La F1 va-t-elle vraiment vers la neutralité carbone en 2030 ?

Les derniers chiffres sont encourageants mais…

La F1 va-t-elle vraiment vers la neutralité carbone en 2030 ?
19 juin 2026 - 08:55

Où en est la F1 sur sa trajectoire de neutralité carbone (net zero) pour 2030 ? Eh bien, les choses avancent dans le bon sens, mais peut-être pas assez vite. La F1 a dévoilé en effet, dans son dernier Rapport d’Impact, une diminution globale de 35 % de son empreinte carbone par rapport à l’année de référence de 2018. Mais l’échéance de 2030 se rapproche dangereusement… tandis que les chiffres même de la FOM peuvent être contestables.

Au cours des huit dernières années, précise la FOM dans son communiqué, la collaboration entre les différents départements a permis d’éliminer près de 80 000 tCO2e (tonnes d’équivalent CO2).

Comme nous le rappelons souvent dans ces colonnes, la consommation de carburant (la pollution des F1 roulant en Grand Prix) ne cause que moins de 1 % de ces émissions. L’essentiel revient à la logistique, aux déplacements et aux infrastructures.

La F1 a donc haussé le jeu sur le fret (le matériel transporté par les équipes), le secteur le plus polluant avec les déplacements physiques. Le recours à l’avion est progressivement délaissé au profit du fret maritime et de plateformes de distribution régionales. Même si une fois encore, cet objectif semble être contradictoire avec la volonté de multiplier des GP partout dans le monde…

La F1 s’active pour atteindre la neutralité carbone

Voici ainsi les dernières avancées promises par la FOM sur ce plan :

  • Réduction des vols : D’ici 2030, plus de la moitié de l’équipement lié à la diffusion télévisuelle ne transitera plus par voie aérienne.
  • Baisse des émissions : La logistique affiche une chute de 21 % de ses émissions face aux chiffres de 2024, soit une économie de près de 20 000 tCO2e.
  • Carburant maritime : Pour accompagner la hausse du fret par bateau, un premier investissement dans des carburants maritimes durables a été déployé en 2025. Désormais, des solutions à faible empreinte carbone sont activées sur l’ensemble des réseaux de transport (terre, mer, air).

Quant au déplacement physique de personnels des équipes, la F1 assure avoir accompli, également, des progrès importants :

  • Le bilan carbone des déplacements a fondu de 27 % (plus de 21 000 tCO2e) par rapport à 2018.
  • Les investissements de l’ensemble de la discipline dans le Carburant d’Aviation Durable (SAF) ont doublé chaque année depuis 2024.
  • Ce carburant, qui diminue d’environ 80 % les rejets polluants par vol, a permis de faire chuter les émissions des vols charters d’environ 40 % (plus de 20 000 tCO2e sauvées).

Les équipes annoncent aussi avoir engagé des efforts notables, notamment dans leurs usines en basculant vers les énergies renouvelables. Les résultats sont drastiques a priori : les émissions des infrastructures (usines) ont plongé de 64 % par rapport à 2018 (soit plus de 37 000 tCO2e éliminées) et de 14 % par rapport à 2024.

Les Grands Prix se veulent également plus propres en bords de piste... L’augmentation du nombre de courses (passées de 21 en 2018 à 24 aujourd’hui) n’a pas empêché , selon la F1, la réduction de l’impact carbone sur les événements. Grâce à une collaboration étroite avec les promoteurs, les manches européennes de 2025 ont été alimentées par des sources d’énergie bas carbone, telles que des panneaux solaires, des parcs de batteries et du biocarburant HVO (huile végétale hydrotraitée). Cette initiative a généré une baisse de 17 % des émissions inhérentes aux opérations sur place (une économie supérieure à 1 000 tCO2e par course).

Domenicali vante les efforts écologiques de la F1

Du côté de la FOM, c’est bien sûr l’autosatisfaction.

Stefano Domenicali, président-directeur général de la Formule 1, s’est ainsi réjoui de ces avancées : « En Formule 1, nous agissons et démontrons nos réussites par des faits, pas seulement par des paroles. Je suis incroyablement fier que nous restions en bonne voie pour atteindre le zéro émission nette d’ici 2030, un résultat rendu possible par l’effort collectif de l’ensemble de notre sport pour réduire notre impact environnemental. De la rationalisation du calendrier à des investissements accrus dans les carburants durables et les solutions énergétiques alternatives, nous avons réduit notre empreinte alors même que le sport continue de croître et de toucher de nouveaux publics à travers le monde. Je tiens à remercier la FIA, toutes les équipes de F1, nos diffuseurs, partenaires, promoteurs et, bien sûr, notre propre équipe pour leur engagement partagé et pour continuer à faire progresser cette initiative ensemble. »

Ellen Jones, responsable de la durabilité de la Formule 1, a ajouté quelques précisions techniques : « La durabilité sous-tend chacune des décisions que nous prenons, non seulement sur la piste, mais aussi dans la manière dont nous produisons et organisons nos événements emblématiques partout dans le monde. En doublant l’investissement du sport dans le carburant d’aviation durable (SAF), en réalisant notre premier investissement dans le carburant maritime durable et en continuant à travailler en étroite collaboration avec les promoteurs, les équipes et les partenaires, nous favorisons de nouvelles réductions d’émissions tout en accélérant l’adoption des technologies les plus récentes. »

« Ces actions démontrent notre détermination continue à montrer la voie par l’innovation durable. Alors que nous progressons vers notre objectif de zéro émission nette d’ici 2030, le programme des futures opérations de course (Future Race Operations Programme) permettra de réaliser d’autres réductions significatives dans les années à venir, parallèlement au plein impact de la rationalisation du calendrier, qui entre en vigueur dès la saison 2026. Ensemble, ces initiatives prouvent que des opérations durables sont non seulement possibles à l’échelle mondiale, mais qu’elles peuvent être menées sans compromettre la performance, l’ambition ou le spectacle qui définissent la Formule 1. »

Des chiffres à prendre avec prudence ?

Comme nous vous le rapportions cependant, le cabinet d’études Greenly avait quelque peu tenu récemment à relativiser les chiffres avancés par la FOM. Ceux-ci ne prennent pas en compte, en effet, une source de rejets d’émission majeure : les déplacements des spectateurs (plus de 300 000 sur chaque week-end parfois) se rendant sur les Grands Prix.
Or en ajoutant ces données, le volume d’émissions serait… 600 % plus élevé que les chiffres de la FOM !

Pour rappel, le discours officiel de la FOM est le suivant : la saison 2025 a rejeté 168 720 tonnes de CO₂ sur 24 Grands Prix, réparties principalement entre...

• Logistique (transport du matériel) : 37%
• Déplacements des équipes et du personnel : 36%
• Les usines et installations : 14%
• Les opérations sur les circuits : 13%
• Les monoplaces en piste : moins de 1%

Mais dans son étude, Greenly estimait qu’au total, une saison de F1 dégageait 875 767 tCO₂e supplémentaires non-prises en compte par la FOM, dont :

• Les déplacements des spectateurs : 655 600 tCO₂e
• L’hébergement : 122 326 tCO₂e
• La restauration : 49 201 tCO₂e
• Le merchandising : 20 049 tCO₂e
• Les diffusions télévisées et streaming : 28 081 tCO₂e
• Consommations sur place : 509 tCO₂e

La bataille des chiffres, un grand enjeu communicationel et réputationnel, est donc loin d’être finie !


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