Vasseur a appris à Ferrari à ne ’plus être timide’ sur les innovations
Le Français explique comment il a fait mettre la prudence de côté
Ferrari veut continuer à être à la pointe de l’innovation, mais Frédéric Vasseur, le directeur de la Scuderia, a bien spécifié à ses troupes qu’il ne fallait pas le faire au prix de la compétitivité, si des idées plus conventionnelles sont plus efficaces.
L’équipe a innové drastiquement sur sa SF-26, avec l’aileron Macarena et des échappements particulièrement travaillés pour fonctionner avec le diffuseur. Et elle a également été la première à utiliser des ailettes sur son halo.
Pour le patron de l’équipe, c’est l’aboutissement d’un changement de culture, avec la volonté d’inculquer à ses troupes la possibilité de sortir des sentiers battus.
"Ce n’est pas qu’il y avait une culture de la peur, du blâme ou quoi que ce soit, mais c’était peut-être un peu trop sur la réserve" a déclaré Vasseur à The Race. "La première chose qui m’a choqué quand je suis arrivé, c’est l’écart que nous avions sur chaque sujet, simplement parce que nous ne voulions pas prendre de risque."
"Ajouter un kilo de poids supplémentaire pour être en sécurité par rapport à la limite, un demi-litre ou un litre de carburant de plus, ouvrir davantage le ponton, un cran de plus. Au bout du compte, quand on met tout sur la table, c’était deux dixièmes. On ne peut pas être à une marge de zéro. Mais entre zéro et deux dixièmes, il y a un dixième."
"Et si l’on considère que l’écart moyen entre nous et le gars devant nous l’année dernière était de trois centièmes de seconde, on peut imaginer l’impact d’un dixième sur la saison. Cette mentalité, je pousse comme un fou pour convaincre tout le monde qu’ils sont tous contributeurs à la performance. C’est aussi l’état d’esprit de Loïc."
Le Français explique que sa volonté de pousser chacun à se rapprocher des limites inclut l’ouverture à des idées plus extrêmes : "En termes d’innovation, c’est un message selon lequel nous devons tout pousser, toute la journée, pour dire ’ne soyez pas timides’. Si vous avez quelque chose à proposer, soyez ouverts."
"Nous ne blâmons jamais quelqu’un s’il a quelque chose à proposer et que cela ne fonctionne pas. Vous avez vu quelques exemples sur la voiture, et d’autres viendront. Ils ont cet état d’esprit, nous les poussons à innover, et c’est d’une grande aide."
Vasseur est clair sur le fait que le succès de la mentalité au sein de l’équipe ne se mesure pas à la quantité d’innovation présente sur sa voiture par rapport aux autres. Ce qui compte, c’est le temps au tour, et c’est selon lui le seul indicateur clé de performance (KPI) qui peut être retenu, innovation ou non.
"Ne surestimez pas ce que j’ai dit. Parfois, vous avez des innovations que vous pouvez voir, parfois vous avez des innovations que vous ne verrez jamais parce que vous ne pouvez voir que le côté aéro. De plus, l’objectif n’est pas d’innover. L’objectif est de gagner. L’innovation n’a de sens que si elle fonctionne. Je ne veux pas que les ailerons fassent ces choses-là si cela ne paie pas."
"Je suis assez content du travail accompli là-dessus et de l’état d’esprit aussi, parce que j’ai le sentiment qu’ils se sentent plus libres. Ce changement de mentalité vaut également pour juger de la réussite des différents départements.
"Il ne s’agit plus simplement pour le département moteur de produire le plus de chevaux, et pour le département châssis de fournir le plus de points d’appui, puis de réunir ces deux éléments. En tant qu’écurie de course, on pourrait imaginer que c’est évident, mais ça ne l’est jamais. Le seul KPI de l’équipe doit être le temps au tour."
"Trop souvent dans une écurie, le KPI est la charge aérodynamique pour les gars de l’aéro, c’est la puissance pour les gars du moteur, et ils ne se soucient pas du poids ou du refroidissement. J’essaie de faire passer le message que, collectivement, le seul KPI est le temps au tour. L’innovation, c’est pareil."
Le directeur technique Loïc Serra, arrivé en 2024, aide Ferrari à revoir sa manière de penser les évolutions, mais Vasseur admet que les débuts de son compatriote ont été compliqués, notamment par une SF-25 très difficile à gérer : "Quand on rejoint une équipe de F1, on a besoin de quelques mois."
"C’est allé assez vite, mais il est difficile aussi de s’occuper d’un projet quand on n’est pas là au début, quand des décisions ont été prises et qu’il faut sauter dans le train alors qu’on a d’autres projets en préparation. Honnêtement, la situation n’était pas facile, mais il a pu se concentrer sur les opérations."
"Et je pense que c’était important pour nous. Parfois, nous avons fait un très bon travail l’année dernière en fin de saison, en termes d’exploitation. Et c’était la meilleure préparation pour cette année. Loïc est un compétiteur avec une énorme expérience de la course, de la piste, de l’exploitation aussi, avec son passé chez Michelin."
"Je pense que c’est un pas en avant pour nous. Je ne veux pas faire de mauvaises comparaisons ou quoi que ce soit. Mais c’est un vrai compétiteur, qui traque les dernières fractions de secondes partout. C’était une bonne impulsion pour l’équipe."
Vasseur est conscient que la course au développement sera très agressive, mais il fait confiance à son équipe pour aborder cette étape cruciale de progression de la bonne manière : "Nous devons avoir l’état d’esprit cette saison que nous avons une marge de progression partout."
"Honnêtement, je ne sais pas pour les autres, mais nous apporterons des évolutions qui, là où l’an dernier elles nous apportaient des centièmes de seconde, se compteront en dixièmes de seconde cette année. Pour moi, le ratio est de un à dix."
"Donc, plus que l’image en piste, ce sera la capacité de l’équipe à se développer, la capacité de l’équipe à comprendre où nous pouvons nous améliorer, où les autres font un meilleur travail, pourquoi ils font un meilleur travail. Il s’agit d’être très ouvert d’esprit là-dessus et d’avoir la capacité de développer."
"Si chaque fois que vous apportez deux ou trois dixièmes, vous êtes capable d’anticiper et de prendre une course d’avance sur la saison, c’est très bénéfique. Pour avoir la capacité de développer, il faut avoir les idées, il faut avoir la capacité de production. Le délai de mise sur le marché sera la clé."
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