’Un circuit fou, dangereux’ : les pilotes de F1 s’attendent à de la casse sur le Madring

"J’espère que nous ne provoquerons pas autant de drapeaux rouges !"

’Un circuit fou, dangereux’ : les pilotes de F1 s’attendent à de la casse sur le Madring
Auteur : Franck Drui
11 septembre 2026 - 10:11

C’est le jour J ! Le Madring s’apprête à faire ses débuts en Formule 1 avec les premiers essais libres avec une réputation déjà particulièrement sulfureuse. Après un premier test en Formule 3 marqué par une succession d’incidents, de voitures endommagées et de neutralisations, les pilotes de F1 s’attendent à voir les accidents, drapeaux rouges et voitures de sécurité se multiplier ce week-end à Madrid. Dans le même temps, Carlos Sainz souligne que l’immense emprise du nouveau circuit pourrait permettre de modifier son tracé à l’avenir si les premiers enseignements s’avéraient problématiques.

Le circuit semi-urbain de la capitale espagnole a déjà donné un aperçu de son caractère exigeant lors d’une séance d’essais de Formule 3. Les nombreux incidents et interruptions ont immédiatement attiré l’attention du paddock, au point que plusieurs pilotes de F1 abordent cette première édition avec une certaine prudence. Tour d’horizon de quelques propos forts tenus hier lors de la journée médias.

George Russell reconnaît que son expérience du Madring sur simulateur lui avait permis de comprendre pourquoi le test de F3 avait été aussi mouvementé.

"Quand j’ai entendu parler des 19 drapeaux rouges en Formule 3, j’ai été un peu surpris," a déclaré le pilote Mercedes.

"Quand j’ai piloté sur le circuit dans le simulateur, j’ai été surpris qu’il n’y en ait eu que 19. C’est un circuit fou. C’est probablement l’un des circuits les plus dangereux de tout le calendrier."

Oscar Piastri partage cette impression tout en estimant que le nouveau circuit madrilène possède le potentiel pour offrir un spectacle particulièrement intéressant. Le pilote McLaren n’avait toutefois pas encore effectué son tour de piste à pied lorsqu’il s’est présenté devant les médias jeudi après-midi sur ce nouveau site situé autour du quartier de l’IFEMA, dans le nord-est de Madrid.

"Cela semble comporter de très bons virages, des virages très lents, mais aussi des portions à vitesse moyenne," a expliqué Piastri.

"Je ne sais pas à quel point le circuit sera bosselé, mais d’après certaines photos de la F3 que j’ai vues, il y avait énormément d’utilisation des vibreurs, c’est le moins que l’on puisse dire. Je pense donc qu’il sera intéressant de voir si nos voitures peuvent faire la même chose. J’espère que nous ne provoquerons pas autant de drapeaux rouges !"

Pour autant, Piastri a apprécié son expérience virtuelle une fois qu’il avait trouvé le rythme nécessaire pour enchaîner les différents secteurs.

"Sur le simulateur, une fois que l’on entre dans le rythme, c’était amusant à piloter. Reste à savoir si l’on peut trouver le même rythme dans la réalité, car tout le monde va probablement détruire quelques voitures s’il essaie de tout faire comme je l’ai fait dans le simulateur," a-t-il plaisanté.

"C’est pareil pour tout le monde, mais cela semble avoir le potentiel d’être amusant !"

Max Verstappen a, lui aussi, établi un parallèle direct entre le nouveau circuit madrilène et le très exigeant circuit de la corniche de Djeddah. Le quadruple champion du monde estime que la moindre erreur pourrait rapidement se transformer en accident contre les barrières.

"À certains endroits, lorsque vous avez un tout petit écart, cela peut se terminer par un accident," a expliqué le pilote Red Bull.

"Mais Djeddah, c’est pareil. Il faut simplement gérer cela, essayer de trouver les marges et essayer de garder le tout sous contrôle. Mais, bien sûr, lorsque vous êtes à la limite, il est facile de faire une petite erreur. Mais voyons simplement comment le week-end va se dérouler."

Le circuit de Djeddah, avec ses virages rapides et aveugles bordés de murs en béton, a déjà été le théâtre de nombreux drapeaux rouges et gros accidents depuis son arrivée au calendrier en 2021. Verstappen retrouve une philosophie comparable au Madring, même si le profil de vitesse des deux tracés n’est pas identique.

"Il y a beaucoup plus de virages à basse vitesse, mais la sensation que j’ai est un peu similaire à celle de Djeddah," a-t-il précisé.

L’une des grandes particularités du Madring sera évidemment La Monumental, un virage à droite relevé de 550 mètres avec une pente de 24 %. Cette portion spectaculaire ne ressemble à aucune autre présente actuellement au calendrier.

