’La pire F1 de toute ma vie’ : Stroll explose avant Suzuka

Un test crucial pour l’avenir du projet Aston Martin Honda

Auteur : Franck Drui
24 mars 2026 - 10:36
’La pire F1 de toute ma vie’ : Stroll explose avant Suzuka

À quelques jours du Grand Prix du Japon, disputé à Suzuka, Lance Stroll n’a pas mâché ses mots au sujet de la monoplace 2026 d’Aston Martin F1, propulsée par Honda.

Alors que la crise couve déjà chez Aston Martin en ce début de saison, elle s’exprime désormais ouvertement du côté du Canadien, qui était resté relativement zen jusqu’ici, acceptant de manière frustrée qu’il faudrait du temps pour se sortir de la situation actuelle mêlant manque de performances et de fiabilité, par la faute de vibrations provoquées par le V6 hybride japonais.

Mais de nouvelles images captées lors du week-end du Grand Prix de Chine ont fait surface. Et elles ont en effet révélé une vive sortie du Canadien à la radio, qu’il a fallu aller chercher dans les replays de sa qualification : "C’est la pire merde que j’ai jamais conduite de toute ma putain de vie."

Une déclaration brutale, à la hauteur des difficultés rencontrées par l’équipe, toujours en manque de repères sur le niveau de son AMR26 par rapport à la concurrence.

Lorsqu’il avait été interrogé sur ses attentes pour Suzuka, Stroll s’était montré tout aussi direct : "Juste prier. Priez avec moi."

Une réponse qui illustre le peu d’optimisme régnant actuellement au sein de l’écurie détenue par son père, Lawrence Stroll. Mais comment son fils en est-il arrivé à une telle explosion de colère ?

L’ampleur des difficultés rencontrées par Aston Martin s’est en fait illustrée de manière flagrante lors des qualifications du Grand Prix de Chine, où les deux pilotes ont été éliminés dès la Q1.

Le Canadien n’avait d’ailleurs même pas pris part aux qualifications de la manche d’ouverture à Melbourne, en raison des nombreux problèmes techniques rencontrés par le châssis motorisé par Honda. À Shanghai, la situation ne s’est guère améliorée : les deux monoplaces ont été sorties dès la Q1, avec Fernando Alonso relégué à plus d’une seconde du seuil de qualification, tandis que Stroll accusait encore près de huit dixièmes de retard supplémentaires. Les deux hommes ont été séparés par la Cadillac de Valtteri Bottas.

L’écart entre les deux pilotes Aston Martin est resté constant tout au long de la séance. Dès les premiers tours lancés, Alonso signait un 1’36"338, contre 1’37"069 pour Stroll. Lors de sa deuxième tentative, le Canadien améliorait en 1’36"412, sans parvenir à battre le premier chrono de son coéquipier, tandis qu’Alonso creusait encore l’écart.

En piste, Stroll s’est rapidement plaint d’un comportement instable de sa monoplace. Victime d’un important sous-virage dans les premiers virages, puis d’un survirage brutal à l’accélération au virage 13, il lâchait à la radio : "La voiture est inconduisible", en s’adressant à son ingénieur Gary Gannon.

"Reçu, Lance", lui répondait ce dernier. Mais le pilote insistait : "Tu vois les décrochements que j’ai ? Et ces blocages de roues."

Gannon expliquait alors que les pneumatiques étaient en dessous de la fenêtre de fonctionnement au début du tour, suggérant d’ajuster l’angle de l’aileron avant : "On est encore un peu bas en température, on va essayer de faire un meilleur tour de sortie, enlever un peu de balance aéro pour calmer la voiture."

Ce problème de mise en température des pneus s’inscrit dans un contexte plus large lié à la réglementation 2026. Les nouvelles unités de puissance rendent plus délicat le travail de préparation des gommes avant un tour rapide. Les pilotes doivent désormais composer entre le besoin de chauffer les pneus – via des zigzags et des freinages – et la nécessité de préserver l’énergie de la batterie.

