Une F1 toujours sans femme directrice d’équipe, un constat préoccupant

"Si j’ai pu le faire, pourquoi pas une autre ?" affirme Claire Williams

Une F1 toujours sans femme directrice d’équipe, un constat préoccupant
Auteur : Franck Drui
1er août 2026 - 15:41

Depuis le départ de Claire Williams de la direction de l’écurie éponyme, la Formule 1 n’a plus connu de femme à la tête d’une équipe. Une situation que l’ancienne team principal regrette, estimant que le sport a encore des progrès à faire en matière de représentation et de parcours de leadership féminin.

Le rachat de Williams par Dorilton Capital en 2020 a marqué un tournant majeur dans l’histoire récente de la Formule 1. Avec la fin du contrôle familial, Claire Williams, alors team principal de facto, a quitté ses fonctions, le nouvel actionnaire s’engageant à préserver l’héritage de l’écurie.

Depuis, elle s’est éloignée du management opérationnel pour se consacrer à des activités de conférencière, de consultante et de consultante média, tout en continuant à suivre la F1 de près. Un recul qui lui permet aujourd’hui d’observer l’évolution – ou plutôt la stagnation – de la représentation féminine dans les postes de direction.

Pour Claire Williams, la situation actuelle contraste fortement avec une période qu’elle jugeait plus ouverte.

"C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime parler de mon rôle dans le sport, car il est important de rappeler qu’il y a déjà eu des femmes directrices d’équipe. Aujourd’hui, nous avons 11 patrons tous masculins."

"Il y a dix ans, deux des équipes étaient dirigées par des femmes (Monisha Kaltenborn et elle-même, ndlr). C’était une période particulièrement progressiste, mais cela n’a pas perduré malgré les progrès dans d’autres domaines."

Selon elle, l’absence actuelle interroge.

"Cela fait six ans et je dis toujours que si j’ai pu le faire, je ne vois pas pourquoi une autre femme ne pourrait pas le faire. Je n’étais pas spéciale et il existe des femmes bien plus intelligentes que moi."

"Est-ce que le problème vient du fait qu’il n’y a pas de véritable parcours pour les femmes vers des rôles administratifs et de direction dans le sport ? Ou bien est-ce que l’accent est trop mis sur la recherche d’une pilote féminine ?"

"Je ne dis pas que cela doit être fait pour le symbole, cela doit être fait au mérite, mais c’est un rôle extrêmement important à occuper. Une femme team principal peut avoir une influence énorme grâce à sa plateforme."

Claire Williams insiste sur la puissance d’un tel poste dans la promotion des femmes dans le sport automobile.

"J’ai ressenti la puissance de ma plateforme lorsque je l’utilisais pour promouvoir les femmes dans le sport automobile et dans l’ingénierie. Aujourd’hui, nous n’avons pas cela."

"Nous n’avons pas de femme à la tête d’une équipe pour utiliser cette plateforme, et elle est encore plus puissante aujourd’hui qu’à mon époque."

"On peut imaginer l’impact que cela aurait sur la prochaine génération de femmes dans tous les rôles du sport si une femme était team principal. Ce serait extrêmement puissant."

Mais elle reconnaît ne pas avoir de réponse définitive.

"Je ne peux pas dire pourquoi il n’y en a pas, si ce n’est peut-être la même théorie que Susie Wolff sur le côté pilote, à savoir qu’il n’y a pas de filière suffisante ni assez de jeunes femmes qui progressent dans les structures des équipes."

La difficulté supplémentaire de la maternité

Au-delà des questions de parcours, Claire Williams évoque également un obstacle plus personnel : la maternité. Son fils est né en 2017, alors qu’elle dirigeait encore l’écurie.

"On ne peut pas ignorer le fait que c’est extrêmement difficile pour une femme qui atteint un certain niveau de carrière et qui souhaite en parallèle fonder une famille."

"Si vous dirigez une équipe de Formule 1 et que vous essayez de fonder une famille, c’est l’une des choses les plus difficiles que j’ai jamais vécues."

"Quitter sa famille après la naissance d’un enfant, comme j’ai dû le faire pendant 22 Grands Prix par an, est un sacrifice énorme."

Même avec des moyens importants, les contraintes restent fortes.

"On peut mettre en place toute l’infrastructure et tout le soutien possible autour d’une femme team principal, cela reste un sacrifice et un environnement extrêmement difficile."

Claire Williams reconnaît néanmoins que la Formule 1 évolue dans le bon sens, notamment auprès d’un public plus jeune et plus diversifié.

"Tout est tellement différent aujourd’hui, et c’est formidable. J’ai toujours été une grande défenseure de la place des femmes dans le sport automobile."

"Quand je suis partie, l’un de mes plus grands regrets a été de ne pas pouvoir continuer ce travail de promotion des femmes et de création de parcours plus accessibles."

"C’est une histoire sans fin, un travail permanent pour améliorer la parité dans la Formule 1."

Enfin, elle insiste sur l’importance des modèles visibles.

"Tout passe par les modèles : si vous pouvez le voir, vous pouvez le devenir. Voir des femmes dans les stands, sur le muret des stands ou en aérodynamique en soufflerie est essentiel pour inspirer les prochaines générations."


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