Pourquoi la Formule E voit d’un bon œil le retour des V8 en F1
Dodds y voit une clarification de la place et du rôle de chaque championnat
La Formule 1 débat déjà de l’avenir de ses motorisations à peine quelques mois après l’introduction de la réglementation 2026... et c’est une bonne nouvelle pour le patron de la Formule E, Jeff Dodds, qui voit dans la volonté croissante de revenir à des moteurs V8 une opportunité inattendue pour le championnat 100 % électrique.
La question de l’orientation future des groupes propulseurs en Formule 1 est toujours en cours de discussions entre la F1, la FIA, les motoristes et les équipes. Après seulement quelques Grands Prix disputés sous la réglementation 2026, qui a porté à 50 % la part de l’énergie électrique dans les unités de puissance, les critiques se sont multipliées.
Au point de vouloir passer un ratio de 60 / 40 en 2027... puis au V8 atmosphérique, légèrement hybridé, à l’horizon 2030/2031.
Parmi les plus virulents figure notamment Max Verstappen, qui avait comparé les nouvelles monoplaces à une "Formule E sous stéroïdes", dénonçant l’importance prise par la gestion de l’énergie et l’impossibilité pour les pilotes d’attaquer en permanence.
Paradoxalement, cette période a également coïncidé avec une amélioration de l’image de la Formule E, dont l’avenir suscite davantage d’enthousiasme à l’approche de l’arrivée des futures monoplaces Gen4, annoncées comme nettement plus rapides.
Interrogé par Soy Motor, Jeff Dodds estime que la F1 a pris conscience des limites de la direction choisie avec sa réglementation actuelle.
"Tout d’abord, il faut leur rendre hommage, parce qu’ils ont écouté les retours et réalisé que les choses ne se passaient pas comme ils l’espéraient, alors ils procèdent à des changements," a déclaré le dirigeant britannique.
"Toute entreprise doit être capable de répondre aux retours, de réagir aux critiques et de faire face aux défis qui se présentent. Je pense qu’il faut reconnaître ce mérite quant à la réaction rapide."
Dodds suggère ainsi que ce n’est plus la F1 de Bernie Ecclestone, celle d’avant, celle qui tergiverse. Mais pour lui, les difficultés rencontrées par la discipline reine n’ont toutefois rien de très surprenant. Cela aurait pu être évité.
"Je pense que ce n’était peut-être pas une surprise, ou que cela n’aurait pas dû en être une, que ce soit difficile," a-t-il poursuivi.
"Les choses ne se sont peut-être pas déroulées exactement comme ils l’avaient prévu, mais beaucoup d’entre nous s’attendaient à ce que cela puisse arriver."
Un retour aux V8 qui renforcerait la Formule E
Alors que de plus en plus de voix s’élèvent en faveur d’un retour à des moteurs V8 fonctionnant avec des carburants durables à l’horizon 2030 ou 2031, Jeff Dodds considère que cette évolution pourrait finalement clarifier le positionnement des deux disciplines.
"La seule chose que je dirais, c’est que le fait qu’ils envisagent ce changement est une bonne chose pour nous, parce qu’ils sont un championnat à moteur thermique et nous sommes un championnat électrique," a-t-il expliqué.
"C’est très facile à comprendre."
Le patron de la Formule E tempère néanmoins l’enthousiasme de ceux qui rêvent déjà du retour du rugissement des V8.
"2030 ou 2031, c’est encore très loin," a-t-il rappelé.
"Si vous êtes un pilote de F1 enthousiaste à l’idée de revenir aux V8, il faut aussi être enthousiaste pour les trois ou quatre prochaines années, parce que c’est le temps qu’il faudra pour y parvenir. Cela va donc paraître très long."
Les déclarations de Dodds interviennent alors que le soutien à un retour des V8 ne cesse de grandir. Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, tout comme le PDG de la Formule 1, Stefano Domenicali, se sont récemment prononcés en faveur de groupes propulseurs plus simples, plus légers et davantage centrés sur le moteur thermique.
D’autres observateurs estiment toutefois que la discipline ne peut pas se permettre d’attendre encore plusieurs années avant d’agir.
C’est notamment le cas du journaliste suisse Roger Benoit, figure historique des médias couvrant la F1, qui se montre particulièrement sévère à l’égard de la réglementation actuelle.
"Pour moi, cela a été un désastre jusqu’à présent," a-t-il affirmé à Sport1.
"Il existe un vieux dicton : plus les règles sont simples, meilleur est le sport. Cela vaut autant pour le football que pour la Formule 1."
"Ceux qui modifient constamment le règlement finissent inévitablement par rencontrer des problèmes."
Roger Benoit se montre également très critique envers la place prise par la gestion énergétique dans les courses.
"Je suis extrêmement critique à l’égard de tout ce système de gestion de l’énergie. Max Verstappen avait raison dès le début dans ses critiques."
"Le simple fait que l’on en discute encore autant montre qu’il existe un problème fondamental."
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