Norris détaille son ambitieux projet d’équipe junior pour les pilotes

Lando passe à l’offensive pour les jeunes talents qui rêvent de F1

Norris détaille son ambitieux projet d’équipe junior pour les pilotes
Auteur : Franck Drui
4 septembre 2026 - 12:31

Champion du monde de Formule 1, Lando Norris a décidé de mettre une partie de son expérience et de ses ressources au service de la relève. Le Britannique vient de lancer LN4 Fusion, une nouvelle équipe destinée à évoluer dans les catégories juniors, ainsi que le LN4 Legacy Programme, consacré à l’accompagnement individuel de jeunes pilotes avec l’ambition de les mener jusqu’à la Formule 1. Un projet d’envergure dont les premières retombées ont été immédiates, avec plusieurs centaines de candidatures reçues en seulement une heure.

À la veille du Grand Prix d’Italie, Norris a officiellement présenté LN4 Fusion, une équipe de monoplaces qui doit participer à la Formule 4, à la Formule 3 et, sous réserve d’obtenir l’approbation nécessaire, à la Formule 2.

En parallèle, le Britannique a créé le LN4 Legacy Programme, une structure distincte davantage tournée vers la détection et l’accompagnement de jeunes talents. Ce programme sera dirigé par Julian Rouse, ancien directeur sportif d’Alpine.

Le projet est né plus tôt que Norris ne l’avait initialement imaginé. Dans le paddock de Monza, le champion du monde a expliqué que l’idée avait toutefois germé depuis plusieurs années au sein de son entourage.

"Je ne dirais pas que nous, avec mon équipe personnelle, en avons déjà vraiment parlé sérieusement, mais nous avons toujours plus ou moins pensé que ce serait une idée sympa à réaliser à un moment donné," a expliqué Norris.

"Je ne pensais probablement pas que je le ferais aussi tôt. Certaines choses se sont mises en place, et certains groupes se sont réunis. Des opportunités se sont présentées."

La concrétisation du projet a donc nécessité plusieurs mois de préparation. Les premières discussions avaient débuté dès l’année précédente, avant que les différents éléments ne puissent finalement être réunis pour permettre son lancement en 2026.

"C’est un processus qui a pris du temps, depuis le moment où nous avons commencé à en parler, déjà l’année dernière, jusqu’à sa transformation en véritable projet cette année. Donc je ne sais pas si c’est long ou non lorsqu’on parle de créer quelque chose comme ça," poursuit le pilote McLaren.

"Mais je pense que l’essentiel, c’est que nous avons simplement beaucoup de personnes très expérimentées, venant d’un peu tous les horizons. Nous avons été capables de réunir les différentes pièces assez rapidement, je dirais. C’est une très bonne chose."

Plusieurs centaines de candidatures en une heure

L’intérêt suscité par LN4 Fusion n’a d’ailleurs pas tardé à dépasser les attentes. Alors que Norris entend rapidement constituer des équipes capables d’évoluer sur les différents échelons de la pyramide menant à la F1, les premières offres d’emploi ont attiré un nombre considérable de candidats.

"Les réactions ont été formidables. Je sais que René [Rosin, directeur de l’équipe LN4 Fusion] a dit qu’il avait reçu plus de quelques centaines de candidatures pour des emplois en l’espace d’une heure environ après l’annonce," révèle Norris.

Cette mobilisation concerne aussi bien les pilotes que les différents métiers indispensables au fonctionnement d’une équipe de course.

"Il y a beaucoup d’attraction de la part de nombreux pilotes, mais aussi de mécaniciens, d’ingénieurs, de toutes les personnes qui permettent à une équipe, une grande équipe, de fonctionner. Je suis fier en tant qu’individu, mais aussi fier que nous ayons été capables de mettre sur pied quelque chose de vraiment spécial."

Pour diriger LN4 Fusion, Norris a choisi un homme qui connaît parfaitement les catégories de promotion : René Rosin. L’Italien avait contribué à faire de Prema l’équipe de référence de la pyramide avant la sortie brutale de la famille Rosin de la structure l’année dernière.

