Un manque de budget : Haas F1 décroche dans la course au développement selon Komatsu
"Nos ingénieurs se battent avec les deux mains attachées dans le dos"
Haas F1 a progressivement perdu pied dans la lutte extrêmement serrée du milieu de grille, après un début de saison qui avait pourtant agréablement surpris. Le directeur de l’écurie Ayao Komatsu a reconnu que la structure américaine souffrait d’un handicap majeur face à ses rivales : elle est désormais la seule équipe de Formule 1 à ne pas être au plafond budgétaire autorisé, une situation qu’il juge pénalisante avant tout pour son personnel.
Le ralentissement de Haas au fil de la saison 2026 n’est pas seulement lié à des difficultés techniques. Pour Komatsu, le problème est plus profond : l’équipe ne dispose tout simplement pas des mêmes moyens financiers que ses concurrents directs pour exploiter pleinement le budget maximum instauré en Formule 1, soit 215 millions de dollars cette année (hors marketing, salaires des pilotes, etc.).
Interrogé à Spa-Francorchamps, le directeur de l’écurie américaine a confirmé que Haas était désormais la seule formation de la grille à évoluer en dessous de cette limite de dépenses.
"J’aimerais que nous le puissions, mais ce n’est pas le cas."
"C’est l’une des toutes premières priorités de ma liste. Il faut que nous trouvions les moyens de financer cette équipe afin qu’elle puisse fonctionner au niveau du plafond budgétaire. C’est la base. C’est ce que nous devons d’abord parvenir à faire."
Le sujet revient avec d’autant plus d’insistance que la dynamique affichée par la VF-26 en tout début de saison s’est progressivement essoufflée, tandis que les autres équipes du milieu de peloton ont multiplié les évolutions majeures.
Oliver Bearman estime que Haas paie aujourd’hui le rythme effréné du développement imposé par les nouvelles monoplaces.
"Si l’on regarde l’an dernier, le règlement était arrivé à maturité. Sur toute la saison, nous n’avons pas vraiment ajouté énormément de performance à la voiture, mais nous avons apporté les évolutions au bon moment et tout le monde progressait par petites touches."
"Désormais, le rythme de développement est beaucoup plus élevé. Les équipes apportent quasiment chaque semaine de grosses évolutions sur leurs voitures. Quand on regarde les équipes de tête, c’est impressionnant de voir tout ce qu’elles sont capables d’introduire et à quelle vitesse elles développent."
Bearman reconnaît que Haas ne peut tout simplement pas suivre cette cadence.
"D’abord, c’est quelque chose que nous ne pouvons tout simplement pas faire. Ensuite, par rapport à nos concurrents directs, nous nous sommes fait dépasser en matière de développement. Nous n’avons pas apporté suffisamment d’évolutions par rapport à eux. Et, en plus, celles que nous avons amenées n’ont pas vraiment fonctionné, disons-le honnêtement."
Le pilote britannique estime que cette nouvelle réglementation met davantage en lumière les limites structurelles de l’équipe.
"Cette nouvelle période, où le rythme de développement est extrêmement élevé, expose davantage nos faiblesses. L’an dernier, ce n’était pas le cas, parce que le rythme de développement n’était même pas le quart de celui que nous connaissons aujourd’hui. Et le plafond budgétaire était bien plus bas."
"Ce n’est pas un problème de compétences"
Komatsu nuance toutefois l’analyse de son pilote. S’il reconnaît que Haas est distancée par ses rivales sur le plan du développement, il refuse de considérer que les évolutions apportées sont inefficaces ou que le problème provient des ingénieurs.
"Ce n’est pas le reflet de l’incapacité de nos collaborateurs. Honnêtement, ils font un travail fantastique. Toute personne qui connaît la Formule 1, en tenant compte de la taille de notre équipe et de nos ressources, comprendra ce que je veux dire lorsque l’on voit ce que nous sommes capables de produire."
"Je pense qu’ils sont très compétents. Ils travaillent ensemble. La communication est claire. Nous avons une culture où l’on ne cherche pas de coupable. Cette culture est en train de s’installer et les compétences sont bien présentes."
En revanche, il estime ne pas être en mesure de leur fournir les moyens nécessaires.
"Jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à leur donner suffisamment de munitions pour qu’ils puissent montrer tout ce dont ils sont capables."
Komatsu rappelle que les performances réalisées par Haas en début de saison étaient déjà au-delà de ce que l’on pouvait raisonnablement attendre d’une structure aussi modeste.
"Ce qu’ils ont réussi à produire au début de cette saison est complètement... quel est le bon mot ? Inattendu. On ne peut pas s’attendre à ce que la plus petite équipe de Formule 1 soit capable de performer comme nous l’avons fait au début d’une saison marquée par le plus grand changement réglementaire."
Mais il reconnaît que cette situation ne pouvait durer.
"Ce n’est pas viable sur le long terme. Ce n’est donc pas un reflet de nos collaborateurs. C’est davantage un reflet de mon propre travail. Je dois parvenir à apporter davantage de revenus à cette équipe et à offrir un meilleur environnement de travail. Une fois que nous y serons parvenus, nous avons les personnes pour réussir. Nous avons les pilotes pour réussir. Je suis convaincu que nous pouvons revenir au niveau voulu. Mais cela demande du temps."
Le plafond budgétaire comme objectif prioritaire
Depuis les débuts de Haas en Formule 1, le modèle économique de l’équipe repose sur une structure allégée et un partenariat technique étroit avec Ferrari. La question des investissements consentis par le propriétaire Gene Haas a régulièrement alimenté les débats, au point de contribuer au départ de l’ancien directeur Günther Steiner.
Komatsu affirme travailler activement afin que cette situation évolue.
"Mon objectif est que l’équipe fonctionne au niveau du plafond budgétaire le plus rapidement possible."
"Ce n’est pas comme si je venais seulement de commencer à travailler dessus. Nous y travaillons depuis un moment. Nous avons actuellement des discussions très positives."
"Honnêtement, ce n’est pas juste pour nos collaborateurs de travailler avec cette contrainte. C’est comme s’ils se battaient avec les deux mains attachées dans le dos."
Malgré les difficultés rencontrées lors de plusieurs Grands Prix, notamment à Miami, Barcelone, Spielberg ou Silverstone, Komatsu salue l’état d’esprit de son équipe.
"Lorsque nous voyons notre manque de performance ou nos difficultés, personne ne cherche à cacher les choses. Tout le monde se réunit et demande : ’Quel est le problème ? Où nous sommes-nous trompés ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment allons-nous nous améliorer ?’ C’est quelque chose que je respecte énormément."
"Je suis vraiment déterminé à leur donner l’environnement qu’ils méritent."
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