’Étions-nous assez ambitieux ?’ Wolff sème le doute sur Mercedes F1 pour 2026

Le directeur admet que les objectifs fixés pourraient ne pas être suffisants

Auteur : Franck Drui
16 décembre 2025 - 18:08
’Étions-nous assez ambitieux ?’ Wolff sème le doute sur Mercedes F1 pour 2026

À un peu plus d’un mois de la révolution technique majeure attendue en Formule 1, Toto Wolff s’interroge ouvertement sur la stratégie de Mercedes. Si l’écurie allemande est considérée comme l’une des grandes favorites en vue de l’introduction du nouveau règlement en 2026, son directeur d’équipe admet ne pas être totalement certain que les objectifs fixés aient été suffisamment ambitieux.

Mercedes aborde cette nouvelle ère avec une réputation flatteuse, forgée notamment lors de l’arrivée des moteurs hybrides turbo en 2014, où l’équipe avait pris une avance décisive sur la concurrence. En 2026, les changements seront toutefois d’une ampleur supérieure, avec une refonte complète des unités de puissance mais aussi des châssis et de l’aérodynamique.

Les futurs moteurs utiliseront jusqu’à trois fois plus d’énergie électrique, avec une puissance électrique portée à 350 kW, la suppression du MGU-H et l’introduction de carburants 100 % synthétiques. Les premières voitures de cette nouvelle génération prendront la piste dès le mois prochain, lors d’un test à huis clos à Barcelone, avant les essais officiels de pré-saison prévus à Bahreïn en février.

Mais malgré le bon avancement du projet W17, Wolff reste prudent.

"C’est extrêmement difficile à prédire. Parce que nous nous sommes fixé des objectifs que nous sommes en passe d’atteindre, mais savoir si ces objectifs étaient suffisamment ambitieux, et s’ils ont été placés au bon endroit en termes de priorités, seul l’avenir le dira."

Le patron de Mercedes compare cette situation à celle vécue lors de précédents changements de règlement.

"Je me souviens de la conférence de presse de 2013 au Brésil, où je calculais sur un bout de papier les points dont nous avions besoin pour terminer deuxièmes du championnat. Nous avons fini par gagner trois courses, et cette deuxième place au championnat était bien plus joyeuse que celle de 2025, compte tenu d’où nous venions."

En revanche, Wolff souligne que les signaux envoyés avant 2014 étaient beaucoup plus clairs.

"En 2014, j’avais déjà ce sentiment durant l’hiver : nous étions les premiers à faire tourner une voiture complète sur le banc d’essai, le moteur était plus fiable que celui des autres, et dès le premier jour des essais, personne ne faisait les relais que nous faisions, et c’était pareil le deuxième jour."

Pour lui, le contexte actuel est très différent.

"Donc ce n’est pas comparable. Je dirais que la grille est aujourd’hui beaucoup plus compétitive qu’elle ne l’était à l’époque."

Plus tôt dans la saison, Wolff avait fait parler de lui en évoquant le potentiel brut des monoplaces de 2026 : "Si vous utilisiez toute l’énergie sur une seule ligne droite, vous pourriez faire rouler ces voitures à 400 km/h. Je ne sais pas si quelqu’un en a eu peur, mais nous, nous le pourrions."

Une sortie qui avait suscité un vif débat dans le paddock et poussé le directeur des monoplaces à la FIA, Nikolas Tombazis, à rassurer sur le fait que les F1 ne rouleraient évidemment pas à de telles vitesses en course.

Wolff est revenu sur le sens de sa déclaration. Etait-elle destinée à montrer au public que Mercedes était bien préparée pour 2026 ?

"Non, j’ai senti qu’il fallait donner un petit coup de boost marketing à ce moteur, parce que beaucoup de gens le minimisaient, alors que c’est une pièce d’ingénierie absolument incroyable."

"Donc, si la FIA s’est soudainement inquiétée de l’homologation des zones de sécurité des circuits, parce que, en mettant tout bout à bout, on pourrait atteindre 400 km/h, voire plus, c’est évidemment théorique. Parce qu’ensuite, vous n’auriez plus d’énergie pour la ligne droite suivante et vous ne seriez plus assez rapide."

Interrogé sur la puissance réelle des moteurs 2026 par rapport aux unités actuelles, Wolff a tempéré les attentes.

"L’intention a toujours été que la puissance maximale reste à peu près la même. Je n’ai pas fait de comparaison précise, mais au début d’une ligne droite, c’est très comparable."

Au-delà de la technique, Wolff se projette également sur son propre avenir en Formule 1. L’Autrichien, arrivé chez Mercedes en 2012 comme actionnaire et directeur exécutif, a progressivement renforcé son influence, devenant PDG et team principal en janvier 2013, avant d’acquérir 33 % des parts de l’écurie.

Récemment, Wolff a cédé 15 % de sa participation personnelle de 33 % dans la holding de l’équipe à l’homme d’affaires américain George Kurtz, fondateur et PDG de CrowdStrike et déjà partenaire de Mercedes, conservant ainsi une part globale de 28 %.

Lorsqu’on lui demande s’il se voit rester dans ce milieu "pour la vie", il répond sans détour : "d’une manière ou d’une autre, oui, parce que Susie et moi possédons une partie de l’équipe. C’est notre sport, c’est notre univers. Je ne sais pas si je serai encore exécutif ou non exécutif, président ou simplement membre du conseil d’administration, mais je pense que mon implication sera sur le long terme."

"Ce qui motive, c’est le succès, pas le profit. Et il y aura toujours un nouvel objectif. Je ne sais pas à quel point je pourrais vraiment me détacher de l’équipe, même en tant que non-exécutif. Parce que j’aurais toujours l’impression de savoir comment faire mieux. Je serais ce fameux actionnaire pénible sur son canapé, qui, avec le recul, aurait toujours pris de meilleures décisions."


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