Newey : j’espère que c’est ’la fin du cauchemar’ pour moi
Il évoque le potentiel des évolutions, le cas Alonso…
C’était LA star de la conférence de presse des patrons dans le paddock du Hungaroring. Adrian Newey, après une diète médiatique très critiquée, a pu longuement s’exprimer sur cette saison terrible de F1 et notamment l’arrivée d’une version B de l’Aston Martin… qui interroge encore sur sa performance et sa fiabilité.
Après avoir décrit des premiers signes prometteurs (voir notre article) pour cette quasi-nouvelle Aston Martin F1, qui comporte 16 évolutions, Newey a fait un point plus global sur cette saison 2026 calamiteuse pour le moment.
Les évolutions apportées à partir de ce Grand Prix de Hongrie marqueront-elles la fin du cauchemar pour Newey et Aston Martin F1 ? Le patron de l’équipe verte l’espère, mais y croit-il vraiment ?
"Espérons-le, oui. Les premières courses ont été un véritable cauchemar, vous avez tout à fait raison. Avec un peu de chance, nous pouvons au moins décrocher un point et retrouver une certaine respectabilité maintenant. Je pense que c’est l’objectif immédiat. À partir de là, nous pourrons essayer de continuer à aller de l’avant."
Newey peut-il donc commenter plus en détail les 16 évolutions apportées par Aston Martin F1 ce week-end ? Qu’en attend-il précisément ?
"En ce qui concerne la voiture que nous amenons ici, puis les évolutions, comme je l’ai mentionné, que nous apporterons à Zandvoort et jusqu’à Bakou, oui, je sens qu’il y a eu de très grandes avancées. Est-ce que cela fera de nous la voiture la plus rapide ? Malheureusement non. Mais est-ce que cela représente un bon pas en avant par rapport à là où nous étions ? Oui, je le crois."
Les EL1 n’ont pas été avares en problème cependant pour Aston Martin F1. Lance Stroll a eu une suspension cassée et n’a même pas pu participer aux EL2, perdant un temps de roulage précieux pour les données. Peu avant l’incident, Aston Martin F1 avait conseillé à Fernando Alonso de rester éloigné des vibreurs. Enfin, des oscillations moteurs semblent être réapparues. Bref, les solutions espérées ont-elles apporté de nouveaux problèmes ?
"Pour la première question, le fait de rester à l’écart des vibreurs était purement lié au fait que nous faisions de l’acquisition de données aérodynamiques. Lorsque vous essayez d’acquérir des données aéro, vous ne voulez pas que les perturbations des vibreurs s’en mêlent, car le manque de constance corrompt les données. Les oscillations, oui, c’est vraiment une question pour Honda. Ils peuvent le voir dans les données et travaillent sur une solution."
Encore des déboires avec Honda ?
Newey semble donc pointer du doigt, de nouveau, Honda. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la relation d’Aston Martin F1 avec le motoriste japonais aurait grandement progressé !
"Je pense que ce qui a vraiment progressé, c’est justement le mot que vous venez d’utiliser : la relation. D’un début que l’on ne peut qualifier que de désastreux, le point positif – car on cherche toujours le positif – c’est que cela a rapproché Honda et nous-mêmes, AMR, dans une relation de travail très étroite. Nous continuons à développer cela dans tous les domaines. Je suis donc très satisfait des progrès que nous accomplissons du point de vue relationnel. Normalement, si les relations s’améliorent, les performances s’améliorent également."
Adrian Newey a dû découvrir de nombreux problèmes structurels chez Aston Martin F1 en y posant ses bagages… Ce qui l’aurait conduit à faire un grand ménage de printemps dans les process internes de l’équipe de Silverstone ?
"Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question. Pour ce qui est de l’organisation des cadres de l’équipe, comme je viens de le mentionner, nous ferons probablement encore quelques petits ajustements, mais nous sommes très satisfaits du personnel."
"Ensuite, concernant la culture de l’équipe, je pense que nous faisons de grands progrès. En décidant, après Melbourne, de retarder le développement de la voiture jusqu’à maintenant pour nous concentrer sur l’intégration, le rassemblement des équipes, le développement de la culture, le développement des outils, en relâchant un peu la pression, en respirant un grand coup et en examinant comment nous devions nous développer, j’ai le sentiment que cela progresse très bien. Est-ce que cela répond à votre question ?"
Pour continuer à résoudre la crise, Newey serait-il prêt à faire appel à son ancien directeur d’écurie chez Red Bull, Christian Horner ?
