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Et si 2020 était encore pire que 2019 pour Williams F1 ?

Plusieurs signes récents tendent à le craindre…

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Par A. Combralier

10 décembre 2019 - 18:02
Et si 2020 était encore pire que (...)

La saison 2019 de Williams sera-t-elle seulement une parenthèse douloureuse, et l’équipe réussira-t-elle à rebondir de belle manière l’an prochain, comme ce fut le cas entre 2013 et 2014 ? Ou bien, le gouffre dans lequel Williams a plongé cette saison est-il le signe logique de difficultés structurelles qui ne seront pas réglées de sitôt ?

Sans qu’il soit possible de répondre avec certitude à cette question à ce jour, plusieurs signes récents ont confirmé, hélas, que la légendaire écurie de Grove était encore très loin d’être sortie de l’ornière ; pire, il semblerait que la corde continue de se resserrer…

Le premier de ces signes inquiétants, et peut-être le plus emblématique, s’est manifesté peu avant les essais d’Abu Dhabi. Ces essais de post-saison, durant lesquels les pilotes ont l’occasion de tester les Pirelli 2020, sont essentiels, dans la mesure où le facteur pneus est devenu, aujourd’hui en F1, un facteur différenciant massif. C’est pourquoi la plupart des écuries ont choisi de faire rouler leurs titulaires ou des pilotes confirmés, en vue de se préparer à la saison prochaine. Toro Rosso avec Sean Gelael et surtout Williams avec Roy Nissany, ont été les deux exceptions majeures.

Roy Nissany, un peu à la surprise générale, a été en effet aligné par Williams durant une journée au total pendant ces essais. Or sans manquer de respect au pilote israélien, la moindre des choses est de dire qu’il ne méritait absolument pas qu’on lui donne cette opportunité. En effet l’an dernier en F2, Nissany avait réalisé une première moitié de saison catastrophique. Ses résultats avaient conduit Campos Racing, qui court pourtant après l’argent, à le remplacer par Roberto Mehri. En 2017, en Formule V8 3.5 (Formule alors en déclin et moins concurrentielle), il s’était placé à une laborieuse 5e place, une place en-dessous de son classement 2016. Cette année, et consécutivement à une carrière décevante, Nissany a disparu totalement des radars.

Pourquoi donc Williams a-t-elle aligné un pilote aussi hors-sujet pour ces essais décisifs ? Pour l’argent bien sûr ; le père de Nissany, ancien pilote, est devenu homme d’affaires à succès. Le fait que Williams doive aligner Nissany montre ainsi combien l’équipe de Grove demeure toujours étranglée financièrement, et que sa pérennité, voire sa survie budgétaire, se jouent toujours à peu de choses. Pas très rassurant, au moment où il importe de consentir d’importants investissements pour mener le développement de deux voitures de front (2020 et 2021).

La décision de titulariser Nicholas Latifi, qui était attendue de longue date, est du même acabit : Nicholas Latifi a réalisé une saison honnête en F2 (2e place), mais il court dans ce championnat depuis 2015, avec des résultats laborieux (5e en 2017, 9e en 2018…). La fortune de son père, un milliardaire canadien, a été décisive.

Récemment, un deuxième signe a aussi montré que Williams n’avait pas fini de manger son pain noir. La rupture entre Robert Kubica et Williams, qui s’est passée avec une certaine aigreur ou acrimonie, a pu permettre au grand public d’en savoir un peu plus sur les méthodes de travail apparemment déficientes de l’équipe. Le Polonais a ainsi répété que Williams n’avait pas su « utiliser son expérience » et s’est plaint, encore récemment, d’erreurs de réglages, d’opportunités manquées. Son sponsor Orlen, qui a lui aussi annoncé la fin de sa collaboration avec Williams, a été plus critique et ouvert dans le même temps. Le directeur de la communication d’Orlen, Adam Burak, a rappelé en une phrase l’essentiel des critiques : « Robert était très critique de l’organisation et de la préparation de l’équipe après chaque Grand Prix, et il est difficile de lui donner tort. »

Un troisième point démontre que le redressement de Williams sera plus complexe que prévu : l’évolution du potentiel aérodynamique de la voiture. Des progrès avaient été aperçus à Budapest, et l’équipe avait confirmé qu’elle menait des tests pour 2020, en introduisant des nouveautés au fur et à mesure des courses, en profitant d’une rare période de stabilité réglementaire. Or, malgré les espoirs initiaux, Williams a fini par stagner dans le classement, avant que l’écart ne commence à se recreuser lors des quelques dernières courses, sans jamais que George Russell parvienne à jouer une Q2 par exemple. Là encore, l’augure n’est pas excellent pour l’an prochain – et s’il faut compter sur Nicholas Latifi ou Roy Nissany pour mener l’évaluation des pièces…

Enfin, une quatrième et dernière inquiétude peut être soulevée en écoutant les récentes déclarations, étonnantes de transparence et de maladresse, de Claire Williams. La directrice de l’équipe assure que le moral est bon à Grove, que l’équipe commence à se redresser, que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Elle ne cesse de louer le « travail extraordinaire » de ses mécaniciens, en particulier ceux responsables des arrêts aux stands.

Mais le 27 novembre dernier, une déclaration a totalement sapé la crédibilité de cette communication, et ainsi augmenté les inquiétudes autour de Williams : « L’année dernière était la pire saison. Je comprends pourquoi les gens voient cette année comme pire, mais ils ne voient pas les coulisses. L’an dernier, je ne voyais pas comment les choses allaient progresser. Cette année, Williams est dans une situation totalement différente. Je sais ce qui vient et j’y crois. L’an dernier, je n’y croyais pas vraiment. »

Autrement dit, dans cet aveu extraordinaire, Claire Williams confessait tranquillement avoir raconté des bobards tout au long de la saison dernière. Pourquoi la croirait-on aujourd’hui ?

On le voit, Williams est encore très loin d’être sortie de l’impasse ; le règlement 2021, son aérodynamique simplifiée, l’introduction des budgets plafonnés, peuvent être la lumière au bout du tunnel. Mais alors que les dépenses ne seront pas encore encadrées en 2020, alors que l’équipe apparait aujourd’hui trop fragile pour mener un développement technique ambitieux pour 2021, il y a plus de raisons de désespérer que d’espérer à Grove.

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