Polémique sur les V6 : les pilotes sont-ils devenus les jouets de l’IA ?
Le déploiement moteur efface la responsabilité du pilote
Le Grand Prix de Belgique a laissé des traces chez les pilotes, quant à leur opinion sur la révolution réglementaire de 2026. De nombreux acteurs du paddock ont critiqué publiquement les défauts des nouveaux V6 sur les longues lignes droites ardennaises : en raison des exigences énergétiques, les pilotes se retrouvaient souvent à court de batterie en fin de ligne droite, comme à Blanchimont, et devaient décélérer, ce qui a donné des images embarrassantes. De plus les déploiements erratiques de l’énergie, souvent décidés par des logiciels ou l’IA de manière parfois imprévisible ou arbitraire, ont renforcé le côté artificiel de la course.
Parmi les pilotes ayant souffert de problèmes de déploiement moteur, figure Oscar Piastri. L’Australien estime que la F1 perd une part de son identité avec ce nouveau règlement moteur qui prive les pilotes du contrôle de leur propre monoplace en lignes droites.
"Même avec les moteurs hybrides précédents, il y avait une grande part d’apprentissage, de codage et d’IA, dans une certaine mesure. Quand je suis arrivé en Formule 1, ces moteurs étaient incroyablement matures, mais la pénalité d’avoir des choses légèrement incorrectes ou légèrement déréglées était aussi considérablement moindre, car cela représentait un si petit pourcentage de la puissance globale obtenue."
"Alors que cette année, c’est fondamentalement la moitié de votre puissance, donc la moindre petite différence ou quoi que ce soit qui ne fonctionne pas tout à fait bien a un impact massif, particulièrement sur un circuit comme Spa."
"Et non, nous n’avons plus ou moins aucun contrôle sur l’endroit où le déploiement d’énergie se produit. On peut appuyer sur le bouton de boost, mais c’est davantage pour les dépassements qu’en qualifications, particulièrement."
"Comme je l’ai dit à Spa, quand on a ces différences là-bas sur lesquelles on n’a aucun contrôle, cela peut être frustrant. Je suis sûr que ça va s’améliorer. Je ne m’attends pas à ce que ça disparaisse complètement un jour, mais à mesure que les constructeurs comprendront mieux les choses et assimileront davantage les restrictions réglementaires, sur ce que le code peut et ne peut pas faire, on espère que la situation s’améliorera un peu."
Selon Oscar Piastri, les pilotes ne sont-ils devenus que les jouets des algorithmes des IA, qui décident du déploiement de la puissance moteur ?
"Parfois, oui. Encore une fois, sur un circuit comme Spa ou Silverstone, ce sera pire. Ici, à Budapest, je ne m’attends vraiment pas à ce qu’il y ait beaucoup de problèmes avec ce genre de choses, car les lignes droites sont beaucoup plus courtes, donc même s’il y a des différences, elles devraient être bien moindres. »
"Mais le principe de piloter une voiture de course qui perd effectivement la moitié de sa puissance avant la fin de la ligne droite est parfois difficile à concevoir. Même à Spa, une grande partie du deuxième secteur se faisait uniquement sur le moteur à combustion, sans aucune assistance de la batterie, ce qui est une sensation étrange en soi, d’avoir certains virages avec une certaine quantité de puissance et d’autres avec la pleine puissance."
"Spa a été particulièrement frustrant, pas seulement pour moi mais pour pas mal d’autres, parce que ces petites différences dans le code et dans le comportement des moteurs ont fait une différence assez importante sur le temps au tour. Surtout aux avant-postes, il n’y avait encore que neuf centièmes ou quelque chose comme ça qui séparaient quatre positions, et il y avait assurément plus de neuf centièmes sur la table pour un bon nombre de pilotes à cause de choses qu’ils ne pouvaient pas contrôler."
La F1, pour contrer ces problèmes structurels, va faire évoluer la répartition moteur thermique-batterie à 60 % - 40 % d’ici deux ans (contre 50-50 aujourd’hui). Mais pour Oscar Piastri, cela ne réglerait rien à la question.
"Encore une fois, pour tout expliquer, il me faudrait beaucoup de temps, et probablement quelqu’un qui s’y connaît mieux que moi. Mais cela restera un facteur tant que nous aurons ces moteurs, dans une certaine mesure."
"Plus on réduit le pourcentage de la partie électrique, plus l’effet sera faible, évidemment. Mais pour ce qui est de la réglementation sur les unités de puissance que nous avons, il y a beaucoup de règles et de restrictions, et beaucoup de choses qu’il faut contourner. D’une certaine manière, avoir un peu plus de liberté résoudrait peut-être un peu cela."
Enfin le pilote McLaren F1 pointe les problèmes de sécurité que ces différentiels de vitesse posent pour les pilotes.
"Il y a évidemment la question de savoir comment cela joue sur la sécurité, puis les vitesses de rapprochement aléatoires et ce genre de choses, il n’y a donc pas de réponse parfaite. Cela restera un facteur dans une certaine mesure tant que nous aurons ces moteurs, mais ça va s’améliorer. À quel point, il faudra attendre et voir."
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