Récupération d’énergie : la F1 a pris une bonne décision... mais ça ne suffit pas encore
Encore trop de phases de lift and coast et de recharges à Suzuka
Les ajustements de dernière minute apportés aux limites de recharge en qualifications pour le Grand Prix du Japon ont permis d’atténuer certains effets indésirables du règlement 2026 mais le problème reste très visible sur un tour à Suzuka.
Comme attendu, les unités de puissance en manque d’énergie ne parviennent pas à maintenir un déploiement électrique maximal sur les longues lignes droites du tracé japonais. Les contraintes de recharge entraînent alors des phases de superclipping, avec pour conséquence une chute de vitesse spectaculaire alors même que les pilotes restent à pleine charge.
Le phénomène est particulièrement frappant dans le mythique enchaînement de 130R et jusqu’à la chicane finale, où les pertes de vitesse ont atteint jusqu’à 50 km/h avant même le freinage.
Même les défenseurs du règlement 2026 reconnaissent cette faiblesse. Septuple champion du monde, Lewis Hamilton ne mâche pas totalement ses mots : "Ce n’est pas idéal quand on doit superclipper. On arrive dans certains virages en roue libre, sans puissance, c’est probablement la partie la moins agréable de ce changement de règles sur ce circuit."
Une formulation diplomatique, tant le constat est sévère. Si le 130R n’est plus depuis longtemps un virage véritablement intimidant à fond, c’est désormais la longue phase de décélération artificielle avant la chicane qui pose problème à l’œil comme au pilotage.
Chez Haas, Ollie Bearman confirme : "C’est toujours une sensation douloureuse. Certains virages qui étaient autrefois à fond ne le sont plus. On doit s’y habituer, même s’il y a encore du mérite à en tirer le maximum."
La réduction de la limite de recharge de 9 à 8 MJ a toutefois évité une situation encore plus extrême. Moins de récupération signifie aussi moins de phases de gestion agressive.
Pilote Williams, Carlos Sainz explique : "Par rapport à ce qu’on avait vu au simulateur, réduire la récupération a clairement aidé. Le superclipping semble maintenant plus contrôlé."
Mais l’Espagnol pointe encore des pertes de performance trop importantes : "La vitesse que l’on perd au 130R quand le mode ligne droite s’arrête, ou encore à Spoon 1 et Degner 1, reste selon moi un peu trop importante."
Un avis partagé par George Russell, directeur de l’association des pilotes (GPDA), qui valide néanmoins la direction prise : "Passer de 9 à 8 MJ était à 100 % la bonne décision. On aurait même pu aller plus loin."
"On aurait eu des vitesses de pointe plus faibles, mais aussi des baisses moins brutales."
Ce compromis n’efface pas un autre effet pervers du règlement : certains des enchaînements les plus emblématiques de Suzuka sont désormais limités par la puissance et non plus par l’adhérence.
Les Esses du premier secteur, les Degner ou encore Spoon sont devenus ce que le paddock appelle des « zones zéro kilowatt », où la FIA autorise la coupure instantanée du MGU-K. Résultat : les monoplaces n’y exploitent que le V6 thermique, soit à peine plus de 50 % du potentiel total.
Cela se ressent visuellement : même à plein régime, certaines portions semblent étonnamment lentes.
Sainz ne cache pas sa frustration : "Ce n’est pas suffisant, pas aussi bon qu’avant. Ce n’est pas un désastre, mais ce n’est pas ce que la Formule 1 devrait être. Il faut améliorer ça."
Malgré tout, le défi reste réel. Pierre Gasly décrivait encore la veille la complexité de Degner 1 : "Vous arrivez à 290 km/h, à un millimètre de l’herbe, avec une précision extrême. Si vous êtes trop serré, le vibreur vous éjecte. Si vous manquez le point de corde, le virage se referme très vite. La moindre erreur a de grosses conséquences."
Mais cette difficulté est désormais altérée par la réduction de puissance, ce que regrettent plusieurs pilotes.
Bearman résume bien ce nouveau paradigme : "C’est une nouvelle réalité. Certains virages ne sont plus à fond, mais il faut s’adapter. Et ça reste amusant à piloter ici."
Hamilton, lui, conserve une note d’optimisme : "Suzuka reste incroyable à piloter." Mais le constat est partagé : le règlement 2026 a modifié en profondeur la nature même du défi.
"La F1 a fait un pas dans la bonne direction ici mais ce n’est pas assez encore. Nous allons y arriver, j’en suis certain. Il y a des pistes sur la table," conclut le Britannique.
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