Laura Müller admet avoir ’paniqué’ devant l’attention médiatique qu’elle a attirée
L’ingénieure de course d’Ocon a été aidée par Haas F1 pour la gérer
Cela fait environ 18 mois que Laura Müller a été promue au poste d’ingénieure de course d’Esteban Ocon chez Haas F1, faisant d’elle la première femme à accéder à ce rôle en Formule 1. L’Allemande revient sur les bons moments et les difficultés son parcours, ses accomplissements lui ayant également valu l’honneur de voir un virage baptisé à son nom lors du Grand Prix d’Australie plus tôt cette annéen, en compagnie de Hannah Schmitz, cheffe stratège chez Red Bull.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes ingénieures, elle a aussi expliqué la manière dont elle a géré l’attention médiatique qui en a découlé, le développement de sa relation de travail avec le pilote Français, et les conseils qu’elle peut donner aux femmes et filles qui aspirent à ce genre de rôles.
"Comme dans n’importe quel travail, on apprend en quelque sorte les bases, puis il faut un certain temps pour s’habituer à tout" répond Müller au site officiel de la F1. "Ensuite, à un moment donné, quand toutes les bases sont maîtrisées, on peut s’ouvrir et commencer à apprendre de nouvelles choses."
"Je pense que ce qui a changé, c’est simplement que j’ai ajouté de nouveaux apprentissages à mon répertoire, que je me sens un peu plus en sécurité pendant les séances et que je n’oublie plus rien. Je peux désormais me concentrer davantage sur les aspects liés à la performance."
Ancienne ingénieure de simulateur, Müller est devenue ingénieure performance en 2022, et elle a toujours eu comme objectif le poste qu’elle occupe aujourd’hui.
"J’ai toujours voulu devenir ingénieure de course. J’avais été ingénieure de course dans d’autres disciplines avant de rejoindre Haas, et au sein de Haas, la transition de rôle s’est en fait avérée très facile."
"Devenir ingénieure de course dans un environnement que je connaissais déjà a été, selon moi, un avantage considérable car je connaissais déjà les personnes vers qui me tourner, les questions que je devais poser, et tout simplement le fonctionnement de l’équipe."
"Je pense que par rapport au fait d’aller dans une autre équipe et d’y devenir ingénieure de course, cela a été beaucoup plus facile pour moi car je n’avais plus à apprendre à connaître l’équipe."
Müller et Ocon vivent leur deuxième année de coopération, et elle admet qu’avoir pu s’appuyer sur la saison précédente pour construire leur relation a été crucial, compte tenu de la quantité de changements cette année.
"Je pense que c’était en réalité tout à fait vital parce que tellement de nouveautés sont apparues cette année et nécessitent de s’en préoccuper, avec toute la gestion de l’énergie et le reste."
"Il était donc important pour moi de me sentir en sécurité dans mon travail et de savoir un peu mieux ce que je faisais, et aussi pour Esteban de connaître l’équipe et le fonctionnement de chaque chose, de savoir à qui s’adresser pour quoi."
"Et de mon côté, je comprends ce dont il a besoin à quel moment, ce qui libère énormément de capacité d’esprit par rapport au reste, permettant de se concentrer sur les éléments qui ont changé cette année."
"Je pense que c’était un très bon timing pour nous deux de débuter sur une voiture que nous connaissions, avec des réglementations que nous connaissions, et de apprendre à nous connaître avant de commencer cette année de folie."
Lorsque la nomination de Müller au poste d’ingénieure de course a été annoncée, le directeur de l’équipe Haas, Ayao Komatsu, a suggéré qu’elle et Ocon correspondaient bien en termes de personnalité, et elle est d’accord avec cette idée.
"Je pense qu’Ayao avait tout à fait raison sur ce point ! Esteban est aussi un garçon très déterminé, il insiste vraiment pour obtenir ce qu’il veut et ce dont il a besoin jusqu’à ce qu’il l’obtienne, et comme je veux évidemment le meilleur pour ma voiture et mon pilote, j’insiste tout autant pour cela."
"Je pense que cela l’aide de savoir qu’il n’a pas besoin de forcer les choses parce que je suis là et qu’il me fait confiance, sachant que j’ai le même caractère et que je pousse pour tout obtenir. Donc cela fonctionne indéniablement très bien, et il voit aussi qu’il n’a pas à s’inquiéter que les choses ne soient pas faites, car je suis comme lui et je veux toujours faire de mon mieux."
Le travail d’un ingénieur de course est complexe, mais selon Komatsu, la force de Müller est aussi son éthique de travail.
"Ce en quoi elle est vraiment douée, c’est que lorsqu’elle voit un problème, elle creuse en profondeur et ne s’arrête pas à la première réponse. Certaines personnes, lorsqu’elles trouvent la réponse, la première réponse, s’arrêtent là."
