Les gilets réfrigérants divisent la F1 : Verstappen veut s’en passer, Russell y voit un avantage
Les pilotes Williams supportent mieux la chaleur que les autres
Les gilets réfrigérants continuent de diviser profondément les pilotes de Formule 1 à la veilles des Libres du Grand Prix de Singapour, quatrième week-end de la saison 2026 officiellement classé à risque de chaleur par la FIA. Alors que certains, à l’image de George Russell et Carlos Sainz, considèrent ces équipements comme une avancée importante pour le confort et les performances, d’autres, dont Max Verstappen et Isack Hadjar, estiment qu’ils n’ont pas leur place dans la discipline. Entre problèmes de fiabilité, contraintes d’installation et différences de température entre les monoplaces, le débat dépasse largement la simple capacité des pilotes à supporter la chaleur.
La FIA a officiellement déclaré le Grand Prix de Singapour comme un événement présentant un risque lié à la chaleur, une classification déclenchée lorsque les températures prévues dépassent 31°C.
Cette décision permet aux équipes d’équiper leurs monoplaces d’un système de refroidissement faisant circuler un liquide à travers un gilet porté par le pilote. L’objectif est de limiter l’augmentation de sa température corporelle dans un cockpit soumis à des conditions particulièrement éprouvantes.
Pourtant, malgré cette possibilité, la grande majorité des pilotes ne devrait pas utiliser ce dispositif à Marina Bay.
Les raisons sont multiples : certains ne disposent pas encore d’un système suffisamment performant, d’autres ont connu des problèmes techniques, tandis qu’une partie du plateau considère tout simplement que cet équipement est inutile.
Russell voudrait utiliser son gilet presque à chaque course
George Russell figure parmi les défenseurs les plus convaincus de cette technologie. Le pilote Mercedes affirme qu’il utiliserait volontiers un gilet réfrigérant pratiquement chaque week-end, à l’exception des courses disputées dans des conditions particulièrement froides, comme Las Vegas.
Mais Mercedes n’a pas encore consacré les ressources nécessaires au développement d’un système suffisamment efficace pour sa monoplace.
"J’y vois clairement un avantage, j’aime vraiment ce système. Je pense simplement que les équipes et la FIA doivent trouver collectivement un moyen de le faire fonctionner," explique Russell.
Le Britannique a également tenu à corriger une affirmation qu’il avait faite la semaine précédente concernant les contraintes financières liées à son développement. Contrairement à ce qu’il pensait initialement, les dépenses consacrées à ces équipements ne sont pas comptabilisées dans le plafond budgétaire des écuries.
Cela ne signifie toutefois pas que leur conception ne mobilise aucune ressource.
"J’ai un peu parlé du plafond budgétaire la semaine dernière. En réalité, ce que j’ai dit était incorrect, parce que ces dépenses en sont partiellement exclues. Mais nous avons quand même besoin de personnes pour concevoir le matériel et fabriquer les éléments, et ce sont des ressources humaines que vous retirez à d’autres projets."
"Tout est en accès libre. J’ai discuté avec d’autres pilotes qui m’ont dit que leur système fonctionnait vraiment bien. Rien ne vous empêche donc de simplement copier ce que quelqu’un d’autre a développé. C’est quelque chose que nous envisageons très sérieusement actuellement."
Antonelli raconte une expérience inquiétante avec de l’eau à 50°C
Son équipier Kimi Antonelli se montre nettement plus prudent. L’Italien a déjà essayé un gilet réfrigérant l’année dernière, mais ses expériences ont été suffisamment mauvaises pour le dissuader de l’utiliser à nouveau tant que sa fiabilité ne sera pas garantie.
"La première fois, il n’a pas fonctionné aussi longtemps que nous l’espérions. La deuxième fois, le système de pompe est tombé en panne."
"C’était à Austin et j’ai effectué toute la séance avec le système qui faisait circuler de l’eau à 50 degrés. J’ai donc souffert d’un coup de chaleur après la séance. Ce n’était vraiment pas agréable."
Antonelli ne rejette pourtant pas le principe du dispositif. Il reconnaît qu’un système efficace pourrait apporter un véritable bénéfice, à condition qu’il fonctionne pendant toute la durée nécessaire.
"Si nous arrivons à un stade où le système est suffisamment développé et où nous avons la certitude qu’il fonctionnera à chaque fois, aussi longtemps que nécessaire, je pense que c’est très bien, parce que cela permet clairement de rester au frais."
"Mais actuellement, il y a tellement d’incertitudes que nous ne sommes pas vraiment convaincus. Imaginez que dimanche, vous l’enfiliez et qu’au bout de trois minutes, il cesse de fonctionner. Se retrouver avec de l’eau chaude qui circule, c’est encore pire."
