’On ne peut pas avoir deux papes’ : les directions des équipes en F1 critiquées
Szafnauer et Smedley ne croient pas aux partages des responsabilités au sommet
Après avoir dirigé plusieurs équipes de Formule 1 et connu les exigences du plus haut niveau, Otmar Szafnauer n’a manifestement pas complètement tourné la page. L’ancien directeur d’équipe d’Aston Martin et d’Alpine reconnaît que la compétition lui manque, mais il ne se voit pas revenir dans le paddock à n’importe quel prix. Pour l’Américain, un éventuel retour ne pourrait avoir de sens que s’il disposait d’un véritable périmètre d’action et pouvait apporter une réelle valeur à une écurie.
À 62 ans, Otmar Szafnauer a désormais pris ses distances avec le rythme effréné de la Formule 1. Après plus d’une décennie à la tête de Force India puis Racing Point, avant d’accompagner la transformation de l’équipe en Aston Martin F1, il avait ensuite rejoint Alpine, qu’il a quittée après le Grand Prix de Belgique 2023.
Depuis, l’Américain s’est tourné vers d’autres projets. Il est notamment devenu directeur général de Van Amersfoort Racing dans les catégories de promotion et a lancé l’application EventR. Mais l’appel de la Formule 1 reste visiblement présent.
Interrogé dans le podcast High Performance Racing, aux côtés de Rob Smedley, Szafnauer a reconnu que certaines facettes de la discipline lui manquaient davantage que d’autres.
"Elle apporte beaucoup. Mais ce qui me manque, c’est la nature compétitive de la Formule 1. Ce qui ne me manque pas, ce sont les voyages et certaines autres choses."
Un éventuel retour n’est toutefois pas exclu. L’ancien dirigeant souhaiterait simplement trouver un rôle dans lequel son expérience pourrait réellement faire la différence, plutôt que de retrouver le paddock uniquement pour occuper à nouveau un poste de directeur d’équipe.
"Oui, seulement si je peux être utile pour améliorer une équipe ou construire une équipe... Il faut que ce soit au bon niveau et que j’apporte une valeur ajoutée, pas nécessairement en tant que directeur d’équipe, parce que je l’ai déjà été, j’ai fait cela."
"Et il semble qu’aujourd’hui les directeurs d’équipe soient davantage d’anciens ingénieurs de piste."
"On ne peut pas avoir deux papes"
Cette remarque est importante, car elle souligne ce que Szafnauer considère comme une difficulté fondamentale du rôle de directeur d’équipe : sa responsabilité doit, selon lui, s’accompagner d’un véritable pouvoir de décision.
"Pour moi, certains ingénieurs de course, pas tous, avec tout le respect que je leur dois, possèdent des compétences différentes de celles qui sont, selon moi, nécessaires pour être un directeur d’équipe performant."
Son propre parcours a probablement renforcé cette conviction. Son départ d’Aston Martin était intervenu après l’arrivée de Martin Whitmarsh au poste de directeur général du groupe. Szafnauer explique que cette nouvelle organisation avait considérablement réduit son champ de responsabilités.
"J’étais directeur général et directeur d’équipe. Il est arrivé en tant que directeur général du groupe."
"Et en quelques semaines, il a pris la plupart de mes responsabilités, environ 80 %. Il m’a dit : ’Tu peux t’occuper de ces 20 % qui restent, la piste’, et je me suis dit : ’On ne peut pas avoir deux papes’."
Cette expérience explique en partie pourquoi l’Américain ne semble pas particulièrement intéressé par un simple retour au poste de directeur d’équipe. Et sur ce point, il partage une philosophie similaire à celle de Rob Smedley.
L’ancien ingénieur de course de Ferrari et Williams a lui aussi révélé avoir récemment été approché pour des postes de directeur d’équipe en Formule 1. Il a pourtant choisi de décliner ces propositions.
Smedley estime que le problème réside dans le décalage potentiel entre la responsabilité publique d’un directeur d’équipe et son véritable pouvoir de contrôle au sein d’une organisation.
"J’aurais fait exactement ce que tu as fait, c’est-à-dire : ’D’accord, si je ne peux pas tout faire, alors je ne vais pas le faire’."
"Des gens comme toi et moi, Otmar, se voient toujours proposer des postes très importants dans les équipes. On m’a proposé des postes de directeur d’équipe."
"La raison pour laquelle je ne voulais pas le faire est exactement celle que tu viens de donner, parce que je pense que le directeur d’équipe est responsable de tout. Et tu n’es pas seulement responsable au sein de l’équipe, tu l’es aussi publiquement."
"Si ton nom est sur la porte, tu es publiquement responsable. Et tu te dis : ’Attendez, je ne peux contrôler que 20 ou 30 % de l’équipe. Qu’en est-il des 70 % restants ? Je dois quand même en être responsable’. Cela n’a aucun sens."
L’ancien ingénieur ne rejette pas pour autant les fonctions à forte pression. C’est l’absence de contrôle qui lui pose problème.
"Je pense que dans un poste de directeur d’équipe ou de directeur général, tu es responsable de tout et, lorsque les choses tournent mal, tu en assumes les conséquences, à juste titre."
"Tu quittes l’équipe, tu démissionnes ou ils te licencient publiquement. Cela ne me pose absolument aucun problème, parce que tout se passe sous ta responsabilité. Mais lorsque tu ne contrôles que la moitié des choses, cela n’a absolument aucun sens."
Szafnauer avait trouvé une parade aux micros de Netflix
Au cours du même échange, Szafnauer est également revenu sur une autre particularité de son passage en Formule 1 : la présence permanente des caméras de Drive to Survive.
La série documentaire de Netflix suit les pilotes, les directeurs d’équipe et de nombreux membres du personnel dans les coulisses des Grands Prix. Si les imposantes caméras sont difficiles à manquer, les micros peuvent être beaucoup plus discrets.
Szafnauer avait donc mis au point une méthode assez simple pour prévenir ses interlocuteurs lorsqu’il était enregistré.
"Je vais vous dire ce que je faisais lorsque j’étais équipé d’un micro et que je me trouvais sur le muret des stands."
"On pouvait dire toutes sortes de choses parce que les émotions étaient très fortes et qu’ils enregistraient tout. J’avais l’habitude de mettre un morceau de ruban adhésif sur mon front avec écrit ’Netflix’."
"Ainsi, chaque fois que quelqu’un me parlait, il pouvait voir que j’étais équipé d’un micro."
L’ancien directeur d’équipe précise qu’il ne portait pas systématiquement le dispositif.
"Exactement. Lorsque nous étions au centre de l’histoire, j’étais équipé d’un micro, et je l’étais ensuite aussi sur la grille."
La présence de Drive to Survive reste un sujet controversé dans le paddock. La série a largement contribué à accroître la popularité de la Formule 1, tout en suscitant régulièrement des critiques concernant certaines mises en scène, rivalités amplifiées ou présentations parfois éloignées de la réalité sportive.
Pour Szafnauer, le problème était surtout lié aux informations sensibles qui pouvaient être captées dans le feu de l’action.
"Il y a encore certaines informations stratégiques que vous utilisez sur le muret des stands et que vous ne voulez pas qu’ils connaissent."
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