Règlement F1 2026 : la FIA avait anticipé le fiasco, pourquoi elle n’a pas pu agir plus tôt

Tombazis affirme que les défauts étaient bien connus

Règlement F1 2026 : la FIA avait anticipé le fiasco, pourquoi elle n’a pas pu agir plus tôt
Auteur : Franck Drui
3 août 2026 - 10:02

La FIA rejette les accusations selon lesquelles elle aurait sous-estimé les difficultés engendrées par le nouveau règlement technique de la Formule 1 en 2026. Face aux critiques de plusieurs pilotes, dont Carlos Sainz et Max Verstappen, l’instance dirigeante affirme avoir identifié les principaux écueils bien avant le début de la saison. Selon elle, ce ne sont pas un manque d’anticipation ou une erreur d’analyse qui sont en cause, mais l’opposition des motoristes à certaines modifications réglementaires proposées avant même que les nouvelles monoplaces ne prennent la piste.

Les difficultés rencontrées par les monoplaces 2026 en matière de gestion de l’énergie, particulièrement mises à nouveau en évidence lors du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps, ont relancé le débat autour des règles techniques. Sur un circuit réputé pour ses longues lignes droites et ses enchaînements rapides, les limites du nouveau règlement sont de nouveau apparues au grand jour, poussant plusieurs pilotes à s’interroger sur les choix effectués lors de son élaboration.

Carlos Sainz, directeur de l’Association des pilotes de Grand Prix (GPDA), s’était montré particulièrement critique, taclant entre les lignes Mercedes F1.

"Ceux qui ont vu les simulations en 2022 et 2023, sans se dire : ’Comment pouvons-nous accepter cela ?’, doivent vraiment se demander ce qui s’est passé, parce que cela n’aurait jamais dû arriver."

"Max et Red Bull avaient alerté. D’autres ont minimisé."

Lewis Hamilton avait lui aussi pointé du doigt les décideurs à l’origine de ces règles.

"Je ne sais pas qui a pris cette décision, mais quelle que soit cette personne, elle occupe toujours son poste aujourd’hui."

Le directeur des monoplaces de la FIA, Nikolas Tombazis, reconnaît que les pilotes ont exprimé leur mécontentement sur plusieurs aspects du règlement 2026. Il assure toutefois que la fédération avait parfaitement conscience des risques bien avant le lancement du championnat.

Selon lui, le véritable obstacle provenait du système de gouvernance de la Formule 1, qui empêchait la FIA d’imposer seule les modifications qu’elle jugeait nécessaires.

Comme cela avait déjà été révélé l’an dernier, une ultime tentative avait été menée au début de l’année 2026 afin de limiter à 200 kW le déploiement maximal de puissance électrique en course. Cette proposition a finalement été rejetée.

Revenant sur les critiques des pilotes, Tombazis explique : "Les pilotes sont, par définition, des clients très exigeants. Nous ne nous attendons donc pas à ce qu’ils édulcorent leurs propos ou qu’ils ne disent pas ce qu’ils pensent."

"Nous avions anticipé une grande partie des problèmes qu’ils dénoncent, durant les deux années précédant le début de la saison, et nous avons essayé d’apporter plusieurs ajustements."

"Mais nous avons échoué à cause du système de gouvernance qui était en place. C’était donc, de façon réaliste, une situation à laquelle il fallait s’attendre."

Le veto des motoristes a bloqué les évolutions

Dans le cadre de la préparation de la nouvelle réglementation 2026, un Comité consultatif sur les groupes propulseurs (Power Unit Advisory Committee) avait été créé afin de protéger les intérêts des constructeurs déjà présents comme de ceux qui rejoignaient la discipline.

Pour qu’une modification importante soit adoptée, il fallait obtenir l’accord de la FIA, de Formula One Management (FOM) ainsi que de quatre des cinq motoristes impliqués à l’époque. Un seuil particulièrement élevé.

Tombazis estime néanmoins que ce système était indispensable pour garantir une concurrence équitable, notamment vis-à-vis des nouveaux arrivants.

"Si un constructeur de groupes propulseurs qui ne participait pas encore à la Formule 1, comme Audi par exemple, arrivait en disant : ’Puisque nous ne courons pas encore, nous allons dépenser cinq fois plus d’argent’, cela aurait été totalement injuste."

"C’est précisément pour cette raison qu’un accord de gouvernance a été mis en place afin qu’ils soient soumis aux mêmes règlements, qu’ils soient financiers, opérationnels ou autres."

"Mais, en contrepartie, cela limitait notre capacité, en tant que FIA, à modifier unilatéralement les règles."

"Toute évolution devait donc être approuvée par un nombre significatif de constructeurs de groupes propulseurs. Pour les changements que nous souhaitions apporter, il nous fallait au moins quatre votes favorables."

La raison de l’échec est simple selon Tombazis.

"Très simplement, nous n’avons jamais obtenu l’accord de quatre constructeurs au cours des années durant lesquelles nous avons discuté de ces ajustements."

Des mesures d’urgence finalement adoptées

Face aux difficultés observées lors des premières courses de la saison, la Formule 1 a finalement réagi.

À partir du Grand Prix de Miami, disputé en mai, plusieurs mesures d’urgence destinées à améliorer la gestion de l’énergie des monoplaces ont été introduites.

Par ailleurs, un plan d’évolution réglementaire a été validé. Il prévoit d’abandonner la répartition théorique de puissance de 50 % entre le moteur thermique et la partie électrique pour évoluer vers un partage de 60/40 d’ici 2028, avec un passage à 58/42 dès l’an prochain.

Même si ces changements ont obtenu le soutien nécessaire, Tombazis regrette qu’ils n’aient pas pu être mis en œuvre plus tôt.

"C’est un peu dommage que nous ayons dû attendre jusque-là. Nous avons discuté de ces sujets en mai afin de préparer les règlements de 2027 et 2028."

"Idéalement, nous aurions dû le faire deux ans plus tôt, et nous n’aurions probablement jamais eu tout ce débat."

Un spectacle qui reste convaincant selon la FIA

Malgré les critiques entourant les règles techniques, Tombazis estime que le spectacle offert par la Formule 1 n’a pas réellement souffert.

Il souligne notamment que, contrairement à d’autres débuts d’ères réglementaires, une seule équipe n’a pas complètement écrasé la concurrence.

"Je dirais que la plupart des courses ont été très intéressantes. Nous avons assisté à beaucoup de bagarres en piste."

"Certes, un constructeur bénéficie actuellement d’un avantage clair, mais lors des précédents changements de règlement, les courses étaient beaucoup plus processionnelles."

"Aujourd’hui, même si Mercedes a remporté la plupart des courses, les Grands Prix sont malgré tout restés très animés, avec de nombreux dépassements et beaucoup de changements de position."

Pour Tombazis, il convient donc de conserver une vision globale de la situation.

"Nous devons trouver le bon équilibre. Les pilotes sont évidemment des acteurs essentiels de notre sport. C’est pourquoi je pense que nous avons eu raison de beaucoup les écouter et d’agir en conséquence."

"Nous devons aussi penser aux spectateurs. Ils veulent voir des dépassements, des changements de position et des courses passionnantes."


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