Williams semble avoir trouvé la meilleure solution
Parmi les onze écuries du plateau, Williams semble actuellement disposer de l’un des systèmes les plus aboutis. Carlos Sainz n’a pas hésité à saluer le travail réalisé par son équipe dans ce domaine, allant jusqu’à présenter le gilet réfrigérant comme l’une de ses principales réussites techniques de la saison.
"S’il y a une chose que nous avons bien développée en tant qu’équipe cette année, c’est le gilet réfrigérant. Il a clairement permis à Alex [Albon] et à moi-même de passer de bons moments dans la voiture, et nous sommes très heureux de l’avoir."
L’un des reproches les plus fréquents adressés à ces équipements concerne la température du liquide, qui augmente parfois trop rapidement et finit par rendre le système contre-productif. Mais Alex Albon estime que Williams a largement surmonté cette difficulté.
Lors du Grand Prix de Malaisie, le Thaïlandais a ainsi trouvé les conditions dans son cockpit plutôt confortables jusqu’à l’abandon de sa monoplace après 41 tours. Il souligne cependant que toutes les équipes ne sont pas logées à la même enseigne, certaines voitures étant naturellement plus chaudes que d’autres.
"Je pense que la Mercedes est généralement assez chaude. On peut voir que ses pilotes souffrent un peu plus dans cette voiture que les pilotes d’autres équipes."
"Je ne pense pas qu’il s’agisse simplement d’un pilote qui supporte mieux la chaleur qu’un autre. Il existe énormément de différences entre les équipes, notamment dans l’agencement des éléments sous les sièges et dans la manière dont elles font circuler l’air à travers le système."
"Il n’est donc pas juste de dire que certains pilotes sont simplement plus capables de supporter la chaleur."
"Si d’autres pilotes essayaient la combinaison réfrigérante dont nous disposons, ou si certains pouvaient ressentir à quel point la situation peut devenir difficile pour d’autres pilotes, ils comprendraient peut-être à quel point une combinaison réfrigérante peut faire une énorme différence face à la chaleur qu’ils subissent."
"Je suis totalement favorable aux combinaisons réfrigérantes. Je pense qu’elles constituent un bon complément à ce dont nous disposons."
Le Qatar 2023 reste un exemple extrême
Au-delà du confort, plusieurs pilotes estiment que les systèmes de refroidissement peuvent directement améliorer les performances en course. Le Grand Prix du Qatar 2023 reste l’exemple le plus souvent cité pour illustrer les conséquences de conditions thermiques extrêmes.
Lors de cette épreuve, la température dans les cockpits avait approché les 60°C, provoquant d’importantes difficultés physiques chez plusieurs pilotes.
George Russell estime qu’il est pratiquement impossible de mesurer précisément le temps perdu au tour lorsqu’un pilote commence à souffrir d’une surchauffe corporelle.
"C’est tellement difficile à quantifier, parce que vous ne pouvez jamais mesurer combien de temps au tour vous perdez lorsque votre corps est véritablement en surchauffe."
"Mais j’ai parlé avec Alex Albon après la course au Qatar en 2023. Il avait l’impression d’avoir des hallucinations pendant la course et il n’arrivait tout simplement plus à respirer correctement. Dans ces conditions, vous auriez fait n’importe quoi pour vous rafraîchir, et il y avait clairement un énorme gain de performance à en tirer."
Albon confirme que cette course reste un cas unique dans sa carrière.
"C’est la seule fois où je peux vraiment affirmer que je ne pilotais certainement pas aussi vite que j’aurais pu le faire."
La chaleur avait également contraint son équipier de l’époque chez Williams, Logan Sargeant, à abandonner la course en raison d’un épuisement lié aux températures extrêmes. Albon se souvient avoir tenté de vérifier, dans les derniers tours, si sa sensation de fatigue correspondait réellement à une incapacité physique à maintenir son rythme.
"Je me souviens de cette course. Dans les derniers tours, je me suis lancé un défi en me disant : ’D’accord, maintenant attaque et regarde ce que tu peux faire si tu ne te sens pas aussi limité physiquement’. Et j’ai effectivement été plus rapide."
"Le simple fait de penser que vous avez trop chaud a déjà un effet. Dans notre tête, si nous pensons au fait qu’il fait trop chaud, nous ne réfléchissons plus à la manière d’aborder un virage, à ce que nous faisons en matière de récupération d’énergie ou de gestion des pneus, par exemple."
