Les patrons sont-ils vraiment contents que leurs pilotes soient consultés sur le règlement F1 ?
Les intérêts ne peuvent-ils pas parfois diverger ?
Alors que la FIA vient d’apporter de notables changements à sa règlementation pour ce Grand Prix à Miami, une fois n’est pas coutume, les pilotes ont été consultés par la FIA et la FOM – et se disent très satisfaits de l’avoir été.
L’appétit venant en mangeant, Lewis Hamilton a même estimé que les pilotes devaient être absolument consultés de cette manière à l’avenir, être associés à la Commission F1, notamment pour tous les prochains changements de règlement.
Les patrons sont-ils cependant bien d’accord ? En effet, les souhaits des pilotes (des voitures plus légères, des moteurs plus bruyants, etc.), en tout cas de certains, peuvent entrer parfois en contradiction avec les désirs des manufacturiers.
Frédéric Vasseur, chez Ferrari, estime-t-il donc que Lewis Hamilton a raison ? Et que les pilotes devraient tout le temps s’asseoir autour de la table avec les équipes, la FIA et la FOM ?
« Nous cherchons encore la table ! Non, un bon exemple est que les pilotes ont participé aux discussions sur la modification du moteur lors des récentes réunions. Cela s’est bien passé. Bien sûr, ils ont des points de vue différents et il n’est pas toujours facile de trouver un compromis. Mais ils font partie de la discussion et ils continueront d’en faire partie, tout comme nous les écoutons, discutons avec eux et transmettons en quelque sorte leurs retours à la FIA lorsque nous débattons de la réglementation. Ils ne sont absolument pas exclus du système. »
James Vowles est le patron, chez Williams F1, du directeur du GPDA, Carlos Sainz. L’Espagnol a été très vocal sur les failles de la révolution réglementaire de 2026 et Vowles est donc heureux qu’il ait été entendu.
« Je partage cet avis. Je sais que Carlos a été, par exemple, consulté. Nikolas [Tombazis] a fait du bon travail en l’intégrant, en posant les questions avant que nous ne passions par ce changement de réglementation pour s’assurer que lui et d’autres fassent partie de ce processus. Les faits sont là. Nous sommes probablement déjà trop nombreux autour de la table pour discuter, car on finit par tourner en rond. Ajouter cinq personnes de plus ne va pas aider. »
« Mais ce qui se passe en coulisses, par exemple, c’est qu’un formulaire a été mis en place pour s’assurer que les pilotes puissent donner leur avis sur certains aspects. Avoir un représentant, que ce soit lors d’une réunion préparatoire avec la FIA ou pendant la réunion elle-même, est probablement assez judicieux. Nous devons simplement nous assurer que nous n’allons pas dans la direction d’un seul motoriste en faisant preuve de partialité, et que nous entendons véritablement l’opinion sur ce qui est requis de la part des pilotes. »
Les intérêts des pilotes peuvent cependant parfois diverger avec ceux des constructeurs… Le patron de Williams F1 ne le craint pas ?
« Je peux parler pour les pilotes que j’ai. Leurs intérêts vont dans le sens de ceux du sport. Je suis plutôt pragmatique à ce sujet et, là encore, c’est facile pour moi d’en parler car nous ne jouons pas les premiers rôles. Mais la raison pour laquelle nous avons du succès sur le plan commercial est que le sport se porte à merveille et continue de croître d’année en année. Alex [Albon] et Carlos reflètent cela dans leurs commentaires. Cela n’est pas conçu pour ce qui rendra Williams meilleure. C’est conçu pour ce qu’ils veulent en tirer au maximum en tant que pilotes et ce qu’ils considèrent comme étant le bon produit pour le sport. Tant que nous abordons les choses sous cet angle, il n’y a aucun problème. »
Mattia Binotto, chez Audi, se permet tout de même rappeler que la FIA et la FOM ont et auront toujours une place prééminente dans les négociations, notamment pour les futurs Accords Concorde…
« Tout d’abord, nous devons nous rappeler qu’il y a un organe de gouvernance, la FIA, qui rédige la réglementation. Personne d’autre ne le fait. Et quand on regarde vers 2031, qui sera en dehors des Accords Concorde, ce seront encore eux qui décideront pleinement de l’avenir. La FIA écoute simplement tout le monde pour s’assurer que ce qu’ils proposent va dans la bonne direction, et c’est un processus tout à fait approprié. »
« Je ne crois pas que les pilotes auront plus d’influence que par le passé. Ils sont simplement écoutés, comme ils ont pu l’être auparavant, ce qui reste un processus sain. Nous sommes face à une toute nouvelle réglementation, vraiment inédite, très différente de ce qui se faisait avant, et la FIA fait le bon choix en écoutant, en discutant et en réunissant autour de la table des techniciens, des ingénieurs, des directeurs d’équipe et des pilotes. Comme Fred l’a souligné, il est déjà difficile de modifier notre réglementation en pleine saison, et pourtant cela s’est produit. Cela a été possible parce qu’il y a eu un large consensus autour de ces changements, et la seule façon d’y parvenir est de s’assurer d’avoir bien écouté tout le monde pour trouver un terrain d’entente. »
Frédéric Vasseur souligne aussi que si le sport se porte si bien aujourd’hui, c’est d’abord grâce aux changements impulsés par la FIA et surtout la FOM et Liberty Media. On peut donc leur faire confiance…
« Les pilotes sont impliqués dès le premier jour dans les discussions car les retours que nous avons, en tant qu’équipe, sur la voiture reposent également sur leur expérience. Cela signifie qu’ils font partie intégrante des débats. Ensuite, il faut garder à l’esprit que nous avons une gouvernance. Si le sport se porte bien, c’est aussi parce que cette gouvernance fonctionne et que nous avons été capables d’apporter des changements. »
« Honnêtement, j’ai été très surpris que nous puissions accomplir quelque chose en cours de saison car c’était... non pas étrange, mais un peu exceptionnel : dans ce genre de situation, chacun cherche à tirer son propre avantage, et nous avons pourtant réussi à aller de l’avant. C’était une bonne étape, et les pilotes sont pleinement impliqués dans la discussion. »
« Il y a aussi des pilotes qui se font plus entendre que d’autres. Certains ont été très loquaces en 2022 au sujet de la réglementation, d’autres beaucoup moins, et c’est comme ça à chaque nouvelle réglementation. C’est dans l’ADN des pilotes. Ils veulent se battre, ils veulent être au sommet, et il est certain qu’un George Russell ou un Kimi Antonelli se feront peut-être un peu moins entendre que d’autres gars en fond de grille. »
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