"J’entends sans cesse ces rumeurs sur Christian. Je ne peux pas en dire plus. Je n’en sais vraiment rien. Tout ce que je peux dire, c’est que nous sommes très satisfaits de notre équipe dirigeante actuelle. Nous ferons peut-être quelques ajustements mineurs, mais comme je le dis, nous sommes très contents du personnel que nous avons chez AMR."
Comment expliquer ce crash industriel chez Aston Martin F1 ?
Revenons sur la genèse de cet accident industriel, car tel est bien le mot, pour Aston Martin F1 cette année. La voiture n’était pas rentrée en soufflerie avant avril 2025. Comment expliquer ce loupé incroyable du point de vue du calendrier ? Par l’arrivée tardive de Newey ? Ou la transition de l’ancienne soufflerie, à Brackley, à la nouvelle dans l’usine flambant neuve d’Aston Martin F1 ?
"La chronologie, c’est qu’il n’y avait tout simplement pas de maquette prête à être utilisée. Dans le même temps, nous avons pris la décision, à tort ou à raison, de patienter d’environ deux semaines jusqu’à ce que notre propre soufflerie soit mise en service, plutôt que de commencer à Brackley pour une très courte période pour devoir ensuite déménager à nouveau."
"C’était donc ça la chronologie en arrière-plan. Mais ce fut un long processus de mise en place, je dirais. Tout était en quelque sorte sur la défensive en ce sens. On fait ce qu’on peut et on avance avec ça."
Aston Martin F1 peut-elle conserver Alonso ?
Ce n’est pas du côté des pilotes que se trouve le plus gros problème structurel d’Aston Martin F1. D’ailleurs sur ce plan, Newey espère bien conserver Fernando Alonso, mais y parviendra-t-il ?
"Évidemment, Fernando est un pilote incroyable. Il apporte énormément à l’équipe, tant par ses retours que par ses capacités. Donc, pour nous, c’est bien sûr important. Je suis assez confiant dans le fait que Fernando se plaît avec nous et que nous poursuivrons notre relation."
"Pour moi, les pilotes ont eu une implication normale, dans la mesure où il est toujours très important d’écouter les pilotes et leurs retours sur les limites d’équilibre, les points forts, les faiblesses, etc. Bien sûr, vous ne perdez pas votre temps à vous concentrer sur les points forts ; vous vous concentrez sur les faiblesses. Leurs retours, associés aux données dont nous disposons, ont orienté le développement de la voiture que nous avons ici."
Newey a terminé pour évoquer ses meilleurs souvenirs de Grands Prix en Hongrie, il avait d’ailleurs assisté à la première édition en 1986 avec Lola, en pleine période soviétique !
"Je vais remonter à 1986. Vous avez évidemment mis le doigt dessus, ce qui me donne un gros coup de vieux, 40 ans depuis lors."
"Je me souviens qu’il faisait très chaud. Nous avions eu des essais avant la course pendant trois ou quatre jours. Nous pouvions voir le grand toboggan aquatique en arrière-plan, et beaucoup de mécaniciens auraient aimé être sur ce toboggan avec cette chaleur. C’était un Budapest très différent. À l’époque, il n’y avait que des Trabant et des Lada. Si vous aviez réussi, vous aviez une Trabant. Si vous aviez vraiment bien réussi, vous aviez une Lada."
"C’était très différent. On avait vraiment l’impression de sortir tout juste du bloc de l’Est, alors que maintenant on se croirait dans une ville véritablement européenne. Il y a donc eu un contraste énorme au fil des années, mais les gens ont toujours été très amicaux et très accueillants. J’ai toujours grand plaisir à venir ici."
"Lors de cette première course hongroise, j’étais l’ingénieur de piste de Patrick Tambay. La voiture réalisait en fait sa sortie la plus compétitive. La Beatrice tournait dans le top 6, je crois, si je me souviens bien. Ensuite, il y a eu les années Leyton House de 1988 à 1990."
"En 1992, Nigel (Mansell, pour Williams F1, à Budapest) a scellé le championnat. Ce n’était pas une grande surprise qu’il parvienne à remporter le titre, compte tenu de la saison qu’il avait faite jusque-là. C’était une question de "quand" plutôt que de "si", mais c’était la domination que cette voiture avait commencé à atteindre. Malgré tout, bien sûr, pour moi, en tant que concepteur relativement jeune, remporter ce premier championnat du monde a été une expérience absolument incroyable."
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