Budgets plafonnés : Mercedes, McLaren et Racing Bulls rejettent l’idée de Williams F1

Racing Bulls voterait comme Red Bull, au détriment de ses intérêts ?

Budgets plafonnés : Mercedes, McLaren et Racing Bulls rejettent l’idée de Williams F1
10 octobre 2026 - 08:01

La proposition de James Vowles, le patron de Williams F1, sur les budgets plafonnés, n’en finit plus de faire couler de l’encre. Vowles est parti d’un constat mathématique : les budgets plafonnés, au lieu d’avoir resserré les écarts entre les écuries de pointe et le milieu de grille, l’ont en fait agrandi. Pourquoi ce paradoxe ? Car prisonniers du « piège » des budgets plafonnés, les équipes de milieu de grille ne peuvent pas assez investir dans de nouvelles infrastructures, notamment en raison des dépenses d’amortissement. Finalement, les budgets plafonnés ont donc gelé les avantages historiques des écuries de pointe, qui avaient bien plus investi par le passé dans leurs infrastructures.

Face à ce constat, James Vowles a proposé que les budgets plafonnés subissent un mécanisme d’indexation selon les équipes : les moins bien classées obtiendraient un bonus… un système similaire à ce qui existe aujourd’hui pour le temps en soufflerie et en CFD.

Cette modification pourrait être appliquée dès l’an prochain, à condition que Red Bull y consente avec son équipe-sœur, Racing Bulls (voir notre article). Autrement, Williams F1 a déjà récolté les voix nécessaires (quatre) pour que ce changement entre en vigueur en 2028.

En tant qu’une des équipes les mieux dotées financièrement du plateau, Mercedes F1 devrait être naturellement contre la mesure portée par James Vowles. Toto Wolff peut-il confirmer qu’il s’oppose bien à son ancien adjoint ?

« Eh bien, il y a plusieurs sujets. La raison pour laquelle le plafond budgétaire a été introduit était d’équilibrer les performances entre les petites et les grandes équipes. Nous avons dû nous restructurer de manière assez drastique, tandis que d’autres équipes étaient en dessous du plafond et ont pu recruter. C’était donc l’idée principale. Là où le plafond budgétaire nous a menés, c’est que nous avons évidemment des entités rentables, et cela, d’un point de vue purement économique, c’est une bonne chose. »

« Mais cela comprime également les salaires. Nous avons toujours été un sport qui fait rêver. Nous attirions les meilleurs talents des meilleures universités en raison des opportunités qu’offrait la Formule 1. De nos jours, on peut attirer quelqu’un dans une équipe de Formule 1 par passion, mais à un certain stade, après cinq, six ou sept ans et avec un doctorat, vos salaires restent faibles par rapport à une entreprise technologique, un fonds spéculatif ou une banque d’investissement, et cela devient un problème. »

Toto Wolff souhaiterait donc augmenter le plafond… mais pour tout le monde, pas seulement pour Williams F1 !

« Vu notre situation, j’aimerais avoir un peu plus de marge de manœuvre dans le plafond budgétaire pour les salaires de base, une tranche spécifique, plutôt que pour acheter de nouveaux ailerons avant, afin de donner la possibilité de payer un peu plus et de rester attractifs en tant que sport. Je ne suis pas sûr que beaucoup trouvent que ce soit une bonne idée. Évidemment, cela dépend aussi de la taille de l’équipe. Nous avons discuté du fait que c’est quelque chose que nous aimerions faire, mais face à la réalité du budget, une petite équipe ne sera pas heureuse de nous voir disposer de cinq millions supplémentaires dans le plafond budgétaire pour embaucher des doctorants. C’est le deuxième point. »

Cependant on le sent un peu plus ouvert au sujet des dépenses d’investissement, un élément central pointé par James Vowles en raison de deux décennies de sous-investissement à Grove.

