Ricciardo prévient Antonelli : son plus grand avantage pourrait disparaître

Le talent seul n’explique pas sa réussite

Ricciardo prévient Antonelli : son plus grand avantage pourrait disparaître
Auteur : Franck Drui
1er novembre 2026 - 15:37

À seulement 20 ans, Kimi Antonelli s’apprête ce soir à - probablement - entrer dans l’histoire de la Formule 1 en devenant le plus jeune champion du monde de tous les temps. Avec neuf victoires cette saison, le pilote Mercedes n’a plus besoin que d’un résultat relativement modeste au Grand Prix du Mexique pour décrocher son premier titre. Une réussite spectaculaire qui n’étonne pas Daniel Ricciardo. L’ancien pilote Red Bull estime que la jeunesse et une certaine forme d’insouciance constituent aujourd’hui les plus grandes forces de l’Italien, lui permettant d’aborder la compétition sans le poids psychologique qui finit par s’accumuler avec l’expérience.

Kimi Antonelli pourrait connaître ce dimanche au Mexique le couronnement d’une ascension fulgurante. Pour sa deuxième saison seulement en Formule 1, le pilote Mercedes a remporté neuf Grands Prix et se trouve désormais aux portes d’un premier titre mondial.

Pour être sacré dès ce week-end, l’Italien doit simplement terminer au moins neuvième, ou compter sur le fait que ni George Russell ni Lewis Hamilton ne remporte la course. Etant donné la grille de départ, Antonelli a plutôt intérêt à assurer un bon résultat, ses deux rivaux étant sur la première ligne !

Finir 9e ou mieux et de toute façon largement à sa portée, sauf accident au départ ou en course, ou panne mécanique. Rien n’est donc acquis !

S’il y parvient, à 20 ans, Antonelli deviendrait alors le plus jeune champion du monde de l’histoire de la discipline, améliorant de plus de trois ans le record actuellement détenu par Sebastian Vettel.

Une précocité qui impressionne naturellement les observateurs, mais dont Daniel Ricciardo estime comprendre les mécanismes. L’Australien, qui avait débuté en Formule 1 à 22 ans avant de quitter le championnat à 35 ans, considère que le jeune âge d’Antonelli constitue précisément l’un des principaux ingrédients de sa réussite.

Invité du podcast Beyond The Grid, l’ancien pilote Red Bull a développé une théorie selon laquelle le manque d’expérience peut paradoxalement représenter un avantage considérable dans un environnement aussi exigeant que la Formule 1.

Pour Ricciardo, la force d’Antonelli réside notamment dans sa capacité à aborder chaque course avec une certaine innocence, sans être encore marqué par les déceptions, les doutes ou les décisions difficiles qui accompagnent généralement une longue carrière.

"Un ami m’a posé une question sur Kimi Antonelli l’autre jour, et je lui ai répondu : ’L’ignorance est un super-pouvoir.’ Vous savez, ce que j’essaie vraiment de dire, c’est que ’être jeune’ est un super-pouvoir. Je ne cherche absolument pas à être méchant envers lui," a expliqué Ricciardo.

"Être jeune est un super-pouvoir, être ignorant et ne pas encore avoir été autant exposé au monde et à toutes ces choses."

Ricciardo se souvient avoir lui-même ressenti cette sensation lorsqu’il a rejoint Red Bull Racing en 2014, après ses premières saisons chez HRT et Toro Rosso.

"Je me souviens de ma première année chez Red Bull Racing. On est naïf, on est jeune, on est ignorant. Je ne sais pas, tout semble facile, tout vient naturellement, et on se dit simplement : ’Oh, waouh, je gagne, c’est cool, je vais continuer à gagner, parce que je suis le meilleur’."

Un parallèle avec son arrivée chez Red Bull en 2014

Le parcours de Ricciardo présente effectivement certaines similitudes avec celui d’Antonelli.

En 2014, l’Australien avait été promu dans l’équipe principale Red Bull après le départ à la retraite de son compatriote Mark Webber. Il avait alors rejoint Sebastian Vettel, quadruple champion du monde en titre et référence incontestée de l’écurie autrichienne.

Contre toute attente, Ricciardo avait remporté les trois seules victoires de Red Bull cette saison-là, surpassant nettement son prestigieux coéquipier.

Douze ans plus tard, Antonelli se retrouve dans une situation comparable chez Mercedes, où il a pris l’ascendant sur George Russell, pourtant considéré comme le pilote de référence de l’équipe avant le début de la saison.

Ricciardo tient toutefois à préciser qu’il ne cherche pas à comparer directement leurs performances respectives. Il voit surtout dans ces deux situations l’illustration d’un avantage psychologique dont peuvent bénéficier les jeunes pilotes.

"Je ne veux pas me comparer à lui ou quoi que ce soit, mais il y a cette force que représente le fait d’être jeune dans certaines situations, alors que ce sport et le monde peuvent être très intenses. Et au fil des années, on finit simplement par accumuler un bagage..."

"En ce moment, je pense qu’il est dans cette période idéale où il est évidemment très talentueux, très rapide, mais où il n’a pas encore vraiment accumulé de bagage. Donc c’est simplement : ’Allons courir’. Il n’y a pas vraiment d’autres choses qui se passent dans sa tête, et c’est un super-pouvoir."

Ricciardo reconnaît que cette simplicité d’approche s’est progressivement estompée au cours de sa propre carrière. Après ses succès initiaux avec Red Bull, l’Australien a dû faire face à des décisions importantes, notamment celle de quitter l’écurie autrichienne à la fin de la saison 2018 pour rejoindre Renault.

Un choix qui, avec le recul, a nourri des interrogations sur la direction prise par sa carrière et sur les résultats qu’il espérait obtenir.

"Cela est devenu beaucoup plus difficile pour moi au fil des années. Même, évidemment, la décision prise en 2018 de quitter Red Bull... Ce sont des choses que l’on finit forcément par remettre en question, et au fil des années, on se dit : ’Je n’ai pas vraiment trouvé le succès, ou peut-être pas de la manière dont je l’avais imaginé’."

"Ces questions reviennent sans cesse. ’Est-ce que cette décision était la bonne ? Maintenant que j’ai fait ceci, est-ce que c’était le bon choix ?’ Encore une fois, c’est une accumulation de beaucoup de choses, et je pense qu’à la fin, j’ai dû aller chercher très profondément en moi pour retrouver quelque chose qui, auparavant, venait tout simplement facilement. Je n’avais pas vraiment besoin de réfléchir, c’était simplement là."

Reste à savoir comment le jeune pilote Mercedes évoluera au fil des saisons, lorsque les attentes, les responsabilités et les éventuelles déceptions viendront enrichir cette expérience que Ricciardo décrit aujourd’hui comme un bagage parfois difficile à porter.

Gunther Steiner a lui aussi évoqué l’avenir d’Antonelli.

"Absolument," a répondu Steiner lorsqu’on lui a demandé s’il pensait qu’Antonelli connaîtrait une carrière plus brillante que celle de Vettel. "Vettel était un très bon pilote, mais il a aussi su être au bon endroit au bon moment. D’ailleurs, lorsqu’il a rejoint Ferrari, il n’y avait plus grand-chose à espérer. Sebastian était très performant, mais il ne possédait pas ce talent exceptionnel que l’on retrouve chez Max Verstappen ou, selon moi, chez Kimi."

Invité à préciser s’il pensait qu’Antonelli remporterait plus de quatre titres de champion du monde, Steiner a confirmé : "Oui !"


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