Vibrations, fiabilité, performances : Honda raconte le choc vécu avec Aston Martin F1

Orihara revient avec franchise sur une première moitié de saison en enfer

Vibrations, fiabilité, performances : Honda raconte le choc vécu avec Aston Martin F1
Auteur : Franck Drui
9 août 2026 - 10:25

Le début de l’association entre Honda et Aston Martin devait marquer le lancement d’un projet capable de viser rapidement les victoires et les titres sous la nouvelle réglementation 2026 de la Formule 1. Au lieu de cela, les deux partenaires ont traversé une première moitié de saison extrêmement compliquée, entre problèmes de vibrations, fiabilité défaillante et manque de performances. Aujourd’hui, alors que les premiers signes d’amélioration apparaissent enfin, Honda revient avec franchise sur ce départ manqué et affiche une confiance retrouvée avant la reprise du championnat.

Lorsque Honda a décidé de revenir en tant que motoriste officiel aux côtés d’Aston Martin pour la nouvelle ère réglementaire de la Formule 1, le constructeur japonais arrivait avec un solide bagage. Son précédent programme hybride avait permis à Red Bull et Max Verstappen de conquérir plusieurs titres mondiaux.

En parallèle, Aston Martin semblait disposer de l’un des projets les plus ambitieux du paddock. L’arrivée d’Adrian Newey, l’inauguration du nouveau campus ultramoderne de Silverstone et la confiance affichée par Fernando Alonso dans la possibilité de viser un troisième titre mondial nourrissaient de grandes attentes.

La réalité s’est toutefois révélée bien différente : dès les premiers mois de 2026, Aston Martin s’est retrouvé englué dans les profondeurs du peloton, bataillant davantage avec les nouveaux venus de Cadillac qu’avec les équipes de milieu de grille.

Le principal problème provenait d’importantes vibrations générées par la batterie du groupe propulseur, auxquelles se sont ajoutés de sérieux soucis de fiabilité ainsi qu’un déficit de performances pures.

La situation était même suffisamment grave pour qu’Adrian Newey révèle que l’équipe craignait que ces vibrations puissent provoquer des lésions nerveuses permanentes aux mains de Fernando Alonso et Lance Stroll, illustrant l’ampleur du problème rencontré.

Pour Shintaro Orihara, responsable piste et ingénieur en chef de Honda, ce constat a été particulièrement difficile à accepter.

"Je dirais que cela a été un énorme choc, parce que normalement nous nous attendions à être compétitifs."

"C’est la raison pour laquelle nous sommes revenus en Formule 1. Alors, quand nous avons réalisé que nos performances n’étaient pas au niveau, cela a été un énorme choc. Nous nous y attendions en quelque sorte, mais lorsque nous en avons pris pleinement conscience, cela a vraiment été un choc."

Une déclaration particulièrement directe de la part de l’un des principaux responsables du retour officiel de Honda, qui souligne l’écart entre les ambitions affichées et la réalité vécue lors des premiers mois de cette nouvelle collaboration.

Selon Orihara, les difficultés n’ont pas réellement commencé lors des essais hivernaux, au cours desquels Alonso et Stroll avaient déjà effectué bien moins de kilomètres que leurs rivaux, ni lors du Grand Prix d’Australie où les révélations de Newey avaient surpris le paddock.

Les premiers signes inquiétants étaient apparus plusieurs semaines auparavant.

"La situation empirait progressivement. Elle n’est pas devenue mauvaise du jour au lendemain, mais au début de cette année, en janvier, nous avons compris qu’elle se dégradait."

"L’année dernière, nous n’étions pas parmi les meilleurs, mais nous n’étions pas non plus dans la situation que nous avons connue pendant les essais hivernaux. Les choses se dégradaient et, au début de cette année, nous avons réalisé que nous n’étions probablement pas dans une très bonne position."

Ces vibrations n’ont pas seulement limité le programme d’essais. Elles ont également réduit la fenêtre optimale d’exploitation de la monoplace, tout en compliquant le développement simultané du groupe propulseur et du châssis.

