La F1 face à un casse-tête financier avec l’annulation des deux derniers Grands Prix

Qui doit appuyer sur le bouton rouge ?

La F1 face à un casse-tête financier avec l’annulation des deux derniers Grands Prix
Auteur : Franck Drui
23 septembre 2026 - 12:09

La Formule 1 continue "contrainte et forcée" de préparer la fin de sa saison 2026 dans le Golfe, mais l’incertitude demeure autour des Grands Prix du Qatar et d’Abu Dhabi, alors que la guerre opposant les États-Unis, Israël et l’Iran continue de peser sur la situation au Moyen-Orient. Si une annulation des deux épreuves apparaît de plus en plus probable, le retard pris dans l’annonce d’une décision serait directement lié aux conséquences financières qu’elle entraînerait pour la F1 comme pour les promoteurs concernés.

La fin de la saison 2026 reste suspendue à l’évolution du conflit dans la région. La Formule 1 travaille toujours sur son scénario initial, qui prévoit les deux dernières manches au Qatar puis à Abu Dhabi, mais un plan de secours existe déjà en cas d’impossibilité d’organiser ces deux Grands Prix.

Dans cette éventualité, la saison pourrait se terminer en Europe, avec Imola comme destination envisagée pour accueillir une ultime course. La perspective d’une annulation des rendez-vous du Moyen-Orient semble pourtant de plus en plus inévitable compte tenu du conflit, ce qui rend particulièrement surprenant le délai avant l’annonce officielle d’une décision.

Cette hésitation est liée à un désaccord entre la Formule 1 et les organisateurs des deux Grands Prix autour des conséquences financières d’une éventuelle annulation. Selon une source proche de la FOM dans le paddock de Bakou, la F1 est "contrainte et forcée" d’attendre que le Qatar et Abu Dhabi appuient eux-mêmes sur le bouton rouge.

Si la Formule 1 décidait elle-même d’annuler les courses, elle risquerait en effet de perdre les droits versés par les promoteurs pour accueillir les Grands Prix. À l’inverse, si les promoteurs prenaient la décision finale d’annuler les événements, ils devraient alors assumer une part importante des coûts associés à cette décision.

Ces deux courses représentant pas moins de 120 millions d’euros de revenus, dont la moitié va aux équipes, il est compréhensible que le sport souhaite attendre le dernier moment, sans rester sans solution (avec Imola) à côté.

Le sujet des annulations de courses figure directement dans les comptes annuels de Formula One Management Ltd, publiés sur le registre britannique Companies House. Le document souligne notamment les limites de la couverture d’assurance de la FOM concernant ce type de situation.

"Les polices d’assurance du Groupe ne couvrent généralement pas l’annulation d’un événement. La question de savoir si un promoteur de course serait tenu de verser au Groupe les droits contractuels liés à la promotion de la course, dans le cas d’un événement annulé en raison d’un facteur indépendant de la volonté du Groupe, dépend des modalités et des dispositions de l’accord conclu avec le promoteur concerné."

Les comptes de la FOM précisent également les conséquences possibles lorsque l’annulation est imputable au promoteur lui-même.

"Si un événement devait être annulé parce que le promoteur de la course ne respecte pas ses obligations au titre du contrat de promotion de la course, le Groupe pourrait avoir droit à une indemnisation de la part du promoteur pour toute perte de revenus liés aux droits médiatiques."

La FOM identifie par ailleurs explicitement les perturbations susceptibles d’empêcher la tenue ou la diffusion d’un Grand Prix parmi les principaux risques auxquels son activité est exposée.

"Parmi les principaux risques commerciaux du Groupe figurent toutes les circonstances susceptibles de perturber, de reporter ou d’annuler l’organisation d’un événement, ou d’empêcher la diffusion du signal télévisé international d’un événement du Championnat en raison de facteurs indépendants de la volonté du Groupe."

Le document rappelle néanmoins que les annulations de Grands Prix restent historiquement rares et cite plusieurs précédents récents liés à des conflits régionaux.

"Historiquement, il y a eu peu d’exemples de courses annulées. Le Grand Prix de Russie 2022 a été annulé en conséquence de conflits régionaux et, en mars 2026, il a été annoncé que les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite 2026 n’auraient pas lieu aux dates prévues en avril 2026 pour la même raison."

Un seuil de 22 courses qui protège la F1

Malgré les enjeux financiers liés aux promoteurs, la F1 disposerait toutefois d’une marge de sécurité sur un autre volet. La FOM ne serait pas tenue de verser de compensation aux diffuseurs si les Grands Prix du Qatar et d’Abu Dhabi ne peuvent pas être organisés, à condition que le championnat conserve un total de 22 courses cette saison.

La situation a d’ailleurs déjà conduit à une modification du calendrier. Le Grand Prix de Bahreïn a depuis été réintégré au calendrier à la date du 4 octobre, entre les manches d’Azerbaïdjan et de Singapour. En raison du conflit au Moyen-Orient, l’épreuve se déroulera toutefois en Malaisie.

La Formule 1 n’est par ailleurs pas le seul championnat confronté aux conséquences du conflit. Plusieurs compétitions internationales ont déjà annulé des épreuves prévues dans la région.

Le Rallye d’Arabie saoudite, qui devait constituer la dernière manche du Championnat du monde des rallyes à Djeddah en novembre, a ainsi récemment été annulé. Le Championnat du monde d’Endurance a également supprimé son épreuve programmée au Qatar.

Le MotoGP a, pour sa part, adopté jusqu’ici une position similaire à celle de la Formule 1. Le championnat prévoit toujours de se rendre au Qatar pour la course programmée le 8 novembre.

La situation autour des Grands Prix du Qatar et d’Abu Dhabi reste donc étroitement liée à l’évolution du conflit au Moyen-Orient, mais également aux responsabilités financières de chacun en cas d’annulation. Tant que la décision officielle n’est pas prise, la F1 doit continuer de préparer son calendrier initial tout en conservant une solution de repli européenne pour conclure sa saison 2026.


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