Suzuka 1989 : le jour où McLaren F1 a tout perdu dans le clash entre Prost et Senna

Collision, disqualification et polémique au menu

Auteur : Franck Drui
28 mars 2026 - 15:49
Suzuka 1989 : le jour où McLaren F1 a tout perdu dans le clash entre Prost et Senna

Avec 9 victoires, 6 poles, 29 podiums et 8 meilleurs tours en course au Grand Prix du Japon, McLaren entretient une relation particulière avec Suzuka. Une histoire riche, marquée par des succès emblématiques mais aussi par l’un des épisodes les plus controversés de la Formule 1 moderne.

Le dernier succès de l’écurie britannique au Japon remonte à 2011, lorsque Jenson Button s’imposait au volant de la MP4/26. Bien avant cela, McLaren avait signé sa première victoire sur le sol nippon en 1977 avec James Hunt. Plus récemment, Oscar Piastri y a décroché son premier podium en 2023, au volant de la MCL60.

Mais c’est bien l’édition 1989 qui reste indissociable du nom de McLaren.

Cette saison-là, McLaren domine outrageusement le championnat avec 10 victoires en 16 courses. Pourtant, le Grand Prix du Japon n’en fait pas partie. Et paradoxalement, il demeure l’une des courses les plus emblématiques de l’histoire de l’équipe.

À Suzuka, la tension est à son comble entre Ayrton Senna et Alain Prost. Les relations entre les deux hommes sont glaciales depuis leur différend survenu plus tôt dans la saison à Imola.

Prost arrive au Japon avec 21 points d’avance au championnat pilotes. Le système de points complexe de l’époque impose à Senna de gagner pour conserver une chance de titre.

Le Brésilien frappe fort en qualifications avec une pole position décrochée avec 1,7 seconde d’avance. Mais au départ, Prost prend le meilleur et conserve la tête. La course se transforme alors en duel à distance, chaque tour étant disputé comme un tour de qualification.

Tout bascule au 46e tour.

Collision, polémique et disqualification

À l’approche de la chicane, Senna tente une attaque tardive à l’intérieur. Prost ferme la porte. Les deux McLaren s’accrochent et terminent leur course dans l’échappatoire. Les moteurs calent, et le doublé semble envolé.

Prost abandonne immédiatement, convaincu que tout est terminé. Senna, lui, obtient l’aide des commissaires pour repartir, rejoint les stands pour réparer sa monoplace et reprend la piste à cinq secondes du leader, Alessandro Nannini. Il remonte, dépasse et franchit la ligne en vainqueur.

Mais quelques heures plus tard, le couperet tombe : disqualification pour l’emprunt de la zone de décélération qui ne fait pas partie de la piste, le redémarrage grâce à une aide extérieure et le court-circuit de la chicane.

Malgré un appel de McLaren, la décision est confirmée. Nannini décroche ainsi l’unique victoire de sa carrière en Formule 1, tandis que Prost est sacré champion du monde 1989.

À l’époque, les médias accusent le patron de McLaren, Ron Dennis, de favoriser Senna, alors que Prost s’apprête à rejoindre Ferrari.

Dennis réfute catégoriquement, estimant que la décision des commissaires est injuste et que son équipe a été privée d’une victoire pour des raisons discutables. Il souligne notamment que d’autres pilotes avaient utilisé l’échappatoire de la chicane sans être sanctionnés.

Mais rien n’y fait : la décision reste inchangée et contribue à forger la réputation de la Formule 1 comme théâtre de rivalités sportives intenses.

Le témoignage de Neil Oatley

Consultant technique de McLaren à l’époque, Neil Oatley se souvient d’un week-end sous haute tension :

"Nous sommes arrivés à Suzuka en 1989, comme l’année précédente, avec le titre constructeurs déjà en poche, et le championnat pilotes se jouait uniquement entre nos deux pilotes. Depuis le conflit né à Imola, ils ne communiquaient plus directement et passaient par moi et Steve Nicholls."

"Honda avait fourni, comme à son habitude, des moteurs spécialement améliorés pour son Grand Prix à domicile. Nous avons dominé toutes les séances d’essais. En qualifications, Ayrton a signé un tour exceptionnel, 1,7 seconde plus rapide que son coéquipier et plus de deux secondes plus rapide que son plus proche concurrent. Pour conserver son titre de champion, Ayrton devait remporter cette course ainsi que la suivante à Adélaïde. Avec une qualif plutôt médiocre d’Alain, la tension était palpable ce dimanche après-midi."

Le choix de réglages différents entre les deux monoplaces ajoute une dimension stratégique.

"Sur la voiture d’Alain, nous avions opté pour un réglage aérodynamique avec moins d’appui, ce qui ajoutait du suspense à la course, malgré une configuration mécanique très similaire à celle d’Ayrton. Alain n’allait pas se laisser faire et il a pris un départ fulgurant depuis la deuxième place sur la grille, menant son coéquipier avec aisance dans le premier virage et creusant l’écart tour après tour, chose que je n’avais pas anticipée."

"Toute la course s’est déroulée comme si chaque tour était un tour de qualification, comme il se doit. Ayrton semblait d’abord incapable de réagir, mais peu à peu, l’écart a commencé à se réduire. À douze tours de l’arrivée, la lutte acharnée a commencé et la tension est montée d’un cran dans les deux garages."

Avant un retournement de situation spectaculaire !

"Ayrton a demandé aux commissaires de séparer les voitures pour repartir. Il est revenu aux stands, a changé son aileron avant et est ressorti à cinq secondes du leader. Il a repris la tête et a gagné… du moins le pensait-il."

"Après l’arrivée, Ayrton a été disqualifié, à sa grande colère. Nous avons fait appel et sommes partis pour Adélaïde avec encore une chance de jouer le titre."

Lors de la dernière manche en Australie, disputée sous des conditions dantesques, Prost refuse de prendre le départ. Senna mène la course avant d’abandonner après une collision avec un retardataire dans une visibilité quasi nulle.

"J’ai enfin pu célébrer, brièvement, le titre avec Alain avant de rentrer à Woking," conclut Oatley.


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