Sous sa direction, Prema avait remporté la grande majorité de ses plus de 40 titres dans les différents championnats auxquels l’équipe avait participé. Norris connaît lui-même très bien cette formation puisqu’il l’a affrontée pendant une grande partie de sa carrière avant la F1.

Le Britannique avait notamment mis fin à la série de six titres consécutifs de Prema en Formule 3 en 2017, lorsqu’il courait pour Carlin.

"Beaucoup de ces personnes sont des gens que je connais depuis longtemps. Je connais René depuis de nombreuses années, et j’ai couru contre Prema depuis la F4, donc depuis 2015," se souvient Norris.

"Je le connais très bien de réputation, et je le connais personnellement assez bien, tout comme mon équipe autour de moi."

Le choix de Rosin répondait surtout à la volonté de bâtir une structure capable de s’inscrire dans la durée.

"Nous voulions donc constituer un groupe qui possède de l’expérience et qui sait comment diriger une équipe, et pas seulement créer une bonne équipe, que ce soit uniquement en F3 ou uniquement en F2, mais être capable de mettre en place un projet et quelque chose sur le long terme, savoir comment réunir les gens."

L’expérience accumulée par Norris depuis son arrivée dans l’univers de la Formule 1 a également influencé son choix.

"J’ai aussi pu constater au cours des sept dernières années ce qui fait un bon dirigeant, ce qui fait une bonne équipe, et une grande partie de cela commence par la personne tout en haut. Et il est cette personne."

"C’est simplement quelqu’un de très sympathique, un gars avec qui on peut prendre plaisir à discuter, mais aussi quelqu’un qui adore ce qu’il fait, c’est-à-dire gagner et créer une équipe performante, réunir les gens, maximiser les choses."

"C’était donc le choix évident au bout du compte. Il était disponible et c’était l’homme que nous voulions."

Piastri et Bearman saluent le retour de Rosin

Le choix de René Rosin a rapidement été salué dans le paddock de la Formule 1. Oscar Piastri connaît particulièrement bien l’Italien et la famille Rosin puisqu’il a remporté avec Prema les titres de Formule 3 et de Formule 2 qui lui ont permis d’accéder à la catégorie reine.

"J’ai de très bons souvenirs avec René, ainsi qu’avec la famille Rosin chez Prema," confie le pilote McLaren.

"Je ne peux vraiment pas dire assez de bien de cette famille, à la fois en tant que personnes et pour le succès qu’elle est capable d’obtenir."

Piastri ne s’attend donc pas à voir LN4 Fusion jouer les seconds rôles dans les catégories juniors.

"Je ne m’attends certainement pas à ce que cette équipe soit lente, c’est certain."

Oliver Bearman, lui aussi ancien pilote de Prema, a également salué l’initiative de Norris et le choix de Rosin.

"C’est une initiative vraiment sympa," estime le pilote Ferrari Academy.

"Il a choisi une très bonne personne pour diriger l’équipe, avec René. Il a dirigé l’équipe junior la plus performante de l’histoire. C’est donc vraiment sympa de le voir revenir."

"Je suis vraiment heureux de cela, et j’espère qu’il pourra également poursuivre cet héritage pour lui-même, pour son père et pour sa famille. C’est quelque chose de vraiment, vraiment formidable."

Comment Norris trouve-t-il le temps ?

La taille du projet soulève néanmoins une question évidente : comment Norris peut-il gérer une telle entreprise tout en étant engagé à plein temps dans le championnat du monde de Formule 1 ?

Alex Albon, pilote Williams, s’est lui-même interrogé sur cette capacité à mener de front plusieurs activités.

Lorsqu’il lui a été demandé s’il aimerait lui aussi créer un projet comparable, le Thaïlandais a répondu sans hésitation : "Oui, je le ferais."

Albon reconnaît toutefois que l’exemple donné par Norris est particulièrement impressionnant compte tenu des contraintes imposées par la F1.

"C’est impressionnant à bien des égards, parce que j’ai l’impression d’avoir déjà beaucoup trop de choses à gérer simplement en essayant de faire ce sport, alors encore moins d’autres championnats."

"Mais c’est très sympa de le faire. Je pense que c’est noble de voir son travail revenir aux racines de tout cela."

Albon pourrait lui-même envisager une implication similaire à l’avenir, même s’il ne se voit pas nécessairement créer une équipe de course.