"Pour nous, tout se joue dans les détails, mais il faut surtout s’assurer que votre cerveau ne soit pas en train de penser : ’Sortez-moi de là’."
Ocon estime que les gains de performance sont sous-estimés
Esteban Ocon partage largement cette analyse. Le pilote Haas considère que les bénéfices des gilets réfrigérants sont encore insuffisamment reconnus, notamment lorsqu’il s’agit de préserver les capacités physiques d’un pilote pendant une course. Il admet néanmoins que les systèmes actuels présentent des limites importantes.
"Je pense que cela représente un énorme gain de performance sur le plan physique. Bien sûr, le système n’a pas fonctionné pendant toute la durée d’une course depuis que nous l’avons introduit."
"Il tient environ 40 minutes, puis ce n’est plus que du liquide chaud qui continue à circuler, parce qu’il fait tellement chaud dans la voiture."
"Mais oui, honnêtement, c’est déjà bien d’avoir quelque chose, parce que j’ai couru pendant toute ma carrière sans ce système auparavant. Fernando aussi, forcément."
Le Français a notamment évoqué des images de Fernando Alonso particulièrement éprouvé après une course à Bahreïn, à l’époque où le Grand Prix se disputait en journée.
"J’ai vu des vidéos de lui en train de boire un Coca-Cola à la fin d’une course, complètement épuisé par Bahreïn lorsqu’on y courait en journée, et personne ne disait à l’époque qu’il fallait mettre en place un système de refroidissement."
"Donc le simple fait d’avoir déjà quelque chose représente un progrès. Bien sûr, on veut rendre le système parfait, totalement fiable, mais c’est aux équipes de l’améliorer si elles le souhaitent."
"Je ne pense toutefois pas que tout le monde réalise à quel point il est préférable, pour un sportif, d’être à la bonne température afin de pouvoir être performant. C’est certain."
Hadjar voudrait interdire les gilets, Verstappen n’en veut pas
À l’opposé de ces positions, certains pilotes estiment que la chaleur fait partie intégrante des difficultés de la Formule 1 et qu’il n’est pas nécessaire de chercher à en atténuer systématiquement les effets. Isack Hadjar a même adopté une position radicale en estimant que les gilets réfrigérants devraient être interdits.
"Je pense qu’ils devraient être interdits, parce que c’est censé être difficile."
Son équipier Max Verstappen partage son scepticisme, même s’il insiste davantage sur les contraintes pratiques imposées par le dispositif.
"Pour moi, ce n’est pas nécessaire. Oui, il fait chaud, mais ce n’est pas un sauna."
"Avec ce gilet réfrigérant, vous avez ces câbles stupides dans la voiture, donc vous limitez aussi vos mouvements. Je n’en ai pas besoin."
Verstappen n’est pas davantage convaincu par l’hypothèse d’un système capable de fonctionner pendant toute la durée d’un Grand Prix.
"Même si cela fonctionnait pendant une heure et demie, très bien, je n’en aurais pas besoin. De toute façon, cela ne fonctionne pas pendant une heure et demie."
"Je ne crois pas avoir jamais vu, dans aucune catégorie, un système fonctionner pendant une heure et demie."
Colapinto et Alonso défendent la liberté de choix
Franco Colapinto adopte une position moins catégorique. Le pilote Alpine considère qu’il est positif que les pilotes disposent de cette technologie, mais ne souhaite pas personnellement l’utiliser.
"C’est bien de pouvoir choisir, mais personnellement, je n’aime pas ça."
"Je ne trouve pas cela confortable. Je n’aime pas la sensation que cela procure, donc je ne le porte tout simplement pas."
"Mais encore une fois, c’est bien d’avoir la possibilité de le porter ou non, selon ce que l’on préfère. Je pense qu’il fait chaud, mais il a toujours fait chaud dans l’histoire de ce sport."
Fernando Alonso partage cette volonté de préserver la liberté de choix des pilotes et des équipes. Le double champion du monde estime que la FIA a déjà mis en place un cadre réglementaire suffisant et qu’elle ne devrait pas chercher à imposer davantage l’utilisation de ces équipements.
"Je ne pense pas que ce soit le rôle de la FIA de pousser à cela. Je pense que le règlement existe déjà. Elle déclare déjà les températures, comme elle l’a fait aujourd’hui, je crois."
"Cela dépend donc des équipes et des préférences des pilotes. Vous pouvez même vous sentir mal à l’aise avec le système, en le portant et en pilotant la voiture."
"Cela ne peut donc pas être imposé par qui que ce soit. C’est un choix entre l’équipe et le pilote, et la FIA se contente probablement de surveiller la situation."
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