Honda et Aston Martin F1 exagèrent-ils leur crise ? Le paddock s’interroge

Une stratégie pour accélérer le développement du moteur.

Auteur : Franck Drui
13 mars 2026 - 03:56
Honda et Aston Martin F1 exagèrent-ils leur crise ? Le paddock s’interroge

Les difficultés rencontrées par Aston Martin avec sa nouvelle unité de puissance Honda continuent de susciter interrogations et inquiétudes dans le paddock de Formule 1.

Alors que l’équipe tente de comprendre l’origine des vibrations qui affectent la fiabilité et les performances du moteur, même certains membres clés du programme technique reconnaissent avoir été surpris par l’ampleur du problème. Les rivaux, eux, se demandent au contraire si le discours n’est pas volontairement exagéré pour que Honda puisse bénéficier de largesses au niveau du rattrapage prévu dans ces cas (ADUO).

Pendant ce temps, Honda travaille déjà sur des solutions, mais les responsables du projet préviennent : la résolution complète pourrait prendre du temps d’autant plus que le problème n’était pas visible dans le simulateur.

Pilote simulateur d’Aston Martin F1 depuis la fin de l’année 2024, Daniel Juncadella a admis que les soucis actuels du groupe propulseur Honda ont été une surprise totale pour lui comme pour l’équipe.

L’Espagnol explique que rien, dans les simulations, ne laissait présager une telle situation.

"Dans le simulateur, il est difficile de comprendre ce qu’il s’est passé, parce que je ne l’ai pas vu ou senti venir," reconnaît-il.

Le fonctionnement du simulateur repose en effet uniquement sur les données disponibles, ce qui peut masquer certains problèmes réels.

"Tout y est beaucoup plus précis parce que vous ne faites qu’introduire des chiffres dans un simulateur basés sur les données qu’on vous donne."

"Si ensuite il s’avère que l’unité de puissance ne délivre pas la puissance qu’elle est censée fournir – quand j’ai testé la voiture, nous ne nous attendions pas à avoir ces problèmes."

Les propos de Juncadella rejoignent ceux du chef ingénieur de Honda Racing Corporation, Koji Orihara, qui avait révélé que l’intégration entre le moteur et le châssis avait été réalisée très tardivement.

Selon lui, l’unité de puissance et la monoplace n’ont été assemblées ensemble que peu de temps avant le début des essais hivernaux, ce qui pourrait expliquer certaines difficultés rencontrées depuis.

Malgré ces problèmes, Aston Martin aborde le Grand Prix de Chine avec une légère amélioration de sa situation.

Une batterie utilisée lors du week-end de Melbourne, réparée dans l’usine Honda de Sakura, a été renvoyée à l’équipe. L’équipe a refusé de le confirmer hier mais Aston Martin dispose ainsi désormais de trois unités de batterie pour ses deux voitures à Shanghai.

Du côté des pilotes, Fernando Alonso espère que les progrès pourraient devenir plus visibles dans les prochaines semaines, notamment lors du rendez-vous japonais.

"Pour le Japon, il pourrait y avoir quelques améliorations, espérons-le, ainsi que plus de pièces de rechange et de nouvelles pièces," expliquait l’Espagnol.

"Je pense que davantage de batteries vont arriver, et nous pourrons alors pousser la voiture en sachant que nous pouvons la réparer."

L’ambassadeur de l’équipe, Pedro de la Rosa, appelle toutefois à la prudence concernant les délais de résolution. L’ancien pilote a révélé que les ingénieurs de Honda travaillent intensivement pour résoudre le problème.

"Honda travaille jour et nuit à Sakura avec la voiture réelle et la boîte de vitesses," explique-t-il.

"Ils vont essayer de résoudre les problèmes aussi vite que possible, mais c’est un processus long – je ne veux tromper personne."

Les corrections nécessaires pourraient aller bien au-delà de simples ajustements logiciels.

"Honda devra effectuer des modifications de conception pour améliorer les performances, en plus de petits ajustements logiciels. Fixer une date est complètement irréaliste. C’est un problème à moyen terme, il faut être clair là-dessus."

Le paddock devient sceptique

Dans le paddock, certains observateurs commencent toutefois à regarder cette situation avec suspicion.

Plusieurs équipes rivales estiment que Adrian Newey pourrait accentuer publiquement les problèmes rencontrés afin d’obtenir un traitement préférentiel dans le cadre du mécanisme ADUO, qui permet d’accélérer le développement d’un motoriste qui se retrouve en difficulté.

Un directeur d’équipe rival s’est montré particulièrement direct sur ce point.

"En 2015 et 2016, lorsque Honda était en difficulté, nous avons accepté de les aider, et ensuite ils ont remporté quatre championnats de suite," rappelle-t-il, en tenant à l’anonymat.

"Donc nous n’allons pas recommencer, parce que nous ne voulons pas les aider à gagner le titre en 2028 ou 2029. Les règles s’appliquent de la même manière pour tout le monde."


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