Horner révèle ses crises d’angoisse et évoque un retour en F1 avec une 12e équipe

"Mon corps me disait que je tirais trop sur la corde"

Horner révèle ses crises d’angoisse et évoque un retour en F1 avec une 12e équipe
Auteur : Franck Drui
15 octobre 2026 - 08:13

Christian Horner a livré des confidences inhabituelles sur les conséquences personnelles de ses vingt années à la tête de Red Bull Racing. L’ancien directeur de l’écurie autrichienne révèle avoir souffert de crises d’angoisse provoquées par la pression de la Formule 1, avant de traverser une période de remise en question après son éviction en juillet 2025. Désormais éloigné du paddock, le Britannique assure ne pas être pressé de revenir, même s’il envisage plusieurs possibilités, dont celle d’une éventuelle douzième équipe sur la grille.

Pendant plus de deux décennies, Christian Horner a incarné la stabilité et l’autorité chez Red Bull Racing. Habitué aux luttes pour les titres mondiaux, aux rivalités entre écuries et aux tensions politiques du paddock, le Britannique a longtemps donné l’image d’un dirigeant capable de résister à toutes les pressions.

Mais derrière cette apparente sérénité, les exigences de la Formule 1 ont fini par avoir des conséquences physiques et psychologiques importantes.

Dans un entretien au Guardian, dans le cadre de la promotion de son livre "Drive", l’ancien directeur de Red Bull, aujourd’hui âgé de 52 ans, a notamment révélé avoir été victime de crises d’angoisse alors qu’il dirigeait encore l’écurie de Milton Keynes.

Les responsabilités liées à la gestion d’une équipe engagée dans la lutte pour les championnats du monde, associées à un calendrier toujours plus chargé, avaient progressivement commencé à peser sur sa santé.

Horner explique avoir d’abord été confronté à des symptômes qu’il ne parvenait pas à identifier.

"Je ne savais pas ce que c’était. Soudain, vous vous sentez étourdi, vous prenez conscience de votre respiration et vous vous dites qu’il se passe quelque chose d’étrange. J’ai mis cela sur le compte d’une consommation excessive de café, lors d’une journée étouffante, lourde, humide et orageuse."

Mais ces épisodes ne sont pas restés isolés. Lorsque les symptômes sont réapparus, Horner a décidé de consulter pour comprendre ce qui lui arrivait.

"Puis cela s’est reproduit. J’ai passé des examens et il n’y avait rien d’anormal sur le plan physique. Ils m’ont dit : ’Nous pensons que vous souffrez d’anxiété. Votre respiration est très superficielle’. C’était mon corps qui me disait que je tirais vraiment beaucoup sur la corde. Maintenant, je suis capable de reconnaître les symptômes, de les laisser passer et de respirer."

À cette pression accumulée pendant ses années en Formule 1 s’est ajouté un bouleversement majeur : son départ brutal de Red Bull en juillet 2025.

Après avoir dirigé l’écurie pendant vingt ans, Horner s’est retrouvé soudainement privé d’une fonction qui occupait une place centrale dans sa vie. Cette rupture l’a conduit à réfléchir à la manière dont une carrière professionnelle peut définir l’identité d’un individu, particulièrement lorsque celui-ci a consacré une grande partie de son existence à son travail.

Dans ce contexte, le Britannique a notamment tenu à saluer son ancien grand rival, Toto Wolff.

Le directeur de Mercedes a déjà évoqué publiquement ses épisodes de dépression clinique et son recours à la thérapie. Horner, qui s’est régulièrement opposé à l’Autrichien lors des batailles pour les championnats du monde, reconnaît aujourd’hui le courage dont celui-ci a fait preuve en abordant ouvertement ces questions.

"Toto a été très courageux de parler ouvertement d’un sujet de cette nature pour des personnes de notre âge. Je n’avais pas connu ces problèmes, mais pendant cette période, j’ai mieux compris comment certaines personnes pouvaient souffrir."

"L’identité de beaucoup d’hommes d’âge mûr passe par leur travail. Soudain, on vous retire tout cela. Qui êtes-vous ? Qu’êtes-vous ? Quel est votre but ? Soit vous vous recroquevillez sur vous-même, soit vous vous secouez et vous vous relevez."

Malgré les circonstances de son départ, Horner ne cache pas que son éloignement de la Formule 1 lui a également permis de retrouver un équilibre personnel différent. Pendant 21 saisons consécutives, son activité professionnelle l’avait contraint à manquer de nombreux événements familiaux.

Les déplacements incessants, les week-ends de Grand Prix et les responsabilités liées à la direction de Red Bull occupaient une grande partie de son calendrier. Depuis son éviction, le Britannique peut consacrer davantage de temps à ses proches.

Il a notamment pu passer un week-end de course à Londres pour célébrer le treizième anniversaire de sa fille Olivia, qu’il a emmenée voir la comédie musicale Hamilton dans le West End.

