Pour Liberty Media, être fan de F1 ne signifie plus regarder toutes les courses
Une nouvelle vision de la consommation de la Formule 1
Faut-il encore regarder toutes les courses pour se considérer comme un véritable passionné de Formule 1 ? Pour Derek Chang, directeur général de Liberty Media, la réponse est non. Le dirigeant américain estime que la manière de suivre le championnat a profondément évolué, au point que les réseaux sociaux, les résumés et les contenus consacrés à l’univers de la F1 occupent désormais une place aussi importante dans les habitudes de nombreux supporters. Une vision qui suscite toutefois des critiques chez certains fans historiques, inquiets de voir le spectacle et le divertissement prendre progressivement le pas sur la compétition elle-même.
La transformation de la Formule 1 sous l’impulsion de Liberty Media continue de susciter des débats. Depuis sa prise de contrôle des droits commerciaux du championnat, le groupe américain a multiplié les initiatives pour élargir son audience et développer la présence de la discipline au-delà des seuls week-ends de Grand Prix.
Cette stratégie repose notamment sur les réseaux sociaux, les contenus numériques et une approche plus large du divertissement, destinée à toucher des publics qui ne suivent pas nécessairement toutes les séances ou toutes les courses.
À l’occasion d’un récent événement organisé à Austin, Derek Chang, directeur général de Liberty Media, est revenu sur cette évolution.
Selon lui, les habitudes des supporters ont tellement changé qu’il n’est plus indispensable de regarder systématiquement les Grands Prix pour être considéré comme un fan de Formule 1.
"Aujourd’hui, on ne considère plus vraiment la F1 comme quelque chose qui impose d’assister à chaque course ou de regarder chaque Grand Prix à la télévision pour être un fan."
"Nous aimerions que chaque personne qui s’intéresse à la F1 suive la discipline 24 heures sur 24, assiste à toutes les courses ou regarde chaque Grand Prix à la télévision, mais nous savons bien que cela n’arrivera pas, n’est-ce pas ?"
Pour Derek Chang, l’intérêt suscité par la Formule 1 ne peut plus être mesuré uniquement à travers les audiences télévisées des Grands Prix ou la fréquentation des circuits.
Le dirigeant met notamment en avant les différentes formes d’engagement qui permettent aux supporters de rester connectés au championnat entre les courses.
Les réseaux sociaux, les résumés des événements, les présentations des prochains Grands Prix ou encore les contenus consacrés au mode de vie des pilotes et à l’univers de la F1 constituent désormais des éléments importants de cette relation avec le public.
Chang s’appuie sur une statistique pour illustrer l’ampleur de ce phénomène.
"L’une des statistiques importantes dont nous disposons, c’est que 60 % de nos fans, et nous parlons de centaines de millions de fans à travers le monde, interagissent quotidiennement avec la F1."
"Évidemment, nous ne courons pas tous les jours. Il s’agit donc de contenus qui peuvent être des résumés, des présentations des prochaines courses ou encore des contenus liés au style de vie."
Cette évolution permet à la Formule 1 de maintenir une présence quotidienne auprès de son public, y compris durant les périodes sans Grand Prix.
Elle reflète également la stratégie de Liberty Media, qui cherche à faire de la discipline une marque de divertissement suivie tout au long de l’année, et non plus uniquement un championnat sportif dont l’actualité serait concentrée sur les week-ends de course.
Une vision qui ne convainc pas tous les passionnés historiques
Les déclarations de Derek Chang n’ont cependant pas été accueillies favorablement par l’ensemble des fans.
Certains fans de longue date ont critiqué cette conception élargie de ce que signifie suivre la Formule 1, estimant qu’elle risque de minimiser l’importance du public traditionnel.
Pour ces passionnés, regarder chaque Grand Prix a longtemps constitué un élément fondamental de leur attachement à la discipline, bien avant le développement des réseaux sociaux et la multiplication des contenus numériques.
Les critiques portent notamment sur l’orientation de plus en plus marquée de Liberty Media vers le divertissement et sur la place accordée aux contenus qui ne concernent pas directement la compétition.
Cette approche nourrit la crainte de voir la Formule 1 privilégier la conquête de nouvelles audiences au détriment des supporters historiques, pour lesquels les performances en piste et le déroulement du championnat restent au cœur de l’intérêt pour ce sport.
Les propos de Chang ne signifient pas que Liberty Media souhaite détourner les spectateurs des courses. Ils traduisent plutôt la volonté du groupe de reconnaître différentes manières de consommer la Formule 1, sans considérer le suivi intégral des Grands Prix comme une condition indispensable pour appartenir à sa communauté de fans.
Mais cette distinction illustre aussi le décalage qui peut exister entre la vision commerciale de Liberty Media et les attentes d’une partie du public traditionnel.
Alors que la Formule 1 continue de développer son audience mondiale, le défi pour ses dirigeants reste donc de concilier ces nouvelles habitudes de consommation avec l’attachement des passionnés historiques à la compétition sportive.
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