Les problèmes de fiabilité se sont ensuite accumulés, tandis que les difficultés liées au déploiement de l’énergie ont encore davantage pénalisé les performances en course. Alonso et Stroll se sont retrouvés incapables de viser régulièrement mieux que les dernières positions du peloton, devant parfois abandonner prématurément ou utiliser les Grands Prix comme de véritables séances d’essais.

Durant cette période, Mike Krack, directeur des opérations piste d’Aston Martin, répétait que la priorité absolue consistait à comprendre les causes profondes des difficultés plutôt qu’à rechercher immédiatement du temps au tour, estimant que la performance viendrait naturellement une fois les fondations consolidées.

Fernando Alonso avait lui aussi décrit cette première partie de saison comme une longue phase d’apprentissage, tandis que Lance Stroll reconnaissait que certains week-ends, simplement rallier l’arrivée représentait déjà une forme de progrès.

La Hongrie, premier vrai motif d’espoir

Les choses semblent toutefois évoluer dans la bonne direction.

Juste avant la pause estivale, le Grand Prix de Hongrie a constitué le week-end le plus encourageant de la saison pour Aston Martin grâce à une importante évolution du châssis, qui a sensiblement amélioré la plateforme aérodynamique et l’équilibre général de la monoplace.

Cette progression est intervenue indépendamment des travaux réalisés par Honda et laisse penser que l’équipe pourra désormais construire sur cette base, après le point inscrit par Fernando Alonso à Monaco.

Les regards se tournent désormais vers Zandvoort, où Honda doit introduire la première évolution autorisée dans le cadre de son allocation d’Additional Development and Upgrade Opportunities (ADUO).

Dans le cadre des nouvelles règles moteurs de 2026, certains motoristes peuvent bénéficier d’un nombre limité d’évolutions durant la période d’homologation lorsqu’ils accusent un retard de performances suffisamment important par rapport au meilleur groupe propulseur du plateau.

Ce dispositif autorise notamment des modifications ciblées sur certains éléments du moteur thermique afin d’améliorer les performances ou la fiabilité sans devoir concevoir une toute nouvelle architecture.

Le constructeur japonais abordera donc le Grand Prix des Pays-Bas avec sa première évolution moteur de la saison, et Orihara estime que le travail accompli depuis les essais hivernaux permet d’envisager la suite avec optimisme.

"Je suis fier de ce que nous avons accompli, et de ce que les équipes de notre usine ont réussi à faire entre les essais hivernaux et aujourd’hui."

"Nous avons résolu le gros problème de vibrations et nous avons énormément progressé en matière de durabilité ainsi que de gestion de l’énergie."

"Je suis donc assez confiant quant à ce que nous pouvons accomplir, compte tenu de tout ce que nous avons déjà réalisé cette année."

Une reconstruction qui dépasse le simple moteur

Cet optimisme semble désormais partagé au sein d’Aston Martin.

Adrian Newey s’est montré satisfait des progrès apportés par le nouveau châssis, tandis que Fernando Alonso estime que l’équipe dispose enfin d’une base saine sur laquelle poursuivre un développement efficace.

Lance Stroll évoque lui aussi une monoplace devenue beaucoup plus prévisible, preuve que le projet commence enfin à prendre la bonne direction après plusieurs mois passés à gérer les urgences.

Le défi auquel Honda a dû faire face dépassait d’ailleurs les seules difficultés techniques.

Plus tôt cette saison, Adrian Newey avait expliqué qu’Aston Martin n’avait pas pleinement mesuré le nombre d’ingénieurs expérimentés que Honda avait perdus après la fin de son précédent engagement officiel aux côtés de Red Bull.

Cette perte de savoir-faire signifiait que les deux partenaires devaient simultanément reconstruire des secteurs clés de leur organisation tout en développant un tout nouveau groupe propulseur dans le cadre de la plus importante révolution réglementaire connue par la Formule 1 depuis des décennies.

Honda affirme toutefois avoir renforcé son dispositif.

"Cette année, nous avons fait revenir certains de nos experts qui possèdent de l’expérience sur les précédents projets de Formule 1..."

"Nos ingénieurs les plus jeunes, qui ont commencé leur carrière en Formule 1 avec ce projet, ont également énormément appris grâce aux essais hivernaux puis à cette première moitié de saison."

"Je pense donc que notre structure est désormais dans une bonne position pour retrouver les performances et la fiabilité."


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