Wolff n’hésitera pas à ’serrer le frein à main’ sur la lutte chez Mercedes F1
Russell et Antonelli ne doivent pas dépasser les limites
Initialement enclin à laisser George Russell et Kimi Antonelli s’affronter librement en piste, le directeur de Mercedes F1, Toto Wolff, semble avoir ajusté sa position. Les duels intenses et les risques de collision observés lors de la course de Montréal semblent l’avoir poussé à reconsidérer sa gestion des pilotes. À l’issue du Sprint, une réunion entre la direction et ses deux pilotes avait pourtant acté un accord de principe, et Russell et Antonelli étaient autorisés à se battre en piste comme face à n’importe quel autre concurrent.
Cette approche, visant à simplifier les règles d’engagement et à éviter la complexité des consignes d’équipe, a toutefois montré ses limites dès le lendemain. La course du dimanche a en effet donné lieu à une bataille féroce pour la tête de la course durant les trente premiers tours.
Si Kimi Antonelli a salué après coup l’intensité de ce moment en admettant avoir frôlé la limite, alors que la bataille a été arrêtée par l’avarie moteur , la prise de risque globale a conduit Toto Wolff à faire machine arrière sur cette politique de totale liberté.
Antonelli a estimé qu’il y avait des moments où le duo s’était approché de la limite, mais a déclaré que c’était une période agréable depuis le cockpit.
"C’était une bataille difficile" a déclaré Antonelli. "Je pense qu’à deux reprises, c’était peut-être un peu à la limite, mais nous nous affrontions. Nous poussions tous les deux et nous voulions tous les deux gagner."
"Et c’était, je pense, pour tous ceux qui regardaient, assez divertissant. Donc je pense vraiment que le relais était très amusant parce que nous poussions tous les deux à la limite et nous y allions à fond."
Pourtant, après avoir vu le dernier chapitre de la bataille pour le titre de cette année entre ses deux pilotes, Wolff était partagé sur la façon de voir les choses, entre volonté de laisser le spectacle et la lutte se dérouler, et intérêts de son équipe.
"Pour moi, c’était à la limite de l’acceptable ou de l’inacceptable, selon la façon dont on veut le voir. Mais avant de parler de la course de George ou de celle de Kimi, il est toujours facile à la fin, maintenant, de dire ’eh bien, c’était super pour l’équipe et super pour le sport, et n’avons-nous pas tous aimé regarder cette bataille ?’" a déclaré l’Autrichien.
"Et c’est vrai dans une certaine mesure, mais il y a un autre côté que nous devons regarder, c’est que c’était serré à quelques reprises. J’ai vraiment senti la pression pendant de nombreux tours. J’aurais aimé qu’ils calment un peu le jeu, mais cela ne s’est pas produit. C’est le propre des pilotes de course."
"Kimi qui se rabat et bloque les roues aurait pu se terminer par un double abandon, et non pas à cause d’une conduite sur-agressive l’un envers l’autre, simplement par erreur. Et la même chose dans la dernière chicane, nous avons eu une situation."
"Il est donc important d’analyser la course et de discuter avec les pilotes pour savoir s’ils ont trouvé que c’était un peu serré et, si c’est le cas, comment nous pouvons éviter ces situations très, très difficiles ou des situations que nous jugeons un peu trop serrées."
"Il y a un autre angle : nous avions un avantage de rythme aujourd’hui et, lorsqu’ils roulaient l’un derrière l’autre, nous allions une demi-seconde plus vite que tous ceux qui nous suivaient. Mais lorsqu’ils se battaient, nous perdions une seconde sur tous les autres."
"Donc, nous avions l’écart, nous avions de la marge aujourd’hui, et il est alors facile d’accepter qu’ils se battent jusqu’à un certain point, mais ce ne sera évidemment pas toujours le cas. Ainsi, même si nous avons l’air très sportifs aujourd’hui en l’autorisant, il pourrait y avoir une situation où nous devrions peut-être calmer le jeu d’un cran."
Les deux pilotes Mercedes ont assuré le spectacle, mais Wolff a reconnu qu’il aurait également pu avoir l’air stupide si le duo s’était éliminé mutuellement. Des messages radio ont bien été envoyés aux pilotes pour tenter de les inciter à se modérer pendant la course.
"Je pense que nous voulons regarder les images et les amener à des conclusions, aux bonnes conclusions, en disant ’pensez-vous que c’était le niveau de combat que vous jugez correct ? Et si c’est le cas, pourquoi ?’ Et nous dirons pourquoi nous pensons qu’une ou deux situations auraient pu être évitées et ce que nous voulons faire pour atténuer cela."
"Mais assurément, plus que jamais, cette lutte est lancée. Il y a tellement en jeu pour eux. Il y a tellement en jeu pour vous en tant qu’équipe. En tant qu’équipe, aussi inconfortable que soit la situation parfois, il faut accepter que c’est le combat pour lequel ils ont été formés."
"Mais de la même manière, s’il y avait une situation où nous estimions que les points de l’équipe risquaient d’être perdus, ou une situation où nous perdions trop de temps par rapport à nos concurrents derrière, alors nous n’hésiterions pas un seul millimètre à serrer le frein à main."
"Je pense que lorsqu’on leur demande de faire attention, cela ne signifie pas qu’il faille y mettre fin. En réalité, vous autorisez la course, mais vous dites ’vous êtes sous surveillance’."
"Nous avons eu quelques situations qui auraient pu se terminer par des abandons. En tant que pilote, vous êtes très conscient de l’endroit où vous voulez placer votre voiture et de la part de risque que vous voulez prendre."
Wolff a tenté de minimiser les comparaisons avec le duo que formaient Lewis Hamilton et Nico Rosberg, qui s’étaient accrochés au Grand Prix d’Espagne il y a tout juste dix ans.
"C’était différent avec Nico et Lewis. Mais cela a été un très bon exercice pour analyser comment nous voulions aborder les courses. La première option est d’agir comme si la voiture face à nous appartenait à une autre équipe."
"La deuxième est d’avoir une course ’Mickey Mouse’ où l’on ne dépasse que dans les lignes droites. Et nous ne voulons pas de cela non plus. La troisième est que nous vous faisons confiance. Nous essayons d’aller vers l’option trois."
La gestion de cette rivalité va être un nouveau défi pour Wolff, qui veut aussi relancer Russell : "Les esprits doivent d’abord se calmer. Nous voulons aussi que George se remette mentalement de cela. Nous en discuterons entre nous. Nous voulons toujours être transparents avec nos pilotes. Rendez-vous à Monaco !"
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