Wolff : Mercedes aurait pu ’gérer’ Verstappen malgré son statut forgé chez Red Bull

"Je n’aurais jamais peur" même si "les personnes les plus coriaces ont des aspérités"

Wolff : Mercedes aurait pu ’gérer’ Verstappen malgré son statut forgé chez Red Bull
Auteur : Franck Drui
30 août 2026 - 09:14

Toto Wolff assure que Mercedes aurait été capable d’accueillir Max Verstappen dans son environnement, malgré la place particulièrement importante occupée par le Néerlandais chez Red Bull Racing. Alors que le quadruple champion du monde a finalement prolongé son contrat jusqu’à fin 2030, le patron de Mercedes estime qu’un tel changement de structure n’aurait pas nécessairement posé problème et défend une philosophie fondée sur la transparence, l’écoute et un objectif commun.

Les dernières spéculations concernant un éventuel transfert de Verstappen chez Mercedes à court ou moyen terme ont définitivement pris fin. Avant le Grand Prix des Pays-Bas, le pilote Red Bull a confirmé qu’il resterait au sein de l’écurie jusqu’à la fin de la saison 2030. Mercedes avait déjà cherché à calmer les rumeurs concernant une arrivée du Néerlandais, même si Wolff avait reconnu qu’il n’aurait pas été "effrayé" par une association entre Verstappen et Kimi Antonelli.

Répondant à une analyse de David Coulthard, qui pense que Verstappen aurait du mal à s’intégrer ailleurs que chez Red Bull, le dirigeant autrichien estime toutefois qu’il ne faut pas surestimer les difficultés qu’aurait représentées l’intégration de Verstappen dans une nouvelle structure.

Pour illustrer son propos, Wolff revient notamment sur le précédent Fernando Alonso et sur la manière dont une situation inattendue peut mettre une équipe sous pression.

"La loyauté, moins de risques à partir... toutes ces choses jouent certainement un rôle dans une prolongation de contrat, mais je pense aussi que nous aurions pu gérer une situation différente. Souvenez-vous d’Alonso, lorsqu’il ne s’attendait pas à ce qu’Hamilton soit aussi rapide chez McLaren, et que cela a presque fait exploser l’équipe. Mais je ne pense pas que cela aurait été une situation qui se serait produite avec nous."

Pour Wolff, Mercedes possède suffisamment de solidité interne pour absorber l’arrivée d’un pilote au statut aussi particulier que Verstappen. Le patron des Flèches d’Argent considère même que l’équipe aurait pu continuer à privilégier ses propres ambitions au championnat des constructeurs et des pilotes, quitte à revoir ultérieurement sa stratégie si l’un des deux pilotes ne donnait pas satisfaction.

"Je pense que nous aurions pu gérer cela. Donc, c’était davantage une question de savoir que, vous savez, nous sentons que lorsqu’il s’agit du championnat du monde des constructeurs et des pilotes, nous avons deux fers au feu. Et peut-être que si cela n’avait pas fonctionné avec l’un ou l’autre des équipiers, nous aurions envisagé quelqu’un en dehors du vivier Mercedes."

Une éventuelle arrivée de Verstappen aurait néanmoins profondément modifié l’environnement de travail du Néerlandais. Chez Red Bull, l’équipe s’est progressivement construite autour de son pilote vedette, une situation qui lui offre une position particulièrement forte. Chez Mercedes, Verstappen aurait dû composer avec une structure différente et avec Antonelli, jeune pilote issu de la filière de l’écurie et déjà considéré comme l’un de ses grands espoirs.

Wolff ne voit pourtant pas cette différence comme un obstacle insurmontable. Pour lui, la réussite d’une collaboration entre un grand pilote et une grande équipe dépend avant tout de la capacité des deux parties à construire ensemble une relation efficace.

"Déjà, cela ne s’est pas produit, donc nous n’aurons pas à le faire ! Mais je pense que l’état d’esprit que j’ai décrit précédemment est que lorsqu’un grand pilote rejoint une grande équipe, et inversement, la dynamique doit fonctionner. Et nous sommes en mesure de le faire au besoin."

Wolff ne craint pas les pilotes "difficiles"

Le patron de Mercedes refuse surtout de considérer le caractère ou la réputation d’un pilote comme un frein à son recrutement. Même lorsqu’un compétiteur arrive avec des habitudes très différentes ou une réputation de personnalité difficile, Wolff estime qu’une nouvelle relation de travail peut permettre de faire évoluer les deux parties.

"Je n’aurais jamais peur de travailler avec un pilote qui a été pendant longtemps dans une autre structure ou qui est perçu comme difficile," affirme-t-il.

