Sainz réclame une révision urgente des directives de pilotage après la pénalité ’inacceptable’ infligée à Piastri

Sainz, Antonelli, Albon… le paddock F1 se rebiffe contre les pénalités

Auteur : Franck Drui
20 novembre 2025 - 05:31
Sainz réclame une révision urgente des directives de pilotage après la pénalité ’inacceptable’ infligée à Piastri

À Las Vegas, lors de la journée médias, Carlos Sainz a lancé un appel appuyé à la FIA pour revoir d’urgence les directives (guidelines) qui encadrent les standards de pilotage en Formule 1. Le directeur du GPDA est monté au créneau pour défendre Oscar Piastri, lourdement sanctionné de dix secondes au Brésil après un contact avec Kimi Antonelli, qui avait ensuite percuté la Ferrari de Charles Leclerc.

Une décision qui continue de faire débat dans le paddock, d’autant que Leclerc lui-même, pourtant éliminé dans l’incident, avait publiquement exonéré Piastri de toute responsabilité.

"Le fait qu’Oscar ait reçu une pénalité au Brésil est inacceptable, honnêtement, pour la catégorie dans laquelle nous sommes et en tant que sommet du sport automobile," a martelé Sainz.

Invité à préciser son analyse, l’Espagnol a coupé court : "Je ne vais pas expliquer pourquoi. Je pense que vous avez tous vu ce qu’il s’est passé. Tout le monde qui a déjà vu du sport automobile sait que ce n’est absolument pas la faute d’Oscar. Tous ceux qui ont vraiment piloté une voiture de course savent qu’il ne pouvait rien faire pour éviter cet accident."

Ce nouveau cas n’a fait qu’alimenter la frustration du pilote Williams, déjà irrité par d’autres décisions prises cette saison.

À Zandvoort, une pénalité le visant avait finalement été annulée après un droit de révision demandé par Williams concernant son accrochage avec Liam Lawson. Et une semaine plus tard, à Monza, il avait désavoué la sanction reçue par Ollie Bearman après leur contact.

"Je n’ai pas compris ma pénalité de Zandvoort. Je n’ai pas compris pourquoi Ollie a été pénalisé quand nous nous sommes accrochés à Monza. Il ne méritait pas cette sanction."

L’Espagnol a également rappelé sa pénalité de dix secondes à Austin après un contact… déjà avec Antonelli : "Je lui ai dit directement après la course que je ne comprenais pas comment j’avais écopé de dix secondes à Austin. Et puis il y a la situation au Brésil. Il n’y a pas qu’un cas, mais plusieurs incidents cette année qui, selon moi, sont très, très éloignés de l’endroit où ce sport devrait être."

De son côté, Kimi Antonelli a estimé que l’accrochage aurait pu être considéré comme un simple incident de course, plaidant pour plus de souplesse dans l’application des directives.

"Si l’on respecte strictement les directives, la pénalité est juste," a reconnu l’Italien, expliquant que la décision se basait uniquement sur les positions respectives des voitures à l’entrée du virage. Piastri était d’abord à hauteur avant de légèrement reculer au freinage.

Mais Antonelli n’a pas éludé sa propre part dans l’action : "J’ai un peu refermé le virage. Cela peut paraître un peu injuste pour Oscar. On était à trois de front, ce qui n’est jamais simple. Tout s’est passé très vite. J’essayais de laisser de la place à Charles, car j’avais Oscar à l’intérieur. C’était une situation malchanceuse. Peut-être un incident de course, car c’était vraiment délicat. Mais les règles sont ce qu’elles sont, et c’est pour cela qu’au Qatar nous allons en discuter pour améliorer les choses."

Un débat sur la rigidité des guidelines

En effet, à Doha, pilotes et FIA se réuniront pour aborder différents points, dont les standards de pilotage. Le débat central : faut-il appliquer les guidelines strictement, ou laisser davantage de marge aux commissaires ?

"C’est difficile à juger. On peut critiquer la façon dont les directives sont écrites," reprend Sainz. "Nous demandons aux commissaires de les appliquer fermement, et ils font leur travail. Mais est-ce que ce sont vraiment des directives, ou est-ce qu’elles doivent être traitées comme du noir ou blanc ? Je ne sais pas quelle est la solution. Ce qui est clair, après ce que j’ai vu au Brésil, c’est que quelque chose ne fonctionne pas si on juge cela comme une pénalité de dix secondes pour un pilote qui n’a rien fait de fautif."