« Le troisième point, c’est que ce à quoi James fait allusion, c’est l’allocation CapEx (dépenses d’investissement) ou les possibilités de CapEx. La façon dont les règles ont été modifiées fait qu’au lieu d’avoir ce budget CapEx distinct, votre CapEx est intégré dans les coûts opérationnels, dans l’OpEx (dépenses d’exploitation). La conséquence, c’est que les équipes qui ont beaucoup dépensé par le passé en CapEx, comme nous par exemple, ont une énorme quantité de coûts que nous devons amortir dans le plafond budgétaire. Celles qui n’ont pas beaucoup dépensé ont évidemment beaucoup plus de possibilités de dépenser dans les infrastructures ou dans ce qu’elles veulent, ce qui relevait du CapEx auparavant. J’éprouve donc une grande sympathie pour une équipe comme Williams et pour James, qui est très intelligent, mais nous devons simplement trouver le bon équilibre pour ne pas défaire ce que nous avons consciemment modifié il y a un an ou deux. »

Ce n’est donc pas franchement un « non », sur les dépenses d’investissements, mais Toto Wolff est loin d’être enthousiaste… et semble vouloir gagner du temps. Une seule certitude : il s’opposera à tout système approchant de la BoP comme en WEC.

« Alors oui, c’est simplement une discussion qui avance. Personnellement, je n’aime pas le concept d’ajustement basé sur certaines positions. La BoP (Balance de Performance), pour moi, c’est comme un chiffon rouge. Nous avons ces tout petits ajustements sur le temps de soufflerie, l’ATR, qui sont presque invisibles pour les spectateurs et qui n’ont pas posé de problème majeur car ils sont vraiment infimes. Nous avons les mécanismes de rattrapage sur les unités de puissance. Si quelqu’un prenait un retard dramatique, il aurait cette opportunité, mais ce n’est pas un mécanisme permettant de faire un bond en avant démesuré. »

« Le travail que la FIA a accompli à cet égard est très bon. Ils n’ont laissé aucune politique s’immiscer, malgré les bruits de couloir de ceux qui voulaient ou non faire certaines choses. Ils ont très bien géré cela. Alors, voulons-nous vraiment un autre mécanisme où l’on vous autorise à avoir plus de CapEx ou d’OpEx en fonction de votre position au championnat ? Je n’en suis pas sûr. »

Wolff utilise McLaren F1 pour appuyer ses arguments

Si McLaren F1 a eu des problèmes budgétaires par le passé, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Zak Brown va-t-il donc se retrouver dans une position similaire à celle de Wolff ? C’est-à-dire une position prudente voire négative vis-à-vis des demandes de James Vowles ?

« Oui, nous faisons du bon travail en tant que sport pour revoir les réglementations financières, sportives et techniques. Nous travaillons tous bien ensemble collectivement pour toujours essayer d’aller de l’avant. Le sport est très complexe. La plus grande différence entre les écuries de course réside dans les personnes, la culture. Je sais que nous n’avons pas les plus grandes infrastructures de la Formule 1. Je ne crois pas que nous (chez McLaren F1) ayons les deuxièmes ou troisièmes plus grandes infrastructures non plus. Nous avons un moteur client, toutes ces choses dont on vous dit depuis des années qu’elles vous empêchent de gagner un championnat, et pourtant nous l’avons fait. C’est parce que nous sommes une équipe composée de personnes très performantes. Nous gardons donc toujours l’esprit ouvert. »

« Nous avons vraiment fait un pas en avant en combinant le CapEx et l’OpEx. Maintenant, vous devez prendre une décision sur l’endroit où investir, tout comme vous devez décider quels pilotes vous voulez engager. C’est compliqué, mais nous restons toujours ouverts. Si l’on regarde la saison passée, c’était la grille la plus serrée de l’histoire de la Formule 1. Quand je grandissais dans le milieu de la course, la plupart du temps, c’était une ou deux équipes qui gagnaient. Maintenant, elles sont quatre. Le cinquième a décroché une pole position. Le sport est donc déjà extrêmement compétitif tel qu’il est, mais nous sommes toujours ouverts à toute discussion. »

Comme Toto Wolff, Zak Brown ne fait donc pas de réponse très claire : comme s’il ne voulait pas assumer une opposition franche et directe.

