F1 Academy : les pilotes alertent sur ’une impasse’ après la catégorie féminine

De la lutte pour le titre à une saison sans volant pour Weug

F1 Academy : les pilotes alertent sur ’une impasse’ après la catégorie féminine
Auteur : Franck Drui
17 août 2026 - 14:27

Présentée comme l’un des principaux leviers pour favoriser l’émergence de nouvelles talents féminines vers la Formule 1, la F1 Academy se retrouve confrontée à une question de plus en plus difficile à éluder : que se passe-t-il une fois la catégorie quittée ? Maya Weug, ancienne pilote soutenue par Ferrari, vient de raconter une année 2026 particulièrement compliquée, alors qu’elle se battait encore pour le titre de la série il y a seulement douze mois.

Weug, qui avait remporté des courses et régulièrement occupé les premières places de la F1 Academy la saison dernière, n’a aujourd’hui aucun programme en compétition prévu. Son témoignage remet en lumière les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les pilotes après leur passage dans le championnat exclusivement féminin.

La situation de Maya Weug contraste brutalement avec celle qu’elle connaissait il y a encore un an. La pilote néerlandaise, qui bénéficiait notamment du soutien de Ferrari, était alors engagée dans la lutte pour le championnat et semblait disposer d’une trajectoire clairement établie dans le sport automobile.

Son programme 2026 devait lui permettre de poursuivre sa progression, mais celui-ci s’est finalement effondré peu avant le début de la saison.

Weug a choisi de faire part de sa situation sur Instagram, après avoir tenté pendant plusieurs mois de mettre en avant les aspects positifs de son parcours.

"J’ai essayé de vous montrer les aspects positifs toute la saison, mais la vérité est que c’est de loin l’année la plus difficile de ma carrière," a-t-elle écrit.

"Il y a un an, je me battais pour un championnat, je remportais des courses et je montais sur le podium presque tous les week-ends."

"Je n’aurais jamais pensé que moins d’un an plus tard, je me retrouverais dans cette situation," poursuit-elle.

La pilote a néanmoins réussi à prendre part à trois courses du championnat Belcar, une expérience qui lui a notamment permis de monter sur le podium dès ses débuts en GT. Mais même cette perspective s’est progressivement refermée.

Une participation aux 24 Heures de Zolder était notamment envisagée, mais celle-ci a finalement disparu de son programme.

"Donc pour le moment, je n’ai aucune course prévue," constate-t-elle.

Le problème du budget reste central

Derrière cette situation, Weug identifie un obstacle bien connu dans le sport automobile : le financement. La F1 Academy offre aux jeunes femmes une plateforme d’exposition et un cadre permettant de progresser en monoplace, mais la poursuite d’une carrière dans les catégories supérieures nécessite des ressources financières considérables.

Pour Weug, l’absence de budget peut rapidement transformer la progression sportive en véritable impasse.

"Le sport automobile est un environnement difficile... sans budget, il sera toujours difficile de courir, mais cela ne m’a pas arrêtée jusqu’à présent et je continuerai à me battre pour trouver un moyen de reprendre la piste," assure-t-elle.

La pilote estime également que ses résultats des dernières années auraient dû lui permettre de bénéficier de davantage d’opportunités.

"Je pense que je m’attendais simplement à ce que les résultats que j’ai obtenus au cours des dernières années comptent pour quelque chose," explique-t-elle.

Son témoignage pose ainsi une question centrale pour la F1 Academy : la catégorie permet-elle réellement de construire une passerelle durable vers les championnats masculins, sans même parler de la F1, ou risque-t-elle de laisser certaines de ses meilleures pilotes sans solution une fois leur passage terminé ?

Pulling : "La F1 Academy ne règle pas tous les problèmes"

Maya Weug n’est pas la seule à pointer cette difficulté. Abbi Pulling, qui a été championne de F1 Academy, partage une inquiétude similaire concernant l’étape suivant la catégorie.

La Britannique reconnaît pleinement l’intérêt du championnat et le travail effectué pour développer le sport automobile féminin, mais considère que la question essentielle se situe au-delà de la F1 Academy.

"En fin de compte, la F1 Academy est brillante dans ce qu’elle fait, mais c’est ce qui se passe après la F1 Academy et les choses qui arrivent ensuite," a-t-elle déclaré.

Pour Pulling, le véritable succès du programme ne peut être mesuré uniquement au nombre de pilotes engagées ou aux audiences du championnat. Il faut surtout observer combien d’entre elles parviennent à franchir les étapes suivantes de la pyramide du sport automobile.

Et aujourd’hui, un constat demeure particulièrement préoccupant : aucune femme ne participe encore au championnat juniors traditionnels menant à la F1.

"Nous parlons toujours de courir en F1 un jour, mais nous n’avons même pas encore une femme en F2 ou en F3," souligne-t-elle.

"Cela va demander beaucoup de travail de la part des personnes qui sont au-dessus. Ce sont les gens qui ont de l’influence sur ces choses-là, les personnes plus haut placées en F1 et dans les équipes de F1, qui peuvent donner aux filles des opportunités dans des voitures plus grandes, dans des voitures avec davantage d’appui aérodynamique."

Le passage vers la Formule 3 puis la Formule 2 représente en effet un changement majeur pour une pilote issue de la F1 Academy. Les performances réalisées dans une catégorie exclusivement féminine ne garantissent pas automatiquement un financement ou une place dans les championnats FIA supérieurs.

C’est précisément cette rupture que les témoignages de Weug et Pulling mettent en évidence : la F1 Academy peut constituer une porte d’entrée, mais elle ne garantit pas que la porte suivante s’ouvrira.

Malgré ces difficultés, Abbi Pulling refuse toutefois de considérer la situation comme une fatalité. La Britannique reste convaincue qu’une femme finira par retrouver une place sur la grille de la Formule 1.

La dernière femme à avoir pris le départ d’un Grand Prix reste Giovanna Amati, en 1992, tandis que plusieurs pilotes ont depuis participé à des séances d’essais ou à des séances d’essais libres sans parvenir à franchir le dernier obstacle vers un baquet titulaire.

Pour Pulling, la question n’est donc pas de savoir si cela se produira, mais quand.

"Ce n’est pas une question de savoir si cela arrivera, mais de savoir quand. Nous ne pouvons simplement pas donner de date."

"Tant que le passage vers la Formule 3, la Formule 2 puis la Formule 1 restera aussi rare, sans soutien clair des instances, le risque demeure que même des pilotes exceptionnelles formées par la F1 Academy se retrouvent confrontées à un mur au moment même où elles devraient franchir un nouveau cap."


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