Problèmes à résoudre et avenir : ce que Budkowski a déjà prévu pour Cadillac F1
L’équipe entame une nouvelle ère après sa phase de construction
Le changement de direction opéré par Cadillac F1 pendant la trêve estivale a marqué le début d’une nouvelle phase pour la jeune écurie américaine. Après avoir permis à l’équipe de construire ses fondations et d’accéder à la grille en 2026, Graeme Lowdon a été remplacé avec effet immédiat par Marcin Budkowski. Un choix qui traduit une volonté désormais claire : passer de la construction de l’équipe à la résolution de ses problèmes techniques et à l’amélioration de sa compétitivité.
L’arrivée de Cadillac en Formule 1 avait pourtant été particulièrement convaincante compte tenu des circonstances. L’écurie avait réussi à se présenter au départ du championnat après une préparation menée dans des délais extrêmement courts, au point d’être rapidement comparée aux structures établies. Le contraste avec les difficultés rencontrées par certaines équipes expérimentées en début de saison avait même renforcé cette impression.
Mais la première moitié de saison a également mis en évidence plusieurs faiblesses. La fiabilité a notamment constitué un problème récurrent, avec des soucis de surchauffe, de freinage et de suspension. Les problèmes de freins ont encore frappé en Hongrie, où la Cadillac de Valtteri Bottas a notamment été victime d’un début d’incendie. Ces défaillances ont empêché l’équipe d’accumuler le kilométrage indispensable pour comprendre suffisamment vite le comportement de sa MAC-26.
C’est dans ce contexte que le remplacement de Lowdon est intervenu. Plusieurs sources estiment que l’ancien directeur de l’équipe était devenu davantage orienté vers les aspects commerciaux que vers les problématiques techniques, alors que Cadillac entrait précisément dans une phase où ces dernières devenaient prioritaires. Son parcours expliquait en partie cette situation : malgré son passé d’ingénieur, Lowdon avait surtout occupé des fonctions de direction générale lors de son expérience la plus récente en Formule 1, chez Manor et Marussia.
Le départ de Lowdon ne s’est d’ailleurs pas limité au directeur de l’équipe. Lucy Genon, responsable de la communication, a également quitté ses fonctions au même moment, tandis que Fiona Hewitson, assistante personnelle de Dan Towriss, avait été remerciée juste avant la trêve estivale.
La décision de changer de direction était d’autant plus significative que Lowdon avait joué un rôle déterminant dans la construction de Cadillac. Son mandat avait notamment consisté à créer l’organisation, recruter les collaborateurs et faire entrer l’équipe sur la grille dans un délai extrêmement court. Mais une fois cette première mission accomplie, la nécessité de disposer d’une expertise technique plus poussée s’est imposée.
La situation était devenue d’autant plus délicate que Lowdon aurait, selon les informations rapportées, été réticent à s’appuyer sur certaines ressources techniques proposées par General Motors. Cette attitude aurait frustré Dan Towriss, alors que l’intégration des compétences du constructeur américain constitue précisément l’un des atouts majeurs du projet Cadillac. Le déménagement dans les nouvelles installations de Silverstone, intervenu juste avant Zandvoort, a finalement offert une fenêtre pour lancer cette nouvelle étape.
Budkowski découvre une équipe construite dans l’urgence
Pour succéder à Lowdon, Cadillac a choisi un profil radicalement différent. Marcin Budkowski possède une longue expérience technique en Formule 1, notamment comme directeur technique à Enstone, mais également une expérience de direction exécutive acquise chez Renault puis Alpine. Son parcours comprend aussi des fonctions chez McLaren, où il a été responsable de l’aérodynamique, ainsi qu’à la FIA, où il a travaillé comme conseiller technique avant de prendre la tête du département concerné.
Son arrivée a coïncidé avec l’installation de Cadillac dans sa nouvelle usine de Silverstone. Budkowski a passé plusieurs jours à découvrir les locaux, rencontrer les employés et analyser l’organisation mise en place par son prédécesseur. Il a notamment été impressionné par le nouvel espace dédié à l’ingénierie, organisé autour d’un podium sur lequel est installé un modèle de la Cadillac de Formule 1.
"J’ai eu une bonne première impression lorsque je suis entré, notamment de l’environnement de travail, qui constitue clairement une étape supérieure par rapport à ce dont disposait l’équipe jusqu’alors, avec une structure provisoire dans l’enceinte du circuit de Silverstone," a-t-il expliqué.
Le Polonais n’a cependant pas prétendu avoir immédiatement une vision complète de la situation. Son arrivée a été particulièrement rapide, puisqu’il a quitté l’usine pour rejoindre Zandvoort au dernier moment.
"Les deux derniers jours m’ont permis de commencer à m’y plonger, mais il me faudra encore quelques jours ou quelques semaines pour avoir une vision complète," a-t-il reconnu.
"Mais je commence déjà à voir certaines choses sur lesquelles nous allons devoir nous concentrer fortement et que nous allons devoir prioriser au cours des prochaines semaines. Ensuite, il me faudra du temps pour comprendre pleinement l’organisation et voir ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré."