Dans ce domaine, Alonso semblait mieux s’en sortir. Avant sa dernière tentative, son ingénieur lui indiquait : "La différence entre les deux voitures se fait vraiment sur le tour de sortie. Tu es beaucoup plus efficace pour générer de la température, donc continue comme ça."

À l’inverse, Stroll recevait des consignes insistantes pour maximiser la chauffe des pneus : "On va pousser au maximum sur le tour de sortie, faire des zigzags partout", lui expliquait Gannon. Ce à quoi le pilote répondait, excédé : "Je ne sais même pas où on en est avec le flap. J’ai un énorme sous-virage et du survirage. C’est n’importe quoi."

"Je sais", tentait de le rassurer son ingénieur. "On va enlever pas mal de balance aéro pour calmer la voiture, chauffer les pneus et ça ira mieux."

Mais cette stratégie avait un coût : en cherchant à augmenter la température des pneus, Stroll compromettait la recharge de sa batterie. Sur son tour de sortie, Gannon lui demandait ainsi d’augmenter significativement les phases de lift and coast : "Il nous faut 30 mètres de plus aux deux endroits. On manque d’énergie, donc fais de gros lift and coast aux virages 6 et 11."

Ces consignes se poursuivaient même lors de son dernier tour lancé : "100 mètres de lever de pied ici, un gros lift and coast", lui indiquait son ingénieur à l’approche du virage 11.

Malgré ces contraintes, Stroll parvenait à améliorer son temps global de quatre dixièmes entre ses deux dernières tentatives, alors qu’Alonso ne gagnait que deux dixièmes pour signer un 1’35"203, avec des améliorations dans les trois secteurs. Le Canadien, lui, restait en retrait, incapable de progresser dans le deuxième secteur.

Au final, son chrono ne lui permettait pas de devancer son coéquipier – pour la 37e séance qualificative consécutive – et la frustration reprenait immédiatement le dessus après le drapeau à damier avec cette fameuse déclaration : "C’est la pire merde que j’ai jamais conduite de toute ma putain de vie."

De son côté, son coéquipier Fernando Alonso a adopté un ton plus mesuré, sans masquer une certaine résignation : "Je vais continuer à faire ma part en me préparant physiquement. J’espère que Honda fera ses devoirs et que nous pourrons constater des progrès à Suzuka."

Car tous les regards se tournent désormais vers le motoriste japonais, qui doit introduire des évolutions à l’occasion de son épreuve à domicile. Mais là encore, les attentes restent limitées en interne.

Responsable des opérations en piste, Mike Krack tempère : "Nous allons continuer à travailler dur, mais nous devons rester réalistes. On ne peut pas accomplir des miracles du jour au lendemain. L’essentiel est de résoudre les problèmes existants, et on ne peut les traiter qu’un par un."

Des nouvelles pièces seront bien évaluées à Suzuka, sans garantie de transformation immédiate.

"Nous apporterons quelques nouveautés. Nous verrons dans quelle mesure elles nous aident," précise-t-il.

Les difficultés sportives d’Aston Martin s’inscrivent dans un contexte plus large d’incertitude organisationnelle. L’implication d’Adrian Newey évoluerait en effet vers un rôle moins opérationnel au quotidien, alors que l’équipe chercherait à structurer davantage sa direction avec un profil de directeur d’écurie plus traditionnel.

Dans cette optique, le nom de Jonathan Wheatley, actuellement associé au projet Audi, circule pour renforcer l’encadrement.

À l’aube d’un week-end symbolique pour Honda, Aston Martin aborde donc Suzuka dans une position délicate, entre attentes techniques limitées, tensions internes et pression croissante. Plus qu’un simple Grand Prix, cette manche japonaise pourrait déjà s’avérer déterminante pour redresser – ou confirmer – la trajectoire d’un projet en difficulté.


Debriefing du GP du Japon de F1 2026 sur Twitch

Notre rendez-vous habituel d’analyse post Grand Prix se déroulera ce dimanche à 18h pour évoquer avec vous la course de Suzuka.

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