"Que ce soit plus tôt ou plus tard, je ne sais pas, mais j’aimerais faire quelque chose, peut-être pas des équipes de course, mais trouver un moyen d’aider les enfants soit à progresser, soit à obtenir leur chance dans le sport automobile."

Pour Norris, la réponse à cette question tient essentiellement à la qualité de l’équipe qu’il a réunie autour de lui. Le Britannique bénéficie déjà d’une organisation capable de gérer ses nombreuses activités en dehors de la piste, notamment le succès rencontré par le "Landostand" lors du Grand Prix de Grande-Bretagne et d’autres opérations commerciales.

Cette organisation permet au champion du monde de rester concentré sur son activité principale tout en développant son image, notamment grâce à la couleur jaune vif associée à sa marque personnelle, et en utilisant sa propre notoriété pour attirer des investisseurs.

"Une grande partie de tout cela se passe en arrière-plan," explique Norris.

"J’ai aussi été capable de me concentrer vraiment sur mon propre travail et de me concentrer sur le fait de piloter vite."

Le pilote McLaren veut donc éviter que son nouveau projet ne perturbe son activité en Formule 1.

"Je suis donc heureux que cela puisse fonctionner de manière très indépendante par rapport à moi. Nous avons de très bonnes personnes qui dirigent l’ensemble du projet, mais je peux aussi simplement en faire partie lorsque j’en ai la possibilité. C’est formidable."

Aider les pilotes un par un

LN4 Fusion ne constitue toutefois qu’une partie du projet de Norris. Le LN4 Legacy Programme poursuit une ambition différente : identifier des pilotes prometteurs et leur apporter le soutien nécessaire pour tenter de les conduire jusqu’à la Formule 1.

"Le Legacy Programme vise davantage à sélectionner des individus, des personnes dont je pense qu’elles peuvent atteindre la F1, et dont nous pensons qu’elles peuvent atteindre la F1, puis à essayer de les aider un par un," explique Norris.

Le Britannique reconnaît toutefois que les ressources nécessaires pour accompagner un grand nombre de pilotes seraient considérables.

"C’est notre objectif initial. Quand on parle de centaines de milliers, on parle toujours de millions de dollars pour aider une seule personne."

"Quand on veut aider un groupe beaucoup plus important, cela signifie qu’il faut beaucoup plus d’argent. Nous devons commencer quelque part, et je suis heureux d’essayer d’aider au moins une personne pour commencer, puis nous travaillerons sur deux, puis trois, puis quatre et cinq."

"Mais le projet plus important n’est pas seulement de savoir ce qu’une seule chose ou un seul pilote peut faire. Si vous voulez aider des régions et des économies plus importantes, qui partent simplement d’une situation moins favorable pour commencer à courir et permettre aux gens de réaliser leur rêve, c’est beaucoup plus vaste que le simple fait que je fasse mon travail et que j’essaie d’aider."

Pour lui, une évolution structurelle du sport automobile sera indispensable afin de rendre la compétition accessible à davantage de jeunes.

"Cela nécessite le sport lui-même, cela nécessite beaucoup plus de travail de la part de la F1, de la FIA, des entreprises de karting. C’est tout simplement trop cher, donc vous ne pouvez pas compter uniquement sur des personnes pour financer davantage de pilotes. Il faut trouver d’autres moyens de rendre l’accès à la course plus facile pour les gens, particulièrement sur le plan financier."

Norris pointe notamment le coût des différentes étapes de la pyramide.

"Il faut réduire d’une manière ou d’une autre les coûts des équipes, la possibilité de faire des essais, le simple fait de s’inscrire en F2. La F2 coûte plus de 2 millions de dollars, ou je pense 2 millions d’euros, pour commencer. Il faut bien commencer quelque part."

"Ma capacité à agir commence avec une personne, et c’est déjà un gros projet, et je pense qu’il est plus important que ce que les gens imaginent, mais je veux développer cela. Cela prend du temps."

Le projet de Norris s’inscrit également dans une tendance plus large parmi les pilotes actuels.

"Évidemment, j’ai mon propre kart. Je sais que d’autres pilotes, Daniel [Ricciardo] notamment, ont lancé des projets pour permettre à davantage d’enfants de se lancer dans la course automobile. C’est certainement mon plan, mais ceci n’est que le début."

