John Barnard souhaite une F1 plus libre techniquement et moins tournée vers le spectacle
Il fustige une discipline devenue ’artificielle’ sous l’influence américaine
Figure majeure de l’histoire technique de la Formule 1, John Barnard porte un regard particulièrement sévère sur la direction prise par la discipline moderne. Le Britannique, notamment à l’origine de l’introduction des châssis en fibre de carbone chez McLaren et des boîtes de vitesses à palettes chez Ferrari, critique des monoplaces trop lourdes, une gestion énergétique qui détourne selon lui les pilotes de leur mission première et des règlements destinés à fabriquer artificiellement du spectacle et de l’incertitude.
Aujourd’hui âgé de 80 ans, Barnard s’est exprimé auprès du Corriere della Sera à Turin, où il participait à l’exposition "I Nemici del Drake" organisée au Mauto.
Ancien directeur technique de Ferrari et ingénieur ayant profondément influencé la conception des monoplaces de Grand Prix, le Britannique a été interrogé sur ce que lui inspirerait la perspective de travailler sur les F1 actuelles.
Sa réponse ne laisse guère de place au doute.
"Non. Elles sont trop grandes et trop lourdes. Et je n’aime pas ce que le règlement demande au pilote : lever le pied dans un virage pour disposer d’une batterie pleine dans le suivant. Son travail consiste à aller aussi vite qu’il le peut, sans avoir à penser à toutes ces choses."
Cette critique intervient alors que la complexité des groupes propulseurs introduits en 2026 continue de susciter des interrogations, notamment après les problèmes logiciels rencontrés au départ à Sepang.
Au-delà de la technologie elle-même, Barnard remet en question la philosophie d’une Formule 1 dans laquelle le pilote doit constamment intégrer les impératifs liés à la gestion de l’énergie électrique plutôt que de rechercher uniquement la performance maximale.
Le Britannique se montre tout aussi critique à propos de l’évolution de la hiérarchie sportive. La saison 2026 a offert une lutte particulièrement ouverte, avec des rapports de force pouvant sensiblement évoluer d’un circuit à l’autre. Mais Barnard ne considère pas nécessairement cette incertitude comme la conséquence naturelle d’une compétition particulièrement serrée.
À ses yeux, elle découle aussi de règlements conçus pour empêcher qu’une équipe ne conserve trop longtemps un avantage.
"C’est quelque chose qui est construit par le règlement, poussé par cette conception américaine du spectacle : ils veulent un nouveau vainqueur toutes les deux courses. Cela me semble un peu artificiel."
"J’aimerais leur dire : ’Laissez les voitures se développer. Si quelqu’un trouve un avantage, soyez certains que les autres ne tarderont pas à le copier’."
Cette vision correspond largement à l’époque durant laquelle Barnard a bâti sa réputation, en introduisant lui-même plusieurs innovations qui ont ensuite été adoptées par l’ensemble du plateau.
Les règlements modernes n’ont pas seulement modifié le travail des ingénieurs aux yeux de Barnard. Ils auraient également réduit l’influence directe du pilote sur la performance globale.
Lorsqu’il lui a été demandé quelle importance conservait celui-ci dans la F1 actuelle, son constat a été succinct : "Il compte moins."
Un pilote échappe néanmoins à cette critique générale : Max Verstappen.
Barnard reste impressionné par la capacité du pilote Red Bull à extraire une performance supplémentaire lorsque les circonstances l’exigent.
"Mais Verstappen m’impressionne toujours. Il parvient à aller chercher cette seconde supplémentaire dans son dernier tour de qualifications. C’est le signe d’un pilote qui possède quelque chose de spécial. Il n’abandonne jamais."
L’ancien directeur technique de Ferrari a enfin livré une appréciation tout aussi tranchée sur un autre aspect de la Formule 1 contemporaine : les rémunérations des pilotes.
Les salaires atteints par certaines des principales vedettes du championnat lui paraissent difficiles à justifier, notamment au regard des immenses progrès réalisés en matière de sécurité au cours des dernières décennies.
"Je ne comprends pas pourquoi les pilotes gagnent autant d’argent aujourd’hui. C’est la forme de sport automobile la plus sûre qui existe."
Une dernière remarque qui résume le regard sans concession porté par Barnard sur la F1 actuelle...
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