La FIA a-t-elle fait de Michael Masi un ’bouc émissaire’ à Abu Dhabi 2021 ?

Wittich dédouane son prédécesseur en réécrivant l’histoire

17 avril 2026 - 07:15
La FIA a-t-elle fait de Michael Masi un ’bouc émissaire’ à Abu Dhabi 2021 ?

Niels Wittich a volé au secours de son prédécesseur au poste de directeur de course de la FIA en F1, Michael Masi, au sujet du Grand Prix d’Abu Dhabi 2021. La finale de la saison avait été remportée par Max Verstappen, lui offrant le titre face à Lewis Hamilton.

Le Britannique menait la course et avait la maîtrise de la situation pour aller chercher la victoire, quand Nicholas Latifi est sorti de piste à six tours de l’arrivée. Verstappen a pris la décision inverse de celle de Hamilton en chaussant des pneus neufs.

Craignant qu’un drapeau rouge ne soit agité, permettant un changement de pneus gratuit, ou que la course ne se termine sous régime de voiture de sécurité, Mercedes a décidé de ne pas faire rentrer son leader aux stands afin de préserver sa position en piste.

La Williams a été dégagée avec deux tours et demi restants, et il fallait encore effectuer la procédure de dépassement des retardataires, ce qui laissait penser que la course allait se terminer sous cette neutralisation. Mais la procédure a été coupée de moitié pour pouvoir reprendre pour un seul tour.

Au 57e des 58 tours, Masi a ordonné aux cinq voitures retardataires séparant Hamilton de Verstappen, et à elles seules, de se dédoubler, et a donné l’instruction à la voiture de sécurité de rentrer immédiatement aux stands avant le dernier tour.

Avec ses gommes tendres neuves, Verstappen a alors dépassé Hamilton, dont la voiture était toujours équipée de pneus durs usés, et a décroché son premier titre mondial. La FIA a essayé de dire que le règlement autorisait Masi à changer la procédure, mais la course s’est conclue sur une erreur d’arbitrage qui a décidé du titre mondial.

"De mon point de vue, Michael n’a pas commis tant d’erreurs que cela" a déclaré Wittich à la chaîne YouTube Formel1.de. "Le règlement ne définissait pas tout de manière stricte. Ce qu’il a fait relevait de son autorité. Il disposait d’un certain pouvoir discrétionnaire sur la manière de déployer la voiture de sécurité."

"Un facteur clé était que les équipes, la FIA et la Formule 1 s’étaient tous mis d’accord, lors de nombreuses réunions, pour que les courses se terminent, si possible, sous régime de drapeau vert. Personne ne voulait d’une fin de course derrière la voiture de sécurité."

"À Abu Dhabi, la situation était telle que toute intervention aurait désavantagé quelqu’un. On aurait pu brandir le drapeau rouge, mais cela nécessite des conditions spécifiques comme un danger pour le personnel ou une piste bloquée. Ce n’était pas le cas. Le drapeau rouge n’était donc pas vraiment une option."

Là aussi, Wittich réécrit l’histoire, car la voiture de Latifi était en milieu de piste, comme on l’avait vu dans d’autres courses, notamment à Bakou, où le drapeau rouge a été déployé en toute fin de course.

Il ment ensuite en disant que le règlement autorisait Masi à modifier les règles de relance, ce qui n’était pas du tout ce qui était écrit dans le texte officiel. Le texte disait que le directeur de course avait autorité pour le choix de la procédure, mais en aucun cas qu’il avait le droit de la tordre au point de la réinventer.

"Puis est venue la question des retardataires. Au départ, il a dit qu’ils ne se dédoubleraient pas, puis il l’a autorisé, mais en modifiant la procédure habituelle en n’attendant pas un tour supplémentaire. Cela relevait de son autorité selon le règlement de l’époque."

"Il a essentiellement fait ce que tout le monde avait convenu : créer un dernier tour de course. Cela a produit un final spectaculaire, un dépassement, un vainqueur et un second. Cela aurait pu basculer de l’autre côté tout aussi facilement. C’est le sport."

"Une voiture de sécurité tardive est toujours controversée. Les fans n’aiment pas quand elle décide de la course, mais cela s’applique partout. Que ce soit au premier tour ou dans les derniers, quelqu’un gagne, quelqu’un perd. Cela fait partie du sport."

"La course d’Abu Dhabi elle-même avait été assez monotone jusqu’à l’accident de Latifi. Sans cela, cela aurait été un final sans surprise, peut-être même ennuyeux. Mais à cause de l’incident et de l’intervention, c’est soudainement devenu décisif, et cela a contrarié un groupe de fans ou l’autre."

"Les gens ont dit plus tard ’vous auriez pu mettre un drapeau rouge, vous auriez pu faire ceci ou cela. Oui, on aurait pu, mais cela aurait été des décisions incohérentes par rapport aux courses précédentes. Et la cohérence est la clé."

Pourtant, terminer des courses sous drapeau jaune ou mettre un drapeau rouge n’était pas une chose inédite non plus, comme l’avait fait la direction de course à Bakou plus tôt dans la saison, avec une relance pour deux tours.

Et Wittich passe encore totalement à côté du problème, qui n’est pas le drapeau rouge ou un final sous drapeau jaune, mais bien un non-respect du règlement de la part de Masi, qui a relancé la course sans avoir terminé la procédure.

S’il avait terminé la procédure, la course aurait été relancée plus tard, mais c’était le dernier tour, et cela aurait donc marqué la fin sous drapeau jaune, ce que Masi a assumé avoir voulu éviter. Wittich revient sur les décisions des équipes au sujet du type de final, mais ce n’est toujours pas le fond du problème.

"Lors de réunions avec les équipes début 2022, je leur ai demandé directement ’voulez-vous que nous mettions un drapeau rouge à chaque incident mineur ?’ Elles ont dit non. ’Voulez-vous des règles différentes pour la dernière course ?’ Encore une fois, non."

"Un championnat ne se joue pas sur une seule course. Les points perdus plus tôt dans la saison comptent tout autant. Hamilton comme Verstappen ont eu des occasions de sceller le titre plus tôt."

Wittich assure donc que Masi a servi de bouc émissaire, alors même que sa faute a été prouvée et que l’issue du championnat a été transformée par une erreur de sa part et une procédure qui n’existait pas.

Selon lui, c’est la FIA qui a voulu se dédouaner, ce qui n’est surement pas entièrement faux, mais il est impossible de dire que Masi n’avait aucune responsabilité dans ce qui est encore aujourd’hui un des plus gros fiascos de l’histoire de la Formule 1.

"Après l’enquête qui a suivi Abu Dhabi, la conclusion semblait être que Michael devait partir, on a essentiellement cherché un bouc émissaire. Ce qui a été vraiment décevant, pour moi et pour de nombreux collègues, c’est le manque de soutien de la FIA envers Michael."

"C’est quelque chose qui doit être clairement critiqué. Tout le monde savait que dans les situations extrêmes, on se retrouvait seul. Par le passé, sous Charlie Whiting, il y avait toujours le soutien de la direction de la FIA, Max Mosley se tenait fermement derrière lui. Ce soutien n’était plus là. Il ne l’est toujours pas."

"C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne suis plus directeur de course en Formule 1. Quoi qu’il arrive, il n’y avait pas de véritable discussion, pas de soutien pour les employés. Et c’est la pire leçon à tirer de toute cette situation."


Comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?

Via notre nouvelle chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com !


Partage

xpb_1126249_hires.jpg