Le champion du monde espère pouvoir progressivement élargir son programme grâce à de nouveaux soutiens.

"Avec le temps, et avec davantage de partenaires qui nous rejoindront, plus d’argent et plus de soutien, nous pourrons en faire un moyen d’aider davantage de personnes à travers le monde."

Norris n’est déjà plus le seul pilote à vouloir transmettre

L’initiative de Norris semble déjà inspirer d’autres membres du plateau. Mais il ne faut pas oublier que Max Verstappen a été un précurseur, même si le Néerlandais ne s’est pas attaqué aux filières côté monoplaces.

"Ce que fait Lando est bien. C’est difficile en ce moment. Les coûts ne cessent d’augmenter ; plus on peut les aider, mieux c’est. Certains grands talents n’ont pas beaucoup de moyens financiers."

Verstappen s’investit déjà beaucoup dans la formation de pilotes, notamment via la simulation de course et ses propres activités dans le sport automobile, plutôt axés autour du GT3.

"Nous formons aussi avec le simulateur de nombreux pilotes issus de la Formule 2, de la Formule 3 et de la Formule 4." a indiqué le pilote Red Bull. "Je suis très heureux de ce que je fais."

Sergio Pérez révèle qu’il prépare lui aussi un projet personnel. Le pilote Cadillac a salué la démarche de Norris et explique être lui-même arrivé à un stade de sa carrière où il souhaite aussi transmettre son expérience.

"C’est vraiment bien ce que Lando a fait. De mon côté, je suis également à un moment de ma carrière où j’aimerais faire quelque chose," explique Pérez.

"Je prépare quelque chose avec mon manager, Khalil Beschir, pour le futur proche."

"Nous pourrons en parler dans les prochains mois, mais nous travaillons définitivement sur quelque chose de notre côté parce que nous aimerions rendre quelque chose au sport et aider également les jeunes générations."

Pierre Gasly, qui a lui aussi couru pour Prema, s’est également montré enthousiaste à l’idée de voir Norris s’impliquer dans les catégories de promotion.

"Je pense que c’est vraiment formidable. C’est très bien. Je suis très heureux de voir Lando arriver et rejoindre la Formule 2 et la Formule 3. Je pense que ce qu’il met en place pour les jeunes pilotes est brillant."

"Et c’est formidable de voir l’un des nôtres essayer réellement de rendre quelque chose à notre sport. Et oui, je pense que c’est une excellente initiative, et probablement un très bon moment pour lui pour le faire également après être devenu champion du monde."

Gasly s’attend lui aussi à voir d’autres pilotes suivre cette voie de la transmission.

"Je suis donc heureux de le voir avoir sa propre équipe. Pour moi, je ne sais pas. C’est certainement quelque chose que nous verrons davantage à l’avenir et probablement davantage de pilotes essaieront de s’impliquer. Nous verrons mais, dans l’ensemble, oui, c’est une excellente nouvelle."

Oliver Bearman, qui connaît lui aussi parfaitement le parcours de Prema, insiste enfin sur l’enjeu financier qui rend l’accès au sport automobile toujours plus difficile.

"Je pense que c’est vraiment formidable de voir ce que fait Lando, de redonner à la communauté d’une certaine manière et de permettre à de jeunes pilotes d’avoir accès au sport automobile, parce que ce sport devient de plus en plus cher et de plus en plus inaccessible."

Le Britannique considère donc l’initiative de Norris comme particulièrement pertinente, tout en renouvelant ses compliments envers René Rosin.

"Ce que fait Lando est formidable, c’est une initiative vraiment sympa, et il a également choisi une très bonne personne pour diriger l’équipe avec René. Il a probablement dirigé l’équipe junior la plus performante de l’histoire. C’est donc vraiment sympa de le voir revenir."

Et comme Piastri et Gasly, Bearman se réjouit de voir la famille Rosin retrouver les catégories juniors.

"Je suis vraiment heureux de cela, et j’espère qu’il pourra également poursuivre cet héritage pour lui-même, pour son père et pour sa famille. C’est quelque chose de vraiment, vraiment formidable."


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