La F1 veut alléger ses voitures, mais les patrons disent non au ravitaillement !
L’objectif est soutenu, pas l’idée pour y arriver
Alors que la Formule 1 réfléchit déjà à l’après-2030, avec le retour annoncé des moteurs V8 au plus tard en 2031 et une volonté affichée de réduire le poids des monoplaces, le ravitaillement en carburant fait de nouveau partie des pistes évoquées pour y arriver. Une perspective qui ne convainc pourtant pas James Vowles, Peter Bayer et Ayao Komatsu, tous trois opposés à un retour des arrêts pour remettre de l’essence.
La réduction du poids des monoplaces constitue l’un des enjeux majeurs des prochaines évolutions réglementaires de la Formule 1. Alors que la discipline envisage le retour des V8 à l’horizon 2030-2031, la question de la masse embarquée pourrait notamment relancer une pratique abandonnée depuis 2010 : le ravitaillement en carburant pendant les courses.
Sur le papier, la possibilité de partir en course avec une voiture plus légère pourrait contribuer à réduire le poids des monoplaces et à modifier les stratégies. Mais pour les patrons de Williams, Racing Bulls et Haas, l’intérêt sportif d’un tel retour est loin d’être évident.
Ayao Komatsu est même très clair sur le sujet, après avoir été interrogé sur son intérêt personnel pour les ravitaillements.
"Personnellement, je ne suis vraiment pas un grand fan du ravitaillement. Je ne le suis pas du tout même. Est-ce que j’ai dit que je l’étais ? Je ne le suis pas," lance le patron de Haas avec une pointe d’ironie pour appuyer son propos.
Le Japonais estime notamment que cette pratique compliquait la lecture d’une course pour les spectateurs, tout en modifiant la logique des qualifications.
"Même lorsque je regardais la Formule 1 de l’extérieur, le ravitaillement rendait simplement la course très difficile à comprendre pour un spectateur assis dans les tribunes."
Komatsu préfère ainsi une approche dans laquelle le pilote dispose d’une monoplace la plus légère possible lorsqu’il doit aller chercher la performance maximale.
"J’aime par contre l’idée qu’en qualifications, la voiture soit la plus légère possible et que le pilote puisse tout donner. Pour ça, oui. Donc, pour résumer, je ne suis pas favorable au ravitaillement en course, notamment en raison du poids, des coûts et de tout ce que cela implique. Je ne suis vraiment pas un grand fan."
Bayer : "Cela n’ajoute pas beaucoup au spectacle"
Peter Bayer partage largement cette analyse. Le PDG de Racing Bulls possède d’ailleurs une expérience particulière sur le sujet, puisqu’il avait participé à des réflexions menées avec la FIA et la Formule 1 sur les moyens d’améliorer le spectacle.
À l’époque, le ravitaillement avait déjà été envisagé comme une solution susceptible de dynamiser les Grands Prix.
"Je me souviens que lorsque je travaillais encore avec la FIA, nous avions un groupe de travail avec la Formule 1, avec Ross Brawn et son équipe, sur la manière d’améliorer le divertissement et le spectacle," raconte Bayer.
"L’une des grandes idées avancées par certaines personnes était le ravitaillement. Nous avons donc étudié très en profondeur les images historiques et les données dont nous disposions."
"Cela a montré qu’en dehors de quelques images très spectaculaires et dangereuses, le ravitaillement n’avait pas vraiment apporté quoi que ce soit au sport, parce que la plupart des dépassements avaient soudainement lieu dans la voie des stands."
Pour Bayer, le problème est donc fondamentalement sportif : déplacer une partie de la bataille de la piste vers les stands ne constituerait pas nécessairement un progrès.
"Je ne serais donc pas vraiment favorable à cette idée, parce qu’il est démontré qu’en réalité, cela n’ajoute pas beaucoup au spectacle."
Vowles craint des courses trop prévisibles
James Vowles rejoint ses homologues sur le fond, même si le patron de Williams ajoute une dimension différente à son argumentation. Il commence d’ailleurs par une remarque beaucoup plus personnelle.
"J’ai un avis similaire. Très personnellement, c’est assez chaud de porter une combinaison de course lorsque l’on est sur le muret des stands, donc je préférerais ne pas avoir à revivre cela," plaisante-t-il.
Mais au-delà du confort des membres des équipes, Vowles estime que le ravitaillement pourrait surtout rendre les courses plus faciles à anticiper.
"Ce qui se passerait également, c’est que nous pourrions fondamentalement prédire exactement à quel moment la voiture va s’arrêter. Vous allez toujours amener la voiture au bout de sa charge de carburant, parce que c’est à ce moment-là qu’elle est la plus rapide."
"Cela signifie que vous pouvez prédire ce qui va se passer : savoir si quelqu’un est sur une stratégie à deux, trois ou un arrêt, et cela ne change pas grand-chose au final."
Un phénomène qui serait encore accentué par la quantité d’informations désormais accessible au public.
"Aujourd’hui, avec l’exposition dont nous bénéficions auprès du monde extérieur, tout le monde commencerait à avoir accès à ces informations. Cela enlève donc pour moi une bonne partie de l’intrigue."
Pour les trois dirigeants, le véritable enjeu n’est finalement pas de rejeter l’objectif de réduction du poids des monoplaces. C’est plutôt le moyen d’y parvenir qui pose question.
James Vowles soutient pleinement l’idée d’alléger les voitures, mais refuse d’en faire une justification suffisante pour réintroduire le ravitaillement.
"Je pense que le concept derrière cette idée est plutôt : ’Gardons une masse de voiture faible’. Et je suis totalement favorable à cela. Je pense cependant que revenir au ravitaillement n’est pas la bonne solution pour y parvenir."
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