Un moment familial qui aurait été beaucoup plus difficile à organiser lorsqu’il était encore à la tête de Red Bull. Cette nouvelle liberté ne signifie toutefois pas que Horner a perdu son intérêt pour la compétition.

Interrogé sur les aspects de la Formule 1 qui lui manquent réellement, il distingue clairement la dimension sportive des contraintes qui accompagnaient ses anciennes fonctions.

"Les gens, l’équipe, la compétition. J’aime toujours ce sport. Mais les déplacements et la politique ne me manquent pas."

Si Horner apprécie désormais cette nouvelle vie, les spéculations concernant un éventuel retour en Formule 1 continuent de l’accompagner. Quinze mois après son départ de Red Bull, son nom revient régulièrement dans les discussions autour de plusieurs écuries.

Ces dernières semaines, les rumeurs se sont notamment intensifiées après des déclarations accordées au Times concernant Ferrari. Horner avait présenté la direction de la Scuderia comme un poste de rêve, précisant que Ferrari était la seule équipe de Formule 1 qu’il pourrait envisager de rejoindre sans obtenir de participation à son capital.

Ces propos avaient rapidement alimenté les spéculations sur un éventuel remplacement de Frédéric Vasseur à la fin de la saison 2026.

L’ampleur prise par ces rumeurs avait même conduit Ferrari à organiser une rencontre improvisée avec la presse afin de clarifier la situation.

Horner avait ensuite apporté des précisions sur ses déclarations, assurant qu’elles avaient été interprétées d’une manière qui ne correspondait pas à son intention initiale.

"Encore une fois, tout a été sorti de son contexte, parce que j’essayais simplement de montrer du respect envers la marque Ferrari, qui est différente des autres équipes."

"C’est l’équipe la plus ancienne et la plus emblématique de la Formule 1, et elle ne va pas vendre de parts de son capital. Cela a coïncidé avec des commentaires formulés en interne par des pilotes, puis les gens ont fait des rapprochements et sont arrivés à une conclusion complètement exagérée."

Au-delà de Ferrari, le Britannique a également été associé à des fonctions de direction chez Aston Martin et Alpine.

Son expérience constitue un argument important : en vingt ans, il a contribué à transformer Red Bull, initialement considérée comme une nouvelle venue ambitieuse, en l’une des équipes les plus performantes de l’histoire récente de la discipline.

Mais Horner ne semble pas vouloir accepter n’importe quelle proposition pour retrouver une place dans le paddock.

Il laisse même entendre que son prochain projet pourrait ne pas concerner une structure déjà présente sur la grille.

Alors que la Formule 1 compte désormais onze équipes, avec l’arrivée de Cadillac en 2026, l’ancien directeur de Red Bull souligne qu’une douzième inscription reste une possibilité.

"De mon point de vue, il y a onze équipes en Formule 1. Il pourrait potentiellement y avoir une douzième inscription. Mais je ne suis pas pressé de faire quoi que ce soit."

Un départ de Red Bull toujours entouré de questions

L’ancien directeur n’a par ailleurs toujours pas reçu, selon ses propres indications, d’explication définitive et détaillée sur les raisons de son éviction de Red Bull.

Il a notamment rapporté une remarque d’Helmut Marko, qui lui aurait reproché d’avoir transformé l’écurie en "Christian Horner Racing" plutôt qu’en "Red Bull Racing".

Cette critique illustre les tensions qui auraient accompagné la fin de son mandat, même si elle ne constitue pas à elle seule une explication complète de son départ.

Il a également été récemment révélé que Horner avait perçu une indemnité de départ de 80 millions d’euros. Une somme considérable qui lui permet aujourd’hui d’envisager son avenir sans urgence financière immédiate.

Son bilan sportif reste également particulièrement important. Sous sa direction, Red Bull a remporté 14 titres mondiaux, dont huit championnats des pilotes et six championnats des constructeurs. L’écurie a également accumulé 124 victoires en Grand Prix et 287 podiums en 405 courses.

Ces résultats constituent un palmarès qui pourrait intéresser plusieurs organisations souhaitant renforcer leur direction ou développer un nouveau projet en Formule 1. Malgré cette expérience et les nombreuses spéculations concernant son avenir, Horner insiste sur un point : il ne souhaite pas revenir en Formule 1 uniquement pour retrouver un poste.

Après vingt années passées à construire et diriger Red Bull, il estime avoir suffisamment accompli dans la discipline pour pouvoir se montrer particulièrement sélectif.

"Écoutez, j’ai connu un très beau parcours dans ce sport et j’ai un bon taux de victoires," a-t-il rappelé.

Son éventuel retour dépendra avant tout de la qualité du projet proposé, de l’équipe concernée et des perspectives de réussite.

"Il faudrait que ce soit le bon projet. J’aime toujours ce sport. J’apprécie la compétition. J’adore travailler avec les gens, mais il faudrait que ce soit la bonne équipe. Sinon, je suis satisfait de ce que je fais actuellement."


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