Polémique sur les équipes B : la F1 s’interroge sur la suite…
Où fixer la limite entre équipe A et équipe B ?
Zak Brown, le PDG de McLaren Racing, a jeté un pavé dans la mare récemment. L’Américain a pris sa plus belle plume pour écrire à la FIA et lui demander de mettre fin aux situations de conflits d’intérêt en F1, en raison de la présence des équipes B. Brown vise bien sûr Racing Bulls, l’équipe-sœur de Red Bull. De quoi provoquer un petit scandale dans le paddock ?
Mais Haas F1, très liée à l’équipe Ferrari (l’équipe américaine possède même une base d’ingénieurs à… Maranello), ne pourrait-elle pas être aussi inquiétée par la lettre de Zak Brown ?
« Je n’ai pas connaissance de cette lettre » réagit ainsi le patron de Haas, Ayao Komatsu, quand on l’interroge sur la missive de son homologue de McLaren F1 !
Komatsu prend ensuite la défense de la diversité des équipes en F1 : d’ailleurs, une équipe d’usine n’a-t-elle pas également un avantage structurel ? On sent le Japonais un peu gêné par le sujet…
« Parlez-vous d’écuries clientes ou de copropriété ? Ou de quoi s’agit-il spécifiquement ? Honnêtement, je pense que c’est une très bonne chose d’avoir différentes manières de structurer une équipe. Après, il est évident que cette année, pour être véritablement compétitif, il faut être un constructeur-motoriste, n’est-ce pas ? En tant qu’équipe cliente, il y a un désavantage, mais je ne pleure pas sur mon sort. C’est ainsi que nous avons mis en place l’écurie. »
« Mais encore une fois, nous avons 11 ans d’existence désormais, et créer l’équipe il y a 11 ans dans le climat où se trouvait la F1 à l’époque, c’était un excellent mécanisme pour nous que de débuter comme équipe partenaire de Ferrari. Les temps étaient très différents d’aujourd’hui, année après année, vous savez ? À l’époque, les constructeurs ne venaient pas, ils partaient plutôt. La F1 cherchait des équipes. C’est alors que ce passionné de course privé, appelé M. Gene Haas, a décidé de tenter sa chance en F1. »
« En tant que communauté de la F1, c’est une très bonne chose d’avoir de grands constructeurs comme Mercedes ou Audi, mais je crois aussi fermement qu’il y a de la place pour des écuries de course privées. Bien sûr, nous devons encore beaucoup progresser pour avoir une chance de nous battre avec ces gars-là. Mais parfois, quand on repense à notre quatrième place à Mexico l’année dernière, c’est une belle histoire pour la F1, non ? Notre objectif n’est pas de faire cela de temps en temps, mais d’atteindre le stade où nous pourrons nous battre régulièrement à ce niveau. Je pense vraiment qu’il y a des manières très variées de concevoir une équipe de Formule 1. Je suis donc plutôt partisan de la diversité. Les fans sont beaucoup plus diversifiés aujourd’hui, le spectacle est beaucoup plus diversifié. Pourquoi les équipes ne pourraient-elles pas l’être aussi ? »
Toto Wolff pourrait adopter une position offensive contre son grand rival, Red Bull, qui profiterait donc de la situation avec Racing Bulls selon Zak Brown. Mais Mercedes F1 pourrait être aussi tentée un jour d’avoir une équipe B… alors quelle position va adopter Toto ?
« Chaque position philosophique concernant cette question est compréhensible. Comme l’a dit Ayao, Gene Haas n’aurait pas pu s’engager en Formule 1 s’il n’avait pas eu d’accord avec Ferrari, car pour une petite structure, il est tout simplement impossible de fabriquer son propre moteur, sa boîte de vitesses, son système hydraulique, son refroidissement, etc. À une époque pré-plafond budgétaire où il était vraiment difficile de trouver des équipes prêtes à s’aligner en Formule 1 parce que cela coûtait trop cher, c’était la méthode optimale, premièrement. »
« Deuxièmement, il y aura toujours la position de Zak, qui consiste j’imagine à se demander : comment ces équipes collaborent-elles entre elles ? Y a-t-il un avantage en termes de développement à utiliser la même soufflerie ? Je pense que les règles sont suffisamment strictes pour que personne ne les enfreigne réellement, mais c’est un argument légitime pour une autre écurie de dire : "Y a-t-il un avantage à faire passer du personnel d’une structure à l’autre ?", ce qui reste possible. »
« Cela m’amène à la troisième position, et c’est principalement de là que vient la démarche de Zak. Lorsque vous avez une double propriété d’équipes et un contrôle partagé, il y a automatiquement des bénéfices dans de nombreux domaines, et pour la plupart, je dirais, dans le respect des règles. Nous avons eu une course à Miami où un dépassement a été facilité. Est-ce que cela se serait produit entre des équipes qui n’étaient pas sous le même contrôle ? Peut-être que oui, peut-être que non. »
En visant à demi-mot Red Bull, Toto Wolff espère donc surtout une clarification des règles. Mais est-ce seulement possible ? Où fixer la limite ? À partir de quand une équipe A devient-elle liée à une équipe B ? Dès qu’elle partage une boîte de vitesses par exemple ? On le voit, rien n’est binaire…
« De mon point de vue, nous devons avoir des règles où les collaborations, tant sur le plan du développement que sur le plan sportif, soient strictement définies. Si c’est le cas, peu importe la structure actionnariale ou de propriété, que vous soyez une équipe cliente qui achète certaines pièces ou un client qui achète simplement un moteur. Car où s’arrêter ? Si nous disons : "D’accord, coup de frein total, le sport est en bonne santé, nous voulons 11 constructeurs complets", cela signifie que tout le monde apporte son propre moteur, ses propres boîtes de vitesses, ses trains arrière, etc. »
« Ce serait évidemment le nirvana, mais comment une structure relativement petite comme Haas pourrait-elle faire cela aujourd’hui ? Ce n’est pas possible. Nous devons donc laisser de la place à toutes les positions dans ce débat. Pour moi, le seul bon résultat et objectif doit être des règles qui rendent encore plus clair ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. »
Mattia Binotto est dans une situation plus confortable : Audi n’a pas d’équipe B. Et ne souhaite pas en avoir ?
« La double propriété existe depuis de nombreuses années en F1, ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui. Oui, cela peut devenir un sujet plus important, mais il s’agit potentiellement de situations établies que l’on ne peut probablement plus changer. »
« Comme l’a dit Toto, il s’agit de concevoir des règles de manière à ce que vous ne puissiez pas obtenir un avantage sportif ou technique. La FIA a déjà fait beaucoup d’efforts en ce sens, en particulier sur le plan technique, en limitant les mouvements de personnel, en protégeant d’une certaine manière la propriété intellectuelle (IP), et en s’assurant qu’il ne puisse pas y avoir d’échange d’IP dans les domaines les plus critiques. C’est exactement ce que nous devons instaurer. Et si d’autres règles sont nécessaires, il suffit de les mettre en œuvre. Mais comme je l’ai dit, c’est une situation qui s’est installée il y a déjà de nombreuses années et qui est difficile à modifier. »
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