La F1 ouvre la porte à BYD ou Geely, vers une 12e écurie chinoise

Mais la FIA ne souhaite pas adapter ses règles pour elle

La F1 ouvre la porte à BYD ou Geely, vers une 12e écurie chinoise
Auteur : Franck Drui
11 septembre 2026 - 15:10

La Formule 1 pourrait-elle bientôt accueillir une douzième écurie ? Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, n’exclut pas cette possibilité, alors que des constructeurs chinois s’intéressent de plus en plus à l’idée de rejoindre le championnat avec leur propre équipe. Le dirigeant émirati a toutefois prévenu que tout nouveau candidat devra accepter les règles et les conditions fixées par la FIA et la Formule 1, sans que la réglementation soit modifiée spécifiquement pour répondre à ses exigences.

C’est Mohammed Ben Sulayem lui-même qui avait poussé la FIA à lancer, au début de l’année 2023, une procédure d’expression d’intérêt afin d’évaluer les candidatures pour une 11e écurie.

Cette initiative avait été prise malgré la réticence d’une grande partie des équipes déjà présentes sur la grille, qui s’opposaient à une nouvelle expansion du plateau. Cadillac, lancée via le projet Andretti, avait finalement été retenue comme seule candidature à l’issue de cette procédure et est devenue la 11e écurie de Formule 1 au début de la saison 2026.

Depuis, l’idée d’une nouvelle arrivée fait son chemin, notamment autour d’un constructeur chinois. BYD aurait ainsi étudié la possibilité de lancer sa propre structure en Formule 1.

À la différence d’Audi, qui a choisi de racheter Sauber pour préparer son arrivée dans la discipline, BYD ne souhaiterait pas acquérir une écurie existante. Un projet entièrement nouveau nécessiterait donc que la FIA lance une nouvelle procédure d’expression d’intérêt afin de permettre à un éventuel candidat de présenter officiellement son dossier.

Interrogé sur cette possibilité lors du New Economy Forum à Madrid, en marge du Grand Prix d’Espagne, Ben Sulayem a ouvertement laissé la porte ouverte à une relance de cette procédure, notamment pour permettre à un constructeur comme BYD de présenter sa candidature.

"La FIA peut ouvrir la procédure pour une 12e écurie. Mais avons-nous besoin d’une écurie ?"

Le président de la FIA a immédiatement apporté sa propre réponse, en insistant sur la nature particulière du candidat qu’il souhaite voir arriver : "Non, nous n’avons pas besoin d’une écurie, nous avons besoin de l’écurie."

Cette volonté s’inscrit également dans la stratégie de développement de la Formule 1 sur le marché américain et dans le rôle que pourraient jouer de nouveaux constructeurs internationaux.

"Maintenant, nous avons trois courses en Amérique et aux États-Unis, et nous avons un constructeur, nous avons Haas, mais nous avions besoin d’un constructeur automobile."

Ben Sulayem estime ainsi que l’arrivée d’un constructeur chinois répondrait à un besoin identifié par la discipline et affirme que cette analyse est également partagée par la FOM (Formula One Management).

"J’ai donc dit, et même le promoteur, la FOM, est d’accord, que nous avons besoin de cette écurie, et que cette écurie doit venir de Chine."

Les discussions autour de l’arrivée d’un nouveau constructeur interviennent alors que la réglementation technique introduite en 2026 avait précisément été pensée pour attirer davantage de constructeurs automobiles.

L’utilisation de carburants durables, l’électrification partielle du groupe propulseur et la suppression du MGU-H ont notamment constitué des éléments importants pour convaincre Audi de rejoindre la Formule 1. Honda, qui avait initialement annoncé son retrait, a également changé de stratégie et est finalement revenu dans le championnat comme constructeur de moteurs.

Mais si la FIA souhaite continuer à attirer de nouveaux constructeurs, Ben Sulayem prévient que ceux-ci ne pourront pas imposer leurs propres conditions au championnat. La réglementation devra selon lui conserver sa stabilité et ne pas être remodelée au gré des intérêts d’un nouvel arrivant.

"J’ai eu des réunions avec d’autres constructeurs, et ils sont venus me dire : ’Nous devons être présents’. L’un d’eux était BYD, et l’autre Geely. Et nous leur avons dit : ’D’accord, nous ouvrirons la procédure d’expression d’intérêt si vous venez’."

"Mais la réglementation ne va pas être influencée par les constructeurs chinois. Nous ne pouvons pas faire cela. La réglementation doit rester permanente et elle doit conserver sa stabilité."

Ben Sulayem reconnaît volontiers l’avance considérable prise par l’industrie chinoise dans le domaine de l’électrification, mais il refuse d’en faire l’unique voie possible pour atteindre les objectifs environnementaux du sport automobile.

"Je sais que les Chinois sont en tête dans le domaine de l’électrification, mais est-ce la seule manière d’atteindre notre objectif en matière d’électrification ? Que cherchons-nous à obtenir ? Nous cherchons à avoir un environnement propre et un air propre. Il existe donc de nombreuses façons d’y parvenir."

La FIA entend d’ailleurs explorer plusieurs technologies dans ses différents championnats, plutôt que de se limiter à une seule solution technique.

"Maintenant, nous nous ouvrons à l’hydrogène, à l’hybride, à l’électrification pour le Championnat du monde des Rallyes à l’avenir, et au carburant durable."

Les discussions avec BYD auraient également été particulièrement directes. Ben Sulayem explique avoir proposé au constructeur chinois une première approche différente, avant que celui-ci ne confirme vouloir construire sa propre écurie.

"Lorsque j’ai eu mes réunions, j’ai été très, très clair. Pourquoi ne prenez-vous pas une écurie pour commencer... c’était avec BYD. Pourquoi devrais-je garder cela secret ? Ils ont répondu : ’Non, nous voulons une écurie à nous’."

Le président de la FIA n’a alors pas fermé la porte, mais a demandé au constructeur de démontrer la solidité de son projet avant d’aller plus loin.

"Très bien, ai-je dit. Alors revenez avec une proposition sérieuse, dont nous pourrons voir si elle peut fonctionner. Et voici notre réglementation. J’ai été très clair avec eux au sujet de la réglementation."

Ben Sulayem estime par ailleurs que la Chine dispose déjà de plusieurs arguments importants pour justifier une arrivée en Formule 1.

"Nous avons une course en Chine. Elle est énorme. Les constructeurs sont là, nous avons également eu un pilote chinois [Zhou Guanyu, qui a couru pour Sauber de 2022 à 2024] et la technologie chinoise est là."

"Mais cela doit se faire selon nos conditions et notre réglementation, ce qui est juste pour tout le monde. Parce que c’est aussi la responsabilité de la FIA."


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