"Le banking, je pense que c’est génial. Il ne sera pas facile de passer à fond, donc il y aura une part de talent à exploiter, ce qui est toujours une bonne chose."

Pour autant, Verstappen refuse de considérer automatiquement le nouveau circuit comme un terrain sur lequel le talent du pilote pourrait suffire à compenser une éventuelle faiblesse de la monoplace.

"Vous pouvez rendre l’histoire aussi belle que vous le voulez, n’est-ce pas ? Circuit de pilotes ou pas," a-t-il répondu.

"Mais, au bout du compte, en Formule 1, vous avez toujours besoin d’une voiture rapide."

"En tant que pilote, je pense que je suis bien cette année, mais je ne gagne pas de courses. Est-ce que cela signifie que je suis un mauvais pilote ou que je ne suis pas rapide ? Je ne pense pas. Mais ce n’est pas comme si, soudainement, parce qu’il s’agit davantage d’un circuit de pilotes que Monza ou autre, vous pouviez soudainement faire beaucoup mieux. Mais je veux simplement profiter du week-end."

Pierre Gasly s’est montré encore plus catégorique sur le risque de voir les séances interrompues.

"Je parie qu’il y aura un drapeau rouge," a lancé le Français. "C’est assez certain. J’ai percuté pratiquement toutes les barrières dans chaque virage au simulateur. Je sais donc ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire."

Sergio Pérez a, de son côté, qualifié le circuit de "même un peu effrayant," tandis qu’Alex Albon estime que les qualifications pourraient récompenser les pilotes prêts à prendre davantage de risques à proximité des murs.

"Si vous prenez des risques en qualifications, cela peut rapidement vous faire gagner deux dixièmes," a expliqué le pilote Williams.

Le risque de voir les séances interrompues ne dépend toutefois pas uniquement de la difficulté intrinsèque du circuit. Son infrastructure pourrait également compliquer considérablement l’intervention des secours en cas d’accident, comme l’a expliqué Isabel Ornaque, responsable médicale du Madring.

"Il n’y a pas de voies de service ici," a-t-elle révélé.

"Chaque fois que nous devrons intervenir, comme nous l’avons fait pendant les essais F3, nous devrons déployer la voiture de sécurité virtuelle, déployer la voiture de sécurité ou brandir le drapeau rouge pour interrompre la séance."

"La course devra essentiellement être neutralisée ou arrêtée, car il n’y a pratiquement aucune zone de dégagement ici, et celles qui existent sont très petites."

Face à cette perspective, certaines équipes ont même décidé de prendre des précautions supplémentaires en apportant des châssis de rechange complets et prémontés afin de pouvoir faire face à d’éventuels dégâts importants.

Le concepteur initial du circuit, Jarno Zaffelli, de Dromo, ne sera pourtant pas présent pour assister aux débuts de son œuvre en Formule 1. Il a expliqué qu’il était "malheureusement pas le bienvenu," après s’être retrouvé impliqué dans un conflit juridique avec le promoteur à la suite de la résiliation du contrat de Dromo et de l’implication ultérieure d’Hermann Tilke.

Zaffelli reste néanmoins convaincu du potentiel spectaculaire de son circuit et identifie notamment une portion comme particulièrement délicate.

"Les virages 5-6 sont les plus difficiles," a-t-il expliqué.

"Un peu plus loin, vous avez une portion rapide. Là, des pilotes comme Max peuvent montrer ce qu’ils ont dans le ventre, avec les murs tout près."

Carlos Sainz se montre, lui, moins alarmiste sur le circuit et considère surtout que son immense emprise constitue un avantage. Selon le pilote Williams, les organisateurs disposeront d’une marge de manœuvre inhabituelle pour modifier le tracé si les premiers retours des pilotes et des équipes le justifient.

"Je pense que la bonne chose avec ce circuit, c’est qu’il y a tellement d’espace, comme vous avez pu le voir, que je pense que le tracé sera suffisamment flexible pour tenir compte des retours," a déclaré Sainz.

"Je n’écarterais pas le fait qu’à l’avenir, ils puissent modifier la configuration ou l’organisation afin de l’adapter à ce que vous ou les équipes préférez."

L’immensité du nouveau site madrilène se fait d’ailleurs déjà ressentir jusque dans les déplacements des pilotes au sein du paddock. Gabriel Bortoleto en a fait l’expérience dès son arrivée dans l’espace hospitalité jeudi, avec une conséquence très concrète sur son organisation personnelle.

"Pour moi, la seule différence, c’est que je dois modifier mon heure d’arrivée de 15 minutes, car il a fallu pas mal de temps pour arriver dans l’hospitalité aujourd’hui," a plaisanté le pilote Audi devant l’immensité du paddock, qui utilise le parc d’expositions.


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