout puisse fonctionner aussi efficacement que possible, tant sur le plan logistique que du point de vue de la course."

Bien que Bakou soit géographiquement située en Europe, son traitement logistique se rapproche davantage de celui réservé aux courses dites "lointaines" avec une combinaison de transports maritimes et aériens.

Pour Ferrari, cette transition intervient après une longue série de Grands Prix européens durant lesquels l’ensemble du matériel est transporté par la route.

"Bakou est géré exactement de la même manière qu’une course ’lointaine’, avec une configuration mixte, dans laquelle certains matériels voyagent par voie maritime et d’autres par voie aérienne. Cependant, nous sortons d’une longue série de courses européennes, où tout le transport est effectué par la route, donc passer d’un mode de transport à un autre représente toujours un défi important. En réalité, la période la plus exigeante a été la semaine qui a immédiatement suivi la dernière course européenne. En l’espace de quelques jours, nous avons dû gérer le retour de tout le matériel depuis Madrid tout en préparant et en expédiant par avion tout ce qui était nécessaire pour le déplacement à Bakou."

Cette opération a nécessité une forte mobilisation aussi bien à Maranello que parmi les équipes chargées du transport.

"Ce fut une tâche exigeante, aussi bien pour le personnel de Maranello, qui a préparé et reconfiguré les matériels, que pour toutes les personnes impliquées dans les opérations logistiques. Le calendrier nous impose des délais extrêmement serrés : le trajet entre Madrid et Maranello prend déjà plusieurs heures et, seulement deux jours après avoir tout récupéré à l’usine, nous devions être prêts à partir pour Bakou. En pratique, nous avons dû repenser complètement l’organisation de notre fret en très peu de temps, en passant de l’approche utilisée pour les courses européennes à celle nécessaire pour les épreuves intercontinentales."

L’objectif reste évidemment de faire parvenir l’ensemble des équipements nécessaires dans les délais impartis et dans des conditions permettant à la Scuderia de travailler normalement.

"C’est un processus complexe, mais essentiel pour garantir que tous les équipements nécessaires arrivent à destination au bon moment et dans les meilleures conditions possibles, afin que l’équipe puisse travailler sans interruption."

Déjà tourné vers la saison prochaine

Comme pour les équipes techniques qui doivent progressivement consacrer une partie de leurs ressources au développement de la prochaine monoplace, la logistique de Ferrari fonctionne elle aussi à sur deux saisons en parallèle.

Il n’existe toutefois pas de date précise marquant le passage d’une saison à l’autre.

"Pour l’équipe logistique, il n’y a pas de moment précis où nous cessons de travailler sur la saison actuelle pour commencer à nous concentrer sur la suivante. C’est une activité qui se déroule en parallèle tout au long de l’année. Les délais de production de certains composants, ainsi que l’organisation des expéditions, notamment celles effectuées par voie maritime, qui nécessitent beaucoup de temps, signifient que nous devons planifier très longtemps à l’avance. C’est pourquoi nous travaillons constamment à la fois sur la saison actuelle et sur la suivante, pratiquement sans interruption."

À mesure que la saison avance, les préparatifs pour l’année suivante prennent néanmoins davantage d’importance.

"Cela dit, à partir de cette période de la saison, les activités liées à l’année suivante commencent inévitablement à s’intensifier. Nous avons récemment reçu la confirmation définitive du calendrier, ce qui nous permet de définir plus précisément les activités nécessaires pour terminer la saison actuelle et préparer le début de la suivante. Nous savons déjà que certains déplacements particulièrement exigeants nous attendent et nous travaillons à les préparer aussi efficacement que possible."

Cette anticipation doit même dépasser le cadre de la saison immédiatement à venir, tant les délais logistiques de la Formule 1 sont contraignants.

"La nature particulière de notre travail signifie que nous devons toujours planifier très longtemps à l’avance. Alors que nous sommes concentrés sur la fin de cette saison, nous préparons déjà le début du prochain championnat et, dans certains cas, même la deuxième moitié de la saison suivante. Cela peut sembler très lointain, mais cette échéance arrive en réalité beaucoup plus vite qu’on ne pourrait le penser."

La période séparant la fin d’une saison du début de la suivante constitue ainsi l’une des principales contraintes pour Ferrari.

"L’un des principaux défis est l’intervalle extrêmement court entre la fin de la dernière course et le début de la saison suivante. Dans de nombreux cas, le matériel reste en Italie à peine quinze jours avant de devoir être réexpédié vers les premières destinations de la nouvelle année."

D’où la nécessité d’anticiper au maximum les besoins et de coordonner très tôt le travail avec les différents fournisseurs.

"C’est pourquoi il est essentiel de planifier autant que possible à l’avance et de communiquer nos plans suffisamment tôt à nos fournisseurs, afin qu’ils puissent organiser leurs ressources, leurs activités et leurs capacités de production. Ce n’est qu’avec une préparation minutieuse que nous pouvons gérer des délais qui sont réellement très exigeants."


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