"Elles se disent ’super, j’ai trouvé la solution, on passe à autre chose’. Elle possède une telle éthique de travail que lorsqu’elle trouve la première solution, elle sait qu’il y a 10 autres éléments derrière, et qu’il y a désormais de nouvelles questions auxquelles répondre."
C’est assurément un aspect du rôle que Mueller apprécie, comme elle l’explique : "J’aime définitivement la partie analyse de données, cela a toujours été quelque chose que j’apprécie énormément. J’aime le côté investigation que cela comporte, le fait d’aller en profondeur et de découvrir pourquoi quelque chose ne fonctionne pas."
"Cela s’estompe un peu en tant qu’ingénieure de course car on a toutes ces responsabilités de type managérial, mais après les événements, je regarde encore beaucoup les données, donc j’apprécie toujours cela."
"J’aime aussi beaucoup planifier la séance et la gérer, parce qu’on prépare toujours un plan et que cela ne se passe jamais comme on le pense, il y a un drapeau rouge, ou la voiture ne fonctionne pas comme on le souhaitait ou quelque chose du genre, et j’aime vraiment cet aspect dynamique."
Concernant les principaux défis que comporte le métier d’ingénieur de course, elle explique que ses fonctions sont très variées : "Il n’y a pas vraiment beaucoup de choses que je n’aime pas parce que cela change tous les jours, il faut régler de nouveaux problèmes chaque jour."
"Je pense que le pire, c’est simplement de s’assurer que le pilote soit présent pour le moulage de son baquet au bon moment et ce genre de choses, les petites tâches de baby-sitting en somme, mais à part ça, j’en suis vraiment très heureuse."
Cette liste de responsabilités oblige les ingénieurs à travailler avec le pilote pendant les séances, mais surtout en coulisses, que ce soit sur les circuits ou à l’usine, une quantité de travail colossale.
"Avec des courses consécutives, c’est un peu différent, mais si vous avez une semaine d’intervalle, vous passez pas mal de temps à analyser ce que vous avez fait le week-end, à voir si cela a fonctionné et à déterminer ce que vous ferez pour la suite."
"C’est également très important pour les concepteurs de savoir quelles sont vos principales limites, sur quoi ils doivent travailler pour les évolutions ou ce genre de choses, il y a donc toujours un retour constant entre nous. Sinon, si on ne passe pas de temps à regarder les données, on ne grandit pas, on n’améliore pas nos performances."
"Nous sommes une petite équipe, donc nous aussi qui sommes sur le terrain, nous devons fournir énormément de travail pour aller de l’avant. Lors du week-end de course, nous sommes évidemment très opérationnels, il faut que tout soit préparé car on n’a plus beaucoup de temps pour réfléchir aux choses."
"Ensuite, avec les courses consécutives, on fait des journées plus longues pour analyser encore un peu le week-end précédent tout en préparant le suivant. Dans le meilleur des cas, vous avez déjà préparé Barcelone avant Monaco par exemple, mais c’est très optimiste."
L’attention médiatique pour l’accession à un tel rôle d’une femme a été surprenante, et parfois délicate à gérer pour elle : "Je savais évidemment que j’allais être la première femme ingénieure de course, mais je pensais plutôt qu’il y aurait un petit article sur Autosport dans un petit coin quelque part."
"Je ne m’attendais vraiment pas à toute cette attention et cela m’a un peu paniquée, d’autant plus qu’avant même que ma nomination ne soit annoncée, j’ai reçu énormément de messages de personnes qui venaient de lire un article ou quelque chose du genre."
"Je n’apprécie pas vraiment l’attention outre mesure et je voulais juste continuer à faire mon travail, c’est pourquoi Stu [Morrison, directeur de la communication chez Haas] et tout le monde m’ont en quelque sorte permis de me concentrer là-dessus, au moins pendant la première moitié de l’année dernière, ce qui était vraiment agréable. Je veux juste faire mon travail !"
La Journée internationale des femmes ingénieures fait la promotion de l’accession des femmes à ces postes pour la 13e année, et ce niveau de visibilité n’était pas aussi élevé à ses débuts, alors qu’elle a toujours jugé difficile d’aller vers une telle carrière.
Cependant, elle cite Leena Gade comme un modèle, la Britannique ayant été la première femme ingénieure de course à s’imposer aux 24 Heures du Mans avec Audi en 2011 : "Je ne l’ai croisée qu’une seule fois brièvement, je ne sais pas grand-chose d’elle en réalité, mais à l’époque je me disais ’c’est vraiment cool, c’est une femme dans un rôle très important’."
"Mais à part ça, il n’y avait pas beaucoup de personnes à qui s’identifier, donc je pense que c’est une excellente chose aujourd’hui d’avoir toutes ces femmes en F1 qu’on peut voir à la télévision, qu’on peut entendre à la télévision, qu’on voit sur le podium etc."
"Ce qui aurait été très important pour moi il y a 13 ans. Donc, je n’adore pas l’attention, mais si cela apporte de la visibilité aux femmes dans l’ingénierie, c’est évidemment très important."
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