Honda F1 change de patron après 13 courses médiocres avec Aston Martin
Le constructeur japonais mise sur une nouvelle génération
Honda va changer le responsable de son programme d’unité de puissance en Formule 1 à partir du 1er octobre, avec l’arrivée de Yoichiro Fukao au poste de "responsable d’un grand projet" en remplacement de Tetsushi Kakuda. Ce dernier avait supervisé le développement du moteur qui a permis à Max Verstappen de décrocher quatre titres mondiaux consécutifs avec Red Bull. Cette transition intervient alors que Honda connaît un retour en tant que constructeur particulièrement difficile avec Aston Martin, l’écurie étant actuellement avant-dernière au championnat des constructeurs.
Après 13 manches, le partenariat officiel entre Aston Martin et Honda pointe en effet à la dixième et avant-dernière place avec seulement trois points inscrits, tous par Fernando Alonso. Le double champion du monde occupe la 19e position du classement des pilotes, avec comme meilleur résultat une neuvième place obtenue au Grand Prix des Pays-Bas. De son côté, Lance Stroll n’a toujours pas inscrit le moindre point.
Pour ne pas dramatiser la chose, Honda présente ce changement de responsable comme une succession planifiée. L’objectif affiché est de transmettre l’expertise technique accumulée par la génération actuelle d’ingénieurs à la suivante, tout en mettant en place un cadre de développement destiné à préparer les prochaines évolutions réglementaires attendues à partir de 2027.
Yoichiro Fukao connaît déjà parfaitement le programme F1 du constructeur japonais. Actuellement responsable adjoint du projet F1 et à la tête de la division logicielle de Honda, il travaille sur le programme depuis 2002. Il a notamment participé au développement des systèmes de contrôle du moteur et de la boîte de vitesses, avant de rejoindre temporairement le programme MotoGP puis de travailler sur le développement des systèmes hybrides destinés à la production de série.
Fukao est revenu au projet F1 en 2014 et a depuis occupé des responsabilités de plus en plus importantes. Sa nomination doit donc permettre à Honda de préparer la prochaine étape de son programme tout en assurant la transmission des connaissances acquises au cours des dernières années.
Des débuts très difficiles et une évolution limitée
La première saison de l’unité de puissance Honda RA626H a été particulièrement compliquée. Dès le début de l’année, le moteur a souffert de graves problèmes de vibrations, au point que des inquiétudes ont été exprimées quant au risque que celles-ci puissent provoquer des lésions nerveuses chez les pilotes.
Les conséquences sportives ont été immédiates puisque les deux Aston Martin ont abandonné dans chacune des trois premières courses de la saison, en raison de problèmes de fiabilité liés à l’unité de puissance Honda.
Une évolution baptisée "Spec 2" a été introduite à Zandvoort afin de corriger les problèmes de vibrations les plus importants. Honda a alors estimé que cette nouvelle version représentait un progrès, comme l’expliquait Shintaro Orihara, directeur général de Honda sur les circuits.
"Nous avons constaté un progrès en termes de performances. Nous l’avons confirmé au banc d’essai, donc c’était un élément positif que nous avons identifié."
Ce progrès est toutefois resté extrêmement limité au regard du retard d’Aston Martin sur les meilleures écuries. Orihara avait estimé que cette évolution permettait de gagner entre cinq et dix centièmes de seconde au tour. Une amélioration que Fernando Alonso avait pour l’essentiel considérée comme insignifiante compte tenu de l’écart séparant Aston Martin des équipes de pointe.
L’AMR26 est ainsi restée à environ deux secondes du rythme de référence lors du Grand Prix de Hongrie, malgré l’introduction d’une évolution aérodynamique particulièrement importante.
Aston Martin avait alors apporté pas moins de 16 modifications à sa monoplace, avec notamment un fond plat retravaillé, un diffuseur revu, un nouvel aileron avant, des entrées d’air des pontons modifiées et un nouvel aileron arrière.
Le travail effectué sur le châssis a été largement considéré comme une évolution significative. Mais faute de disposer d’une unité de puissance suffisamment compétitive, les progrès aérodynamiques de l’AMR26 n’ont eu qu’un impact limité sur la position de l’écurie au championnat.
De la réussite avec Red Bull à une situation beaucoup plus difficile
Le contraste est particulièrement frappant pour Honda, dont les performances dans l’actuelle ère des moteurs turbo-hybrides ne peuvent pourtant pas être remises en question. Le constructeur japonais a notamment motorisé Max Verstappen lors de ses quatre titres mondiaux consécutifs et permis à Red Bull de décrocher deux titres constructeurs en 2022 et 2023.
Le partenariat entre Honda et Red Bull a également permis au motoriste japonais d’accumuler plus de 70 victoires en Grand Prix avec l’écurie de Milton Keynes.
Cette réussite était toutefois intervenue après une première expérience particulièrement douloureuse avec McLaren entre 2015 et 2017. Cette période avait été marquée par une fiabilité chronique, un déficit de puissance important et, finalement, une rupture très médiatisée entre les deux partenaires.
Certaines similitudes inconfortables existent aujourd’hui entre les difficultés rencontrées par Honda avec Aston Martin et celles connues lors de ses premières années avec McLaren. Le constructeur japonais s’est toutefois montré prudent afin de ne pas créer d’attentes irréalistes autour de son nouveau projet.
Avant le début de la saison, Koji Watanabe, président de Honda Racing Corporation, avait ainsi défini la réussite du programme 2026 avant tout par la capacité de Honda et Aston Martin à fonctionner comme une seule et même équipe intégrée. Les ambitions de championnat avaient été présentées comme un objectif à moyen ou long terme.
Honda ne prévoit par ailleurs plus de grande évolution de son unité de puissance au cours de cette saison. Le travail va donc désormais se concentrer sur la préparation de la prochaine étape réglementaire.
"Il s’agit de la seule évolution majeure pour cette année. L’évolution majeure aura lieu en 2027."
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