Audi F1 vise les titres mondiaux... mais s’attend à souffrir au début
Le cap vers 2030 est tracé avec un appel à la patience pour ses débuts
Audi a beau afficher de grandes ambitions pour son arrivée en Formule 1, Mattia Binotto a tenu à tempérer les attentes à court terme. Le patron du projet F1 de la marque allemande a prévenu que la première saison de l’écurie pourrait être particulièrement délicate, évoquant même un exercice inaugural "très cahoteux", malgré l’objectif clairement affiché de jouer les titres mondiaux d’ici 2030.
Après avoir officiellement repris les rênes de l’ancienne équipe Sauber, Audi s’apprête à vivre sa toute première saison en Formule 1 en tant que constructeur à part entière. Un défi de taille, d’autant plus que le groupe d’Ingolstadt a fait le choix stratégique de concevoir également son propre moteur, un chantier colossal dans un sport où l’excellence technique ne tolère aucun retard.
Recruté en 2024 après son passage à la tête de la Scuderia Ferrari, Mattia Binotto est chargé de piloter cette transition ambitieuse. Celle-ci a franchi une nouvelle étape mardi soir à Berlin, lorsque la future équipe Audi F1 a dévoilé la livrée de sa R26 lors d’un événement de lancement dédié.
Sur scène, le PDG d’Audi, Gernot Döllner, n’a pas caché l’ampleur des objectifs fixés pour ce nouveau programme en Formule 1 : "Nous partageons tous une vision claire : concourir au plus haut niveau et nous battre pour les championnats d’ici 2030."
Un cap assumé, mais qui nécessite une profonde montée en puissance, comme l’a expliqué Binotto. Se fixer 5 ans pour réussir, n’est-ce pas dangereux ? D’autres équipes comme Alpine F1 ont tenté ce genre de discours avant de se faire railler...
"Nous avons fixé cinq ans comme objectif parce que nous y croyons, même s’il y a énormément de choses à construire. Ce n’est pas seulement la voiture en piste, qui n’est que le produit final d’une grande organisation. Les infrastructures, les outils, les méthodologies, l’organisation elle-même... nous devons développer les compétences. Il reste encore beaucoup à faire. Mais nous en sommes conscients et cela fait partie de notre travail quotidien."
L’Italien insiste sur le caractère méthodique de l’approche adoptée par Audi.
"Nous savons que cela doit arriver. Nous le planifions et nous le ferons. Nous agissons donc par priorités."
Pour autant, Binotto ne se fait aucune illusion sur la difficulté immédiate de la tâche, notamment face à des équipes déjà solidement installées.
"Nous voulons évidemment faire du mieux possible en piste, mais nous savons que nous affrontons des concurrents très forts, des organisations bien établies. Ceux qui étaient forts auparavant le resteront sans aucun doute en 2026. Notre saison 2026 pourrait donc être très cahoteuse."
Audi reconnaît un premier roulage difficile avec sa R26
Audi avait officieusement ouvert le bal de la saison 2026 en devenant la première équipe à prendre la piste avec une monoplace répondant au nouveau règlement technique. Le constructeur allemand a effectué les tout premiers tours de roue de son histoire en Formule 1 lors d’un filming day organisé à Barcelone, une étape symbolique forte dans sa transition vers une équipe d’usine à part entière.
Être en mesure de rouler si tôt dans le calendrier constitue déjà une performance en soi et illustre l’ambition d’Audi de vouloir aborder cette nouvelle ère réglementaire avec le plus d’anticipation possible. Mais comme l’a reconnu Binotto, cette première journée n’a rien eu d’un long fleuve tranquille - ce qui n’a rien de surprenant pour une voiture entièrement nouvelle, animée par une unité de puissance conçue selon des règles inédites.
Ces premières sorties sont justement celles qui permettent d’identifier les faiblesses, de corriger les défauts initiaux et de progresser suffisamment pour viser une fiabilité acceptable à la fin des essais officiels de pré-saison, programmés le mois prochain à Bahreïn.
Le patron du projet Audi F1 n’a pas cherché à masquer les difficultés déjà rencontrées.
"Nous ne sommes pas prêts, nous rencontrons encore des problèmes et nous ne sommes pas encore au niveau de performance que nous souhaiterions. Notre chaîne de traction et notre unité de puissance ne sont pas encore exploitables comme elles devraient l’être, mais tout cela est normal."
"Ce n’est pas inattendu, donc je peux dire que même le filming day n’a peut-être pas été une journée réussie. Mais c’était une journée positive, parce que nous avons rencontré des problèmes, et ces problèmes nous ont été utiles pour apprendre davantage et mieux nous préparer pour le début de la saison et le prochain test à la fin du mois à Barcelone."
Binotto a tenu à replacer ces débuts compliqués dans une perspective plus large, fidèle à la philosophie affichée par Audi depuis le lancement de son programme F1.
"Nous sommes conscients qu’il peut y avoir des périodes difficiles et des échecs, mais notre approche est de ne jamais s’arrêter, d’avoir la passion de progresser. C’est un état d’esprit qui consiste à ne jamais cesser de pousser vers l’avant."
Si Binotto supervise l’ensemble du projet F1 d’Audi, la gestion quotidienne de l’écurie revient à Jonathan Wheatley. L’ancien directeur sportif de Red Bull a été débauché pour occuper le poste de team principal et mener l’équipe vers le haut de la grille.
Lui aussi a appelé à la patience, tout en réaffirmant la trajectoire fixée par la direction.
"Nous partons encore d’une base modeste, et il faut s’en souvenir. L’objectif est clair : devenir d’abord des outsiders crédibles, puis de véritables concurrents, et enfin des champions. Nous nous sommes fixé un objectif ambitieux. Pour beaucoup de gens, 2030 peut sembler loin, mais en Formule 1, c’est quasiment demain."
Un délai qui impose une préparation minutieuse selon lui.
"Nous devons être prêts pour cette échéance. Nous devons préparer l’équipe. Il faut devenir une écurie d’usine parfaitement rodée, afin d’être en mesure de livrer un championnat lorsque la voiture atteindra le niveau requis."
Nouveau : comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?
Via notre nouvelle chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com !
Vous abonner (cliquez sur l’étoile pour mettre en favori) à notre Google News si vous utilisez l’appli Google Actualités sur votre smartphone.
Audi F1
- Wheatley : Audi F1 ’ressemblait enfin à une équipe’ à Bahreïn
- Audi F1 monte en puissance, une semaine productive à Bahreïn avec la R26
- Hülkenberg dresse un premier bilan lucide de l’Audi F1 R26
- Bortoleto compare Audi F1 à ’un bébé qui apprend à marcher’
- Robert Shwartzman pressenti pour un rôle de réserviste chez Audi en F1