Formule 1

Renault : Les objectifs fixés en 2016 n’ont pas été tenus

Faudra-t-il attendre 2021 pour cela ?

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Par Valentin Vilnius

26 décembre 2018 - 13:54

En décembre 2015, Renault finalisait le rachat de Lotus F1 Team, pour un euro symbolique (et les dettes qui allaient avec).

Trois années plus tard, alors que l’écurie française vient de se classer « meilleure des autres » au classement des constructeurs, il est temps de dresser un bilan d’étape du projet de Renault F1 Team : les objectifs fixés en 2016 ont-ils été tenus ?

A l’annonce du rachat de Lotus, Carlos Ghosn, PDG de Renault aujourd’hui dans la tempête, se montrait ambitieux sur les objectifs et flou sur le calendrier : « Les derniers éléments obtenus de la part des principaux acteurs de la F1 nous permettent de nous projeter avec confiance dans ce nouveau défi. Notre ambition est de gagner, même si raisonnablement cela prendra du temps. »

En juillet 2016, à l’occasion d’une restructuration interne (Frédéric Vasseur, directeur de la compétition, devint directeur d’écurie et Cyril Abiteboul était censé se concentrer sur le département châssis à Enstone), de nouveaux objectifs, plus précis, furent fixés par Jérôme Stoll, alors président de Renault Sport.

« L’an prochain nous voulons être dans le top 5 du championnat, ensuite à partir de 2018 nous voulons nous battre régulièrement pour des podiums. D’ici 2020 nous voulons nous battre pour le titre avec le meilleur moteur et le meilleur châssis. »

« Nous avons l’objectif de recruter presque 100 personnes de plus à Enstone pour cette année et encore une bonne trentaine à Viry. Cela ne se fait pas en un clin d’œil puisque nous ciblons les meilleurs ingénieurs dans chaque domaine. Tout cela sert un plan d’expansion sur les 5 prochaines années, qui sera suffisant pour faire de Renault F1 un top team en Formule 1. »

Des podiums réguliers en 2018, des victoires en 2019, la bataille pour le titre en 2020 : tel était alors l’objectif de Renault, affiché avec confiance par Jérôme Stoll.

Quatre ans plus tard, même si Renault a réalisé de grands progrès depuis 2016 (9e place du classement des constructeurs en 2016, 6e en 2017, 4e en 2018), force est de constater que les objectifs fixés à l’époque n’ont pas été tenus.

En 2018, Renault n’a pas réussi à signer un seul podium, ni même d’ailleurs une 4e place. L’écart avec les écuries de pointe, dont Red Bull, motorisée par Renault, reste encore supérieur à la seconde sur la majorité des circuits. Renault était même battue en performance pure par Haas en début de saison, ou par Force India voire Sauber sur certaines pistes.

Même si Renault n’a pas tenu ses objectifs, il faut reconnaître deux circonstances atténuantes majeures : le lourd chantier de la reconstruction d’Enstone, et le défi budgétaire.

S’agissant d’Enstone, il faut bien concéder que Renault partait de loin. Au bord de la faillite permanente depuis deux années, à la suite d’une gestion hasardeuse de Gérard Lopez, Lotus avait très peu investi dans son usine d’Enstone, dont l’obsolescence était de plus en plus criante. Lotus-Renault, après une saison 2013 pleinement réussie, avait dès lors manqué le tournant réglementaire de 2014, et avait passé une saison en enfer. Le léger redressement de 2015 (podium de Romain Grosjean à Spa) était en grande partie imputable au passage à la motorisation Mercedes, alors bien en avance sur la concurrence.

En rachetant Lotus, Renault s’attendait donc à devoir mener un lent et patient travail de reconstruction. Entre l’embauche nécessaire de centaines d’ingénieurs et de lourds investissements à consentir à Enstone, l’écurie savait que les résultats ne pourraient venir immédiatement. Mais l’ampleur du travail de reconstruction nécessaire a peut-être été sous-estimée…

La deuxième circonstance atténuante est de nature budgétaire. Pour lutter avec Mercedes, Ferrari ou Red Bull, Renault doit posséder un budget équivalent – surtout en forte période d’investissements. Or, les millions consentis par la maison-mère ne sont pas encore à la hauteur. Un écart de 150 ou 200 millions d’euros, selon les estimations, subsisterait encore entre Red Bull et Renault. L’écurie tricolore aurait davantage un budget similaire à celui de McLaren.

Cyril Abiteboul a encore répété récemment que Renault n’obtiendrait des résultats qu’à « un coût raisonnable. » Ce point de vue peut se comprendre : avec l’introduction de budgets plafonnés en 2021, Renault n’a aucun intérêt à engager aujourd’hui 200 ingénieurs pour les renvoyer fin 2020. Mais du même coup, cette prudence budgétaire devrait inviter l’état-major de Renault à revoir ses ambitions à la baisse ces deux prochaines années.

En somme, le bilan de Renault, quatre années après le rachat de Lotus, a une saveur douce-amère. Certes, l’écurie tricolore est en progression constante et s’est imposée comme la « meilleure des autres ». Mais les objectifs fixés en 2016 n’ont pas été tenus : la faute en incombe au gouffre qui sépare encore Renault des écuries de pointe, gouffre qui ne devrait pas être comblé avant l’introduction de budgets plafonnés… Patience, donc !

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