Sainz s’est également insurgé contre l’interprétation quasi automatique accordée aux blocages de roues.

"Dès qu’ils voient un blocage, les commissaires interprètent ça comme une perte de contrôle. Ce n’est pas toujours vrai. On peut bloquer et quand même passer la corde. À Austin, j’ai bloqué en réaction à un mouvement de Kimi. Oscar a fait pareil au Brésil. Ce n’est pas comme si nous étions hors de contrôle, prêts à rater le virage et provoquer un énorme crash. C’est quelque chose qui doit aussi être revu."

Toujours chez Williams, Alex Albon a affiché un certain fatalisme : "Je ne sais pas si vous avez déjà vu nos briefings pilotes… ils peuvent durer éternellement. Et chacun a un avis différent sur tout. Je ne suis pas sûr qu’on trouvera un jour une solution. Ce sera toujours comme ça. Je ne suis pas très optimiste. Je me concentre simplement sur ma manière de piloter."

Non sans humour, il a ajouté : "C’est pour ça que je ne veux pas être George ou Carlos à la tête du GPDA !"

"J’ai vraiment l’impression que la FIA essaie de trouver une solution. Son approche n’est pas ignorante et elle fait preuve d’ouverture d’esprit. En tant que pilotes, nous apprécions cela. Cela aboutira-t-il à un ensemble de règles claires ? Je n’en suis pas sûr. Je pense qu’à l’époque où il y avait moins de règles, c’était davantage une question d’interprétation, donc tout le monde avait une approche un peu plus systématique de ce qui était une course propre et de ce qui ne l’était pas. Et il fallait en quelque sorte se forger cette idée par soi-même."

"Alors qu’aujourd’hui, c’est presque comme s’il y avait des couches et des couches de règles. Cela devient alors confus. Je préférerais que cela soit simplifié, mais je sais que cela ajouterait encore plus de flou."

Sainz veut des commissaires permanents pour créer une "mémoire musculaire"

Le Madrilène a réitéré sa demande d’avoir des commissaires permanents, convaincu que cela apporterait cohérence et compréhension mutuelle.

"Avec de bons commissaires qui comprennent très bien la course, et avec une constance sur toute la saison, nous développerions un sens commun. On saurait quand on est fautif ou non. Eux sauraient quand c’est la faute de quelqu’un et quand ce n’est pas le cas."

"Si nous avions trois personnes fixes, comme nous avons un directeur des risques fixe, avec des années d’expérience dans leur manière d’appliquer les pénalités, on créerait une mémoire musculaire. Je pense honnêtement qu’on saurait juger, même sans directives, quand c’est la faute de quelqu’un ou quand c’est du vrai pilotage."

George Russell, également directeur du GPDA, estime que les directives ne doivent pas être des règles.

"Les directives doivent rester des directives. Il y a une formulation ou une opinion selon laquelle si une voiture bloque ses roues, elle est considérée comme hors de contrôle. Ce virage au Brésil est totalement en dévers. L’intérieur de la voiture est toujours déchargé, et ce pneu n’est même pas en contact avec le sol. Donc ce pneu bloque, mais vous êtes totalement en contrôle."

"C’est pourquoi il doit s’agir de lignes directrices, et vous devez traiter chaque virage, chaque circuit, chaque incident de manière totalement différente. Et cela nous ramène au même point souligné par Carlos : si nous avons les mêmes commissaires course après course, nous pouvons avoir ces conversations et leur expliquer certaines des particularités de la conduite d’une voiture de Formule 1 sur un circuit comme celui du Brésil, dans un virage comme le virage 1, où le pneu va se bloquer. Mais cela ne signifie pas que vous perdez le contrôle."

"C’est très difficile pour les commissaires. Ils font de leur mieux. Et, vous savez, la plupart du temps, ils prennent les bonnes décisions. Il y aura toujours des spectateurs pour dire qu’ils se trompent. Mais, oui, ce n’est pas facile."

Enfin Max Verstappen ne prend plus de risques à critiquer la FIA.

"Je préfère ne pas m’exprimer à ce sujet ici. De toute façon, nous n’allons pas résoudre le problème ici. George l’a bien expliqué."


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