Quand Ron Dennis n’a pas voulu écouter les avertissements d’Eric Boullier sur Honda
’Tu avais raison, j’avais tort’ : les excuses rares de l’ancien patron de McLaren F1
Eric Boullier a révélé que Ron Dennis s’était excusé auprès de lui pour avoir minimisé ses inquiétudes concernant Honda, à l’aube de la saison 2015 de Formule 1. Un aveu rare de la part de l’ancien patron de McLaren, sur fond de l’un des retours les plus manqués de l’histoire récente de la discipline.
McLaren avait renoué avec Honda en 2015, près de trente ans après une collaboration mythique qui avait dominé la Formule 1 à la fin des années 1980 et au début des années 1990, avec des figures comme Alain Prost et Ayrton Senna. L’espoir était immense, d’autant que l’écurie britannique disposait alors d’un duo de pilotes prestigieux composé de Fernando Alonso et Jenson Button.
La réalité fut tout autre. Le moteur Honda se révéla à la fois peu performant et extrêmement peu fiable, plongeant McLaren dans une spirale de contre-performances. Le partenariat prit fin à l’issue de la saison 2017, alors que Ron Dennis avait déjà quitté l’équipe. Eric Boullier suivra son ancien supérieur vers la sortie un an plus tard.
Dans un entretien accordé au magazine Motor Sport, Boullier est revenu sur les doutes qu’il avait exprimés dès 2014, après plusieurs visites au Japon, au siège du programme Formule 1 de Honda. Des inquiétudes qu’il affirme avoir partagées avec Ron Dennis, sans succès.
"Je me souviens être rentré à Woking après une visite au siège de Honda en Formule 1 au Japon, à un moment en 2014, et avoir demandé à Ron Dennis : Comment est-il possible que Honda soit prêt à rivaliser avec Mercedes et les autres dès l’année suivante, alors qu’ils sont manifestement encore très loin du compte ?"
La réponse de Dennis fut alors sans appel : "Ron m’a répondu : ’Ne t’inquiète pas’."
Boullier raconte avoir tenté à nouveau d’alerter son patron lors d’une visite ultérieure.
"Plus tard, je suis retourné à l’usine Honda et je l’ai appelé depuis là-bas. ’Viens ici et regarde par toi-même’, lui ai-je dit. Mais une fois encore, Ron m’a assuré que tout allait bien se passer."
La suite donnera raison aux doutes de Boullier.
"Mais ça ne pouvait pas marcher, et ça n’a pas marché. Honda n’était tout simplement pas prêt. Ils avaient commencé à travailler sur leur projet Formule 1 à la fin de 2012."
"Ferrari et Renault avaient commencé en 2010, et Mercedes dès 2009. Les gars de chez Honda étaient à des kilomètres derrière."
Le constat fut brutal lors des essais hivernaux de 2015 à Jerez .
"Quand nous sommes allés tester à Jerez en février 2015, et que nous étions catastrophiques, lents et peu fiables, Ron m’a appelé et m’a dit : ’Tu avais raison et j’avais tort, Eric. C’est probablement la première fois que je m’excuse auprès d’un Français’."
Un épisode qui illustre à la fois l’ampleur de l’échec technique de Honda à l’époque et la rigidité de gouvernance qui régnait alors chez McLaren.
Ironie de l’histoire, McLaren est depuis revenue au sommet, décrochant en 2025 un doublé de titres pilotes - constructeurs, une première depuis 1998. Honda, de son côté, a connu une renaissance spectaculaire grâce à son partenariat avec Red Bull, propulsant Max Verstappen vers quatre titres consécutifs entre 2021 et 2024.
Le constructeur japonais s’apprête désormais à écrire un nouveau chapitre de son histoire en Formule 1, avec Aston Martin. Honda a signé un nouveau partenariat technique de 2026 à 2030, marquant son retour officiel après un retrait fin 2021, tout en ayant continué à soutenir techniquement Red Bull jusqu’à la fin 2025.
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