Wolff reprend ensuite la parole, pour utiliser la situation de McLaren F1 à son avantage : sans budgets conséquents, l’équipe de Woking a su se redresser. Si on lit entre les lignes, on peut comprendre ceci : pas besoin de bouleverser le règlement financier !

« Puis-je ajouter quelque chose ? Tu es un bon exemple. McLaren est un très bon exemple. Une équipe qui n’était pas détenue par une grande maison mère disposant de financements illimités comme certains d’entre nous, mais qui a su se sortir d’une mauvaise passe, en commençant à gagner des courses il y a deux ans, pour finalement remporter un championnat. »

« Deux » corrige Zak Brown.

« Pardon, deux, bien sûr ! » s’exclame Toto Wolff.

Zak Brown plaisante ensuite : « C’était dur, alors je ne veux pas oublier le deuxième. »

Et Toto Wolff de reprendre : « Oui, c’était difficile. Oui. C’est donc un bon exemple. Et quand on regarde la hiérarchie actuelle, on a Racing Bulls qui est toujours peu ou prou dans le top 10, très performante. On a Alpine, vous avez vu qu’ils ont fait un grand pas en avant, et puis il y a quatre d’entre nous, des équipes plus importantes qui, comme l’a dit Zak, ont remporté des courses. Donc, dans l’ensemble, en tant qu’organisation, et je sais que James porte un énorme fardeau avec une équipe de Formule 1 à l’ancienne, avec d’immenses ateliers d’usinage et beaucoup de production, il est très difficile de la rendre plus saine, plus efficace, et de convaincre les gens que la structure du futur doit être différente. Mais la flexibilité CapEx/OpEx ne va pas libérer beaucoup plus de potentiel, à mon avis, et encore moins avec un mécanisme d’ajustement. »

Racing Bulls prend parti pour les écuries de pointe, ô surprise !

La position de Racing Bulls sera scrutée : c’est en effet cette équipe qui pourrait faire basculer les votes au sujet des budgets plafonnés (pour une introduction de cette modification dès 2027). Même si tout dépendra, bien sûr, de l’avis de la maison mère, à Milton Keynes.

Alan Permane peut-il donner des indices sur la position de Faenza ? Et sans trop de suspense, on peut dire que les positions de Racing Bulls vont s’aligner sur celles de Red Bull (pour une fois, ce point va réjouir Zak Brown !).

« Ces deux messieurs ont soulevé de très bons points, particulièrement Zak lorsqu’il soulignait à quel point les écarts étaient serrés la saison passée. Et ce n’est pas un hasard. C’est lié à certaines choses dont Toto a parlé concernant les règles aérodynamiques, les règles de soufflerie, l’ATR (temps de soufflerie ajusté selon le classement des constructeurs, ndlr). Cela permet de petits ajustements. Et bien sûr, avec des cycles réglementaires plus longs, les équipes et les pilotes se rapprochent, et c’est définitivement ce que nous recherchons. »

« Nous ne soutiendrions pas une modification radicale des règles du plafond budgétaire pour commencer à dépenser des sommes d’argent beaucoup plus importantes, car il nous a très bien servis depuis... je ne sais pas depuis combien d’années nous l’avons maintenant, six ans je crois. Il a très, très bien servi la Formule 1. Il y a peut-être quelques ajustements à faire, c’est sûr. Mais comme l’a dit Toto, si vous voulez dépenser beaucoup d’argent en CapEx, vous le pouvez. Le mécanisme est là. Donc si James veut dépenser 100 millions de dollars pour quelque chose, il peut le faire. Il suffit de l’amortir sur X années. Le mécanisme existe donc déjà. »

Visiblement, Red Bull aurait tranché : pas question que Racing Bulls vote avec les petites équipes !


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