Selon Wolff, il n’existe pas de pilote tellement compliqué qu’il serait incapable de s’adapter à une nouvelle équipe. Les exemples de Lewis Hamilton et Fernando Alonso, deux champions dont les fortes personnalités ont parfois été mises en avant, ne l’inquiètent pas davantage.

"Quand on écoute ce que les gens ont dit sur Lewis, probablement l’un des pilotes plus difficiles à satisfaire car il en veut toujours plus, ou sur Alonso en disant que c’est un gars difficile et politique, cela ne joue aucun rôle dans mon esprit. Parce qu’en arrivant dans l’équipe, vous travaillez les uns avec les autres, vous vous façonnez mutuellement pour le bien du projet."

Cette philosophie explique pourquoi Wolff estime que Verstappen aurait pu trouver sa place chez Mercedes malgré son statut particulier chez Red Bull. Le dirigeant insiste sur la nécessité d’avoir des objectifs communs, quitte à accepter une certaine confrontation entre les membres de l’équipe.

Wolff résume cette approche par une expression qu’il affectionne particulièrement : "tough love" que l’on pourrait traduire par une forme de "fermeté bienveillante". Pour lui, les relations de travail dans une équipe de haut niveau ne doivent pas nécessairement être consensuelles en permanence.

"La ’tough love’ est un terme que j’aime utiliser. La dureté, c’est vous. Tant que nos objectifs sont les mêmes, à savoir gagner des courses et des championnats, vous pouvez être durs les uns avec les autres. L’amour, c’est la partie qui correspond à l’objectif commun."

Cette conception du management vaut aussi pour les désaccords. Wolff considère qu’une personnalité forte peut même représenter une qualité, à condition que chacun soit capable de remettre en question son propre point de vue et de chercher à comprendre celui de l’autre.

"Si vous n’avez pas un imbécile, un idiot ou un menteur de l’autre côté de la table, chacun d’entre nous devrait faire cet exercice. Pourquoi sa perception, sa perception à elle ou son point de vue est-il si différent du mien ? Et c’est pourquoi travailler avec des personnes compliquées est une excellente chose. Les personnes les plus coriaces et les meilleures dans n’importe quelle industrie, dans n’importe quelle profession que j’ai rencontrées, ont des aspérités."

Et pour la liberté de Verstappen de courir ailleurs ?

Toto Wolff estime que Max Verstappen bénéficierait aussi chez Mercedes de la même liberté que celle dont il jouit chez Red Bull Racing. Chez Red Bull, il peut se livrer à toutes sortes d’activités annexes, comme participer à des courses en GT3, gérer sa propre écurie de course ou pratiquer le ski. Pourtant, selon Wolff, rien n’empêcherait ce genre de choses chez Mercedes.

À cette occasion, le patron de l’écurie Mercedes évoque un souvenir marquant lié à l’époque où Lewis Hamilton pilotait pour l’équipe.

"Chaque équipe est différente ! Je cherche avant tout à comprendre ce qui rend le pilote rapide au sein de notre structure. Quel type de cadre devons-nous mettre en place pour tirer le meilleur parti du pilote ? Le bien-être en fait évidemment partie, et c’est un aspect qui me tient à cœur. Je n’ai jamais cherché à enfermer les pilotes dans une case en leur imposant une certaine attitude."

"Je me souviens de l’époque où Lewis Hamilton lançait sa collection de mode. Il y a eu ce Grand Prix de Silverstone où il a présenté sa collection Tommy Hilfiger."

Wolff évoque ensuite un exemple encore plus parlant impliquant le triple champion du monde Niki Lauda pour illustrer la situation vécue avec Hamilton.

"Il participait à un défilé de mode à Hong Kong. Il nous a appelés en FaceTime pour dire à quel point il était reconnaissant que Mercedes soit passé de Boss à Hilfiger, ce qui lui permettait d’avoir sa propre collection. Ensuite, il a pris l’avion de Hong Kong pour Los Angeles. À l’époque, Niki [Lauda] m’avait dit : ’Je ne comprends pas pourquoi on autorise cela. On court à Singapour la semaine prochaine’."

"Puis il a dit qu’il devait faire d’autres escales à New York et à Londres. Il m’a appelé le mercredi pour me dire que ce serait très juste pour arriver le jeudi à la première réunion technique. Je lui ai répondu : ’Rends-moi service. Je me fais déjà incendier ici parce que tu fais le tour du monde dans des tenues excentriques’. J’assumerais les critiques tant que tu ne manques ton week-end."

"C’est à ce moment-là qu’il a décroché cette pole position incroyable à Singapour, avec un tour sensationnel. Il a remporté la course en laissant tout le monde loin derrière et, après l’épreuve, il a lancé : ’C’était une bonne affaire, non ?’ Niki m’a alors dit : ’Je ne critiquerai plus jamais rien, même s’il s’envole pour la Lune’."


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