Budkowski a également tenu à rendre hommage à Lowdon, conscient de prendre les commandes d’une structure dans laquelle son prédécesseur avait rapidement créé une forte loyauté.
"J’ai une immense admiration et un immense respect pour ce qu’il a réussi à mettre en place en si peu de temps," a-t-il souligné.
Cette reconnaissance n’empêche pas Budkowski d’identifier les conséquences des décisions prises dans l’urgence. Cadillac devait créer une équipe complète, concevoir et construire une monoplace, l’homologuer et la préparer aux essais en quelques mois seulement.
"Je suis impressionné, après avoir vu où les gens travaillaient auparavant et sachant à quel point les délais étaient serrés pour construire une équipe à partir de zéro, concevoir, construire et homologuer une voiture à temps pour les essais, puis aller tester. Ces gars ont fait un travail remarquable."
Mais cette course contre la montre a également laissé des traces.
"Dans le même temps, avec le temps dont ils disposaient, ils ont dû prendre certains raccourcis, et certains de ces raccourcis nous posent aujourd’hui quelques problèmes parce que... ces gars sont partis à la guerre, et les décisions que l’on prend en temps de guerre sont différentes de celles que l’on prend en temps de paix."
Budkowski estime ainsi que le résultat aurait pu être différent avec davantage de temps.
"Je pense que s’ils avaient eu deux ou trois ans au lieu d’un, ils auraient procédé un peu différemment. Dans certains domaines, ils auraient fait mieux."
"Ce n’est pas une critique parce que, compte tenu du temps dont ils disposaient, je ne pense pas que beaucoup de gens auraient pu faire ce qu’ils ont fait. C’est donc une excellente base. C’est un excellent point de départ."
Fiabilité : la priorité absolue de Cadillac
La priorité de Budkowski apparaît déjà clairement : fiabiliser la MAC-26 afin de permettre à l’équipe de recueillir davantage de données et de progresser plus rapidement. Les problèmes de freins sont notamment plus complexes qu’ils ne peuvent le sembler de l’extérieur.
"Il y a des problèmes de fiabilité qui ne sont peut-être pas au niveau auquel on s’attend dans une équipe de Formule 1, mais il existe une énorme complexité dans certains domaines. Le freinage en est un."
"Il y a eu quelques erreurs en matière de conception et de matériaux, etc. Elles vont être corrigées. C’est une chaîne d’événements malheureuse, d’une certaine manière, parce que les défaillances des freins n’ont pas une seule et unique origine."
"C’est une succession de choses différentes : c’est l’une de ces situations où, lorsque vous corrigez un problème, quelque chose d’autre tombe en panne, et vous apprenez au fur et à mesure."
Cette situation est particulièrement pénalisante pour une nouvelle équipe, qui ne dispose pas de l’immense base de données accumulée par ses rivales au fil des années.
"C’est douloureux parce qu’à ce stade, nous sommes vraiment dans une phase d’apprentissage. Nous avons besoin de kilométrage, nous avons besoin de tours pour accumuler autant d’apprentissages et de données que possible."
Et Budkowski insiste sur un handicap structurel majeur : "Beaucoup d’équipes s’appuient sur des données issues de plusieurs années de compétition. Nous, nous partons d’une base de données vide et nous devons corriger les problèmes importants simplement pour obtenir davantage de données et apprendre davantage. C’est donc l’une des priorités évidentes. Mais s’ils étaient simples, ils auraient déjà été résolus."
La nouvelle réglementation 2026 complique encore la tâche.
"Toutes les équipes rencontrent des problèmes de jeunesse avec une voiture complètement nouvelle, un nouveau règlement et une nouvelle unité de puissance. Nous en avons significativement plus que les autres équipes parce que nous sommes une nouvelle équipe et que nous apprenons tout."
Préparer déjà la prochaine F1
Budkowski ne veut cependant pas que Cadillac consacre toute son énergie à sauver sa première saison. Une partie du travail doit déjà préparer la monoplace de 2027, en capitalisant sur les enseignements accumulés avec la MAC-26.
L’équipe dispose d’une jeunesse importante dans ses rangs. Beaucoup de ses ingénieurs sont brillants et très motivés, mais ils ne bénéficient pas encore de l’expérience collective accumulée par les équipes historiques.
"Beaucoup de gens dans l’usine ont conçu des voitures, et certains en ont conçu plusieurs. Mais une chose m’a frappé lorsque j’ai parcouru les bureaux le premier matin : il y a beaucoup de jeunes, de jeunes diplômés, de jeunes ingénieurs, de jeunes concepteurs, extrêmement brillants, talentueux et motivés."
"Mais ils n’ont pas l’expérience, la force et la profondeur que possèdent beaucoup d’autres équipes. Les équipes construisent une sorte de connaissance collective. Il y a l’expérience et les connaissances individuelles, mais aussi ce que l’on pourrait appeler l’ADN d’une voiture : l’histoire d’un groupe de personnes qui construit des voitures depuis des années."
Cadillac doit donc commencer à bâtir son propre ADN.
"Certaines voitures ont une meilleure motricité, etc. C’est en quelque sorte intégré à l’expérience collective. Il n’y a rien de tout cela dans ce groupe."
"Cette voiture est donc encore davantage un prototype, et ce groupe de personnes a désormais l’expérience d’avoir conçu une voiture ensemble. Cela les aidera certainement pour l’année prochaine. Il y a donc beaucoup de leçons apprises ; certaines peuvent encore être appliquées cette année, mais pour la plupart, nous devrons attendre l’année prochaine."
Cadillac cherche également à renforcer son encadrement avec des profils expérimentés venus d’autres équipes. Des discussions avancées sont notamment en cours avec Paul Monaghan et Craig Skinner, en provenance de Red Bull.
Silverstone, Indianapolis et Cologne : Cadillac veut jouer sur plusieurs tableaux
La transformation de Cadillac ne concerne pas uniquement son organisation interne. L’équipe construit également une infrastructure à la mesure de ses ambitions. Sa nouvelle base de Silverstone constitue désormais un véritable centre opérationnel, tandis que General Motors apporte ses ressources américaines, notamment depuis ses installations de Caroline du Nord. L’équipe utilise par ailleurs la soufflerie Toyota de Cologne.
À plus long terme, le dispositif américain va prendre de l’ampleur. Cadillac construit une installation ultramoderne à Fishers, près d’Indianapolis, tandis que le département chargé de sa future unité de puissance General Motors prend forme dans la région de Charlotte.
L’objectif est donc de déplacer progressivement une partie du centre de gravité de l’équipe vers les États-Unis, sans pour autant abandonner le Royaume-Uni.
Le projet initial prévoyait notamment de conserver à Silverstone la conception et certaines activités de production rapide.
"Ce que nous allons conserver à Silverstone... l’idée est que la conception reste au Royaume-Uni pendant encore un bon moment. Pour ce que nous avons appelé la fabrication à réaction rapide, donc des éléments comme les ailerons avant et les fonds plats que vous changez d’une course à l’autre, nous allons probablement les conserver au Royaume-Uni."
"La fabrication, nous allons la transférer aux États-Unis assez rapidement, tout en conservant toujours une capacité au Royaume-Uni, puis, au fil du temps, nous commencerons à transférer d’autres éléments."
"Je suppose donc que notre prochaine grande décision concerne la soufflerie et, pour moi, il est logique de construire la soufflerie aux États-Unis."
"Pour le moment, nous utilisons une soufflerie (Toyota) en Allemagne. Pour moi, la différence entre aller en Allemagne et aller aux États-Unis pour les essais en soufflerie n’est en réalité pas très importante."
"Si vous utilisez une soufflerie à distance, vous devez avoir une sorte de centre de contrôle, exactement comme nous en avons pour les courses. Peu importe donc qu’elle soit en Allemagne ou aux États-Unis. Et, de toute façon, la fabrication sera aux États-Unis."
"D’une certaine manière, c’est même plus simple. L’électricité, ces installations consomment énormément d’électricité, et l’électricité coûte environ trois fois moins cher aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Et cela entre dans le plafond budgétaire !"
Un avantage pour recruter les meilleurs talents ?
Cette transformation géographique pose néanmoins une question majeure : comment attirer et conserver les meilleurs spécialistes de la Formule 1 alors que la majorité du savoir-faire historique du championnat reste concentrée en Grande-Bretagne ?
La "Motorsport Valley" britannique regroupe plusieurs équipes dans une zone géographique relativement réduite, ce qui facilite les recrutements et limite les bouleversements personnels pour les employés. Même Ferrari, Racing Bulls ou Audi doivent tenir compte de cet aspect lorsqu’ils cherchent à attirer des profils travaillant dans l’une des équipes britanniques.
Budkowski estime pourtant que le double ancrage de Cadillac peut devenir un avantage.
"Je pense que cela nous donne en réalité un accès plus large aux talents, et vous avez raison... le centre de gravité se déplace."
Il ne s’agit toutefois pas de simplement vider Silverstone pour remplir Indianapolis.
"Mais il existe un centre de gravité pour chaque élément de l’équipe, la conception aérodynamique reste concentrée à Silverstone, avec la soufflerie à Cologne."
"D’autres domaines seront très fermement établis à Indianapolis, et ce que nous essayons réellement de faire, c’est transformer cela en avantage en nous donnant un bassin de recrutement plus large. Ce n’est pas une question de déplacer des activités de Silverstone à Indianapolis."
"Il s’agit de construire des choses à Indianapolis et, pour le moment, nous disposons d’un réseau de fournisseurs fiables et de très grande qualité, mais nous travaillons avec certains d’entre eux pour développer progressivement des capacités à Indianapolis."
Budkowski reconnaît néanmoins l’ampleur du défi.
"Ce n’est donc pas la chose la plus simple au monde à réaliser parce que, si c’était le cas, tout le monde le ferait, et clairement, ce n’est pas le cas."
Le debriefing du GP des Pays-Bas
Avec un peu de retard, nous tiendrons notre debriefing du Grand Prix ce mardi 1er septembre à 20h30. Ce sera aussi l’occasion de revenir sur tous les nouveaux contrats des pilotes prolongés